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15-11-2018

Pour se surpasser, un athlète doit veiller à s’entraîner physiquement, mais aussi mentalement. Pour cela, il peut compter sur des spécialistes qui s’intéressent autant à son sommeil, à sa motivation qu’à son image corporelle.

Le désavantage du décalage horaire

Les équipes sportives de l’Est, comme les Canadiens de Montréal, sont-elles défavorisées lorsqu’une partie se joue dans un autre fuseau horaire ? C’est ce qu’a voulu savoir Geneviève Forest, directrice du Laboratoire du sommeil de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), qui s’intéresse à l’effet de la perturbation du rythme circadien (communément appelé « horloge biologique ») sur la performance.

En collaboration avec Jonathan Roy, un étudiant à la maîtrise (non, il ne s’agit pas du fils de Patrick Roy !), elle a analysé les liens entre le lieu des matchs et leur issue − victoire ou défaite − chez des équipes professionnelles de hockey, de baseball et de basketball de 2010 à 2015. Leurs constats ? Si le match a lieu dans l’Ouest en après-midi, tout le monde part sur un pied d’égalité, peut-on lire dans leur article publié dans le Journal of Sleep Research en 2017. Mais si la partie a lieu le soir, et toujours dans l’Ouest, l’équipe locale est avantagée. L’équipe de hockey en voyage gagnera 41,6 % des matchs, comparativement à 46,6 % à domicile.

« Même s’il n’est que 19 h, le corps se prépare à dormir, car, pour l’équipe en déplacement [de l’Est], il est 23 h ou minuit, rappelle Geneviève Forest. Nous avons observé ce désavantage sur la performance pour les trois sports, mais il est plus important pour le basketball et le hockey. Au football, l’effet est tout aussi prononcé, mais il ne se démarque pas sur le plan des statistiques, possiblement parce qu’il y a moins de parties au calendrier et que les joueurs disposent de plus de temps entre deux parties pour s’adapter au changement d’horaire. »

Quant aux équipes originaires de l’Ouest, elles ne subissent pas d’effet notable lorsqu’elles se déplacent vers l’Est, peu importe le sport.

Cette étude sert de prémisse au projet de recherche auquel se consacre actuellement Geneviève Forest : « On s’intéresse aux jeunes athlètes des programmes sport-études au secondaire qui s’entraînent intensivement alors qu’ils vivent des changements majeurs. À l’adolescence, leur horloge biologique se déphase : ils se couchent et se réveillent tard. Mais avec leur horaire très contraignant, ils doivent se lever très tôt et ne dorment pas les 10 heures nécessaires par nuit. Quelle est l’influence de ce déficit de sommeil sur les performances sportive et scolaire ? » Les résultats de cette nouvelle étude devraient paraître en 2019. Comme quoi, il ne faut jamais négliger les bras de Morphée, qu’on joue dans les ligues majeures ou mineures !

Attitude gagnante, résultats gagnants

Comme disait Bob dans le film Les Boys, « la dureté du mental » peut expliquer une mauvaise ou une bonne performance. C’est justement l’une des spécialités de Jacques Plouffe, chercheur en kinésiologie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Au début de sa carrière, les athlètes professionnels se préoccupaient peu de leur état d’esprit. « Il y a 30 ans, les athlètes avaient peur d’avouer qu’ils avaient une faiblesse mentale ou des problèmes de motivation. C’était tabou. Maintenant, ils comprennent qu’il leur faut un coach mental au même titre qu’un coach derrière le banc. »

Le préparateur mental aide les athlètes à conserver une attitude positive et à envisager l’épreuve sportive comme un défi et non comme une menace, une intervention à mille lieues d’une séance de psychothérapie. « Il y a quatre composantes dans la force mentale : la motivation, la confiance, la concentration et la relaxation, énumère Jacques Plouffe. L’athlète aura la force mentale nécessaire pour exploiter tout son potentiel si ces composantes sont développées à leur maximum. »

Pour arriver à cette disposition particulière, les sportifs peuvent se remémorer les meilleures périodes de leur vie sportive ou de leur vie en général, se concentrer sur des pensées positives, contrôler leur respiration, répéter des mots riches de sens et faire du yoga ou de la méditation. « On les aide à être absorbés par le moment présent et à éliminer toutes les distractions possibles. »

Mais l’entraînement mental ne donne pas de résultats du jour au lendemain. « Beaucoup font l’erreur de s’entraîner mentalement à la dernière minute, avant une compétition importante. Il faut s’exercer tous les jours, comme on le fait avec son corps », précise Jacques Plouffe.

C’est encore plus vrai pour les Jeux olympiques. Selon Jacques Plouffe, il faut les aborder comme un objectif à long terme et viser une excellente performance plutôt qu’une médaille. « Ceux qui veulent absolument un podium ont peur de perdre, ce qui les empêche de véritablement se concentrer, de se détendre et de se motiver pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Le sport qui rend malade

Photo: iStock

L’activité sportive a une action bienfaisante indéniable sur la santé, mais elle peut également provoquer chez les athlètes des troubles du comportement alimentaire (TCA). Pensons à l’anorexie sportive, présente notamment chez les femmes qui veulent devenir minces, et à la dysmorphie musculaire, rencontrée principalement chez les hommes qui souhaitent augmenter leur masse musculaire.

Johana Monthuy-Blanc, directrice du Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les troubles du comportement alimentaire en lien avec la réalité virtuelle et la pratique physique, le Loricorps, à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), mentionne que certains sports sont plus susceptibles de mener à des déséquilibres alimentaires. « Les judokas, surtout les hommes, sont particulièrement assujettis à la fluctuation pondérale de performance, qu’on nomme “effet yoyo”. Ils essaient d’être à la limite inférieure de poids d’une catégorie et prennent ensuite le plus de masse possible en 48 heures avec des stratégies pouvant conduire à des TCA, comme l’utilisation excessive de séances de sudation ou la suralimentation », décrit-elle.

Les plongeurs et les patineurs artistiques, eux, sont obligés de maintenir une silhouette parfaite pour répondre aux exigences tant physiques qu’esthétiques de leur discipline.

Malheureusement, plusieurs athlètes touchés par ces troubles ne consultent un spécialiste que lorsque la situation est devenue presque irréversible. « Les symptômes sont déjà tellement graves qu’on doit “sortir” le sportif de sa pratique », dit Johana Monthuy-Blanc. Le médecin prescrit carrément un arrêt de tout entraînement, un drame pour un athlète.

Le Loricorps, en collaboration avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, a donc créé un programme d’intervention qui vise la clientèle sportive aux prises avec des troubles alimentaires légers ou modérés dans l’espoir de résoudre à temps leurs difficultés. Et de favoriser une pratique du sport la plus saine possible.

Ce reportage fait partie du supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l’Université du Québec

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