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25 septembre 2018
Temps de lecture : 2 minutes

Des baleines pourraient fréquenter les abysses visés par l’industrie minière

Relicanthus sp. — une nouvelle espèce de cnidaire découverte récemment par 4100 m de fond dans la zone de Clarion-Clipperton. Photo: expédition DeepCCZ .

Des traces découvertes à 4000 m sous l’eau suggèrent que la biodiversité des plaines abyssales est bien plus importante que ce qu’on pensait jusqu’ici. Un véritable électrochoc pour les scientifiques.

A priori, impossible de trouver des vertébrés à de telles profondeurs. À 4 ou 5 km au fond de l’océan, la pression est colossale, l’équivalent de celle qu’exerceraient un ou deux éléphants empilés sur le bout d’un orteil.

Deux anciennes dépressions observées à 4153 m. Photo: The Royal Society Publishing

Pourtant, des chercheurs britanniques du National Oceanography Centre Southampton viennent de découvrir sur les plaines abyssales, précisément à 4258 m sous l’eau, des traces qui pourraient être le signe que des baleines sont déjà descendues à de telles profondeurs. Ces traces sont en effet typiques de celles que laissent certaines espèces de baleines, dites à bec, lorsqu’elles fouillent les fonds marins à la recherche de nourriture. Et les chercheurs sont formels : aucun phénomène géologique connu ne peut produire ce type de cavités.

Découvertes au milieu du Pacifique, dans la zone dite de Clarion-Clipperton, entre le Mexique et Hawaii, ces traces sont un électrochoc pour la communauté scientifique, qui pensait que seuls quelques rares invertébrés pouvaient vivre dans ces mondes inexplorés.

Les encoches observées ne datent pas d’hier : les sédiments qui les recouvrent laissent penser que les plus récentes ont été creusées il y a 28 000 ans environ. De nombreux fossiles d’espèces disparues de baleines à bec ont d’ailleurs été découverts dans la zone, confirmant la présence de ces cétacés dans cette région du Pacifique.

Des plongeurs méconnus

On sait que les baleines de la famille des Ziphiidae, ou baleines à bec, qui ressemblent à de gros dauphins, sont capables de descendre aux alentours de 1200 m, rappellent les scientifiques. Mais on connaît très peu de choses sur ces animaux, qui vivent en haute mer et en eau profonde. Dans les eaux du Pacifique, environ cinq espèces auraient été repérées.

Si aucune autre observation ne confirme pour l’instant que les baleines contemporaines descendent aussi profond, l’étude publiée dans le journal Royal Society Open Science n’en est pas moins perturbante. La zone de Clarion-Clipperton, qui fait presque la taille de l’Europe, est une zone active de prospection minière. Elle a été entièrement morcelée par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui a octroyé des permis d’exploration sur 17 sites à divers pays et compagnies minières.

Mesoplodon, cétacé de l’ordre des Ziphiidae. Image: Wikipédia.

Il faut dire que la zone de Clarion-Clipperton, ou CCZ pour les intimes, est recouverte de nodules, ces petites roches circulaires très riches en divers métaux, dont le cuivre, le cobalt et le nickel. Et l’industrie minière est désormais prête à partir à l’assaut de ces ressources.

Cette exploration tous azimuts inquiète les scientifiques : les plaines abyssales représentent environ 85% des fonds océaniques, et leurs écosystèmes sont largement méconnus. À mesure que les expéditions se multiplient et que les biologistes recueillent de l’information, la richesse de la biodiversité de ces zones hostiles ne cesse d’étonner. Une exploitation minière à ces profondeurs pourrait être dévastatrice, craignent les biologistes.

Pour en savoir plus sur l’exploration minière des fonds marins, relisez notre reportage Mines: les abysses, nouvel eldorado.

Une biodiversité foisonnante

Loin d’être un désert, l’océan profond, qui représente 65% de la surface du globe, est peuplé d’écosystèmes encore largement méconnus. En fait, contrairement à ce qu’on pourrait penser, plusieurs études suggèrent que l’océan profond abrite des écosystèmes avec des niveaux de biodiversité parmi les plus élevés de la planète. Les surprises ne manquent pas, comme en témoigne cette rencontre filmée à plus de 1500 m sous l’eau.

Ainsi, Craig Smith, océanographe à l’université d’Hawaï, qui a mené plusieurs expéditions dans la zone CCZ, estime que 70% des 154 espèces de vers marins récemment découvertes sur place par son équipe sont encore inconnues de la science. Lors de leur dernière expédition qui a duré 34 jours à l’automne 2017, les chercheurs ont aussi découvert une dizaine d’espèces de « concombres de mer » géants et une nouvelle espèce de cnidaire (voir la photo en haut de l’article). Pour explorer le fond marin à de telles profondeurs, l’équipe utilise un robot baptisé Lu’ukai doté de caméras et de bras permettant de collecter des échantillons. Des analyses d’ADN environnemental sont également menées.

Un concombre de mer de l’espèce Psychropotes longicauda. Photo: Université d’Hawaï Mānoa.

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