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Sciences

Elpi, les premiers pas

31-03-2014

On dirait un bijoutier. Dans son laboratoire de l’Université du Québec à Rimouski, Richard Cloutier manipule avec d’infinies précautions un coffret de bois comme s’il contenait des perles venues du fond des mers. Puis il l’ouvre, tout doucement. Alors apparaît, sur un lit de polystyrène rose, une grande galette triangulaire, noire et minérale. Bien difficile de distinguer ce que c’est.

«C’est le crâne d’un Elpistostege watsoni, annonce avec fierté le paléontologue en présentant son trésor. Ici, on voit quelques dents à la marge de la mâchoire, et là, ce sont ses orbites. Le reste de son corps est au parc national de Miguasha, en Gaspésie, où on l’a mis au jour. Même s’il est très aplati, c’est le premier spécimen complet jamais découvert de ce poisson fossile.»

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[mks_one_half]Elpi, comme l’appelle affectueusement le professeur, est mort il y a 380 millions d’années au fond d’un estuaire qui n’existe plus. Il a été enseveli par des sédiments qui se sont pétrifiés sous la pression des couches successives. C’est l’un des poissons dont l’anatomie ressemble le plus à celle des tétrapodes, ce groupe d’animaux principalement terrestres, à quatre membres, qui ont des poumons. Autrement dit, tous les vertébrés, sauf ceux qu’on appelle les poissons. Trouver un Elpistostege, c’est ouvrir la porte sur ce moment lointain du passé où nos ancêtres poissons sont apparus sur la terre ferme, à la fin d’une époque appelée Dévonien.[/mks_one_half]

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Avec son 1,60 m et son corps étroit, ce spécimen a des allures de serpent aquatique. Mais les nageoires pectorales et pelviennes ne mentent pas: il s’agit bien d’un long poisson. La tête, massive, aplatie et triangulaire, rappelle un peu celle de l’alligator, surtout les deux yeux placés sur le dessus. Or cette tête, c’est tout ce qu’on a connu de l’animal pendant plus de 70 ans.

Été 1937. Sur la plage de Miguasha, deux paléontologues britanniques négocient l’achat d’un bout de fossile auprès d’un collectionneur local. Le site de Miguasha, loin des grands centres, est à cette époque pratiquement ignoré des scientifiques québécois, mais visité chaque année par des équipes de paléontologues européens et états-uniens, qui prélèvent des spécimens par centaines et les emportent dans leurs musées. Les jeunes Thomas Stanley Westoll et William Graham-Smith repartent donc avec un morceau du crâne d’une espèce encore inconnue, qu’ils iront déposer au British Museum de Londres.

Photo : Johanne Kerr/parc national de Miguasha

Lire la suite dans notre édition d’avril-mai 2014

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