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Sciences

La consommation de drogues cartographiée grâce aux eaux usées

01-11-2019

Méthamphétamine. Photo: Wikimedia Commons

L’analyse des eaux usées dévoile bien des choses: elle a notamment permis de dresser le portrait de la consommation de drogues dans 37 pays.

Méthamphétamine, cocaïne, ecstasy… À chaque région du globe sa drogue de prédilection: voici ce qu’a appris le consortium SCORE (Sewage Analysis Core Group Europe), au terme d’une « enquête » de 7 ans menée dans 37 pays.

Chaque année, de 2011 à 2017, le flot des eaux usées de 120 villes à travers le monde a été analysé pendant une semaine par les chercheurs du consortium SCORE. Ceux-ci ont publié leurs résultats dans Addiction fin octobre.

Les chercheurs voulaient suivre les tendances de consommation de quatre drogues illicites en particulier : amphétamine, méthamphétamine, ecstasy et cocaïne. Leurs conclusions? La consommation moyenne de cocaïne est plus élevée en Europe du Sud et de l’Ouest alors que l’amphétamine, la méthamphétamine et l’ecstasy sont plus consommées en Europe de l’Est et en Europe Centrale. La méthamphétamine a la cote aux États-Unis et en Australie, alors que c’est la cocaïne qui prévaut en Amérique du Sud.

Ici, au Québec, ce sont les eaux usées des villes de Montréal et Granby qui ont été analysées (nous parlions déjà du projet ici). Les résultats indiquent que la consommation de drogues était proche de la moyenne des autres villes étudiées, sauf pour ce qui est de la méthamphétamine, dont la consommation était supérieure à la moyenne.

La chercheuse Viviane Yargeau de l’Université McGill, l’une des auteurs de cette étude, souligne cependant que contrairement aux autres villes, les effluents de Montréal et Granby n’ont été échantillonnés qu’en 2014 et 2015 dans le cadre du projet SCORE. Mme Yargeau et son équipe ont repris l’échantillonnage des eaux usées en 2018.

Comment détecte-t-on les drogues?

Les chercheurs utilisent un outil appelé échantillonneur, qui pompe un volume précis d’eau usée à une fréquence donnée. «Cela nous permet d’obtenir des échantillons représentatifs de toute la journée», explique Viviane Yargeau, chercheuse en génie chimique. À l’aide de la chromatographie et de la spectrométrie de masse, des méthodes qui servent à séparer les différentes substances et à les identifier, les chercheurs sont en mesure de quantifier les drogues présentes ou leurs métabolites.

Le recours aux eaux usées pour faire le suivi de la consommation de drogues n’est pas une nouvelle technique. C’est au début des années 2000 qu’elle a été utilisée pour la première fois par des chercheurs italiens. Depuis, la méthode s’est standardisée pour faciliter le suivi et pourrait éventuellement aider à détecter une nouvelle drogue, comme l’arrivée du fentanyl. «On en a effectivement détecté dans les eaux usées avant d’en entendre parler dans les médias. Je pense que ça peut être un outil qui permet de suivre l’implantation d’une nouvelle drogue et de faire des interventions en conséquence», déclare la chercheuse de l’Université McGill.

Pourquoi avoir sélectionné la ville de Granby en particulier? C’est que la chercheuse prenait déjà des échantillons d’eaux usées pour un autre projet de recherche. C’était donc une question de simplicité.

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