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Sciences

Forer le trou le plus profond du monde

13-05-2020

Image: Jamstec

Un projet titanesque se met en branle: une équipe internationale creusera le fond de l’océan pour récupérer des échantillons du manteau terrestre.

Des scientifiques veulent récolter des échantillons du manteau terrestre, ce qui serait une première. Pour y arriver, ils devront creuser le fond de l’océan sur des kilomètres pendant au moins 10 ans.

Baptisé MoHole to Mantle (M2M), ce projet titanesque est porté par de nombreux chercheurs, dont quatre Canadiens. « On sait beaucoup de choses sur la structure interne de la Terre, mais rien de tout cela n’est basé sur l’analyse de véritables échantillons », déplore John Jamieson, professeur de sciences de la Terre à l’Université Memorial et président de la branche canadienne de l’International Ocean Discovery Program, l’organisation qui chapeaute le projet M2M. « Nous avons bien accès à des roches provenant du manteau qui ont été poussées vers la surface. Mais ces roches ont changé au fil de leur parcours et ont donc perdu de l’information », dit-il. M. Jamieson ne figure pas parmi les quatre chercheurs canadiens, mais il connaît l’ensemble du projet. Cet immense trou permettra aussi d’étudier la discontinuité de Mohorovicic, une couche mystérieuse qui sépare la croûte terrestre du manteau. Elle se trouve à environ 6 000 m sous les fonds marins des lieux d’excavation potentiels de M2M (au large d’Hawaii, de la Basse-Californie et du Costa Rica). « Nous savons que cette couche existe grâce à l’analyse de la propagation des ondes sismiques à travers la planète, explique M. Jamieson. Nous pouvons déceler un changement très tranché entre la croûte, la frontière et le manteau. »

L’équipe du projet M2M l’avoue : certaines des technologies requises pour forer dans la boue et la roche pendant des années n’existent pas encore ! « Elles devront supporter une pression énorme et de hautes températures [jusqu’à 250 °C], indique John Jamieson. La colonne de forage devra quant à elle résister à des stress immenses. »

La date de début du creusement est donc encore inconnue. Le groupe sait toutefois qu’il pourra compter sur le navire Chikyu, de l’Agence japonaise pour les sciences et technologies marines et terrestres. « Il n’a pas été construit spécialement pour ce projet, mais a été conçu avec l’idée qu’il pourrait un jour y participer », mentionne John Jamieson. En effet, l’Agence affirme que l’idée a été évoquée chez elle en 1959. Et preuve supplémentaire que le rêve ne date pas d’hier, dès la fin des années 1960, deux projets américains ont tenté d’atteindre le manteau, sans succès. Le trou le plus profond faisait 183 m (sous 3 000 m d’eau). Ce fut ensuite au tour des Russes et des Allemands de creuser, mais sur la terre ferme. Ils se sont arrêtés respectivement après 12 et 9 km.

Les responsables du projet M2M ont opté pour un forage océanique parce que la croûte y est plus mince et qu’elle documente de façon plus claire les grands processus géologiques. « Un projet à haut risque, mais aussi à haut potentiel », résume M. Jamieson.

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