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Sciences

Francis Hallé et l’intelligence des plantes

21-06-2018

Les plantes sont bien plus intelligentes qu’on ne le croit, clame Francis Hallé, botaniste de renommée mondiale, de passage au Québec.

Pas évident d’être une plante. Immobile, elle ne peut s’enfuir devant un prédateur, comme le ferait l’animal. Et pourtant, la plante use de plusieurs stratégies pour se protéger ou même attaquer un envahisseur sans avoir besoin de cerveau, de système nerveux ou de poumons comme les autres êtres vivants. (À lire aussi: notre reportage Les pouvoirs cachés des plantes)

Serait-elle intelligente ? Francis Hallé n’a aucun doute sur la question : les végétaux possèdent bel et bien une forme d’intelligence. C’était d’ailleurs le sujet central de sa conférence, présentée hier au Jardin botanique de Montréal. D’entrée de jeu, il nous précise en entrevue qu’il ne tente pas de convaincre le public de leur intelligence. « Je ne dit pas aux gens que les plantes sont intelligentes. Je leur livre les faits et à eux de voir si c’est de l’intelligence ou pas », souligne-t-il. Au cours de sa présentation, il discute notamment de communication entre les plantes par l’intermédiaire de composés volatils ou par leurs racines ; de cette plante de Chine qui danse au gré des ondes sonores ; de cette capacité des arbres à détecter la venue de séismes.

Lorsqu’on lui demande s’il croit à cette forme d’intelligence des plantes, il aquiesce sans hésiter. Et pourtant, il y a quelques années, Francis Hallé faisait plutôt partie des sceptiques. « Je me réserve le droit de changer d’idée », rétorque-t-il. À cette époque, en tentant de comprendre le phénomène, il cherche le mot « intelligence » dans le dictionnaire. « La définition exclut les plantes, car elle est faite pour l’être humain. Comme j’ai été élevé dans le plus grand respect d’un dictionnaire, le sens des mots pour moi est fondamental. Les plantes ne sont donc pas intelligentes puisqu’elles n’entrent pas dans cette définition selon le dictionnaire ».

Devrait-on alors changer cette définition? « Oui, il faut la réécrire. Ce n’est pas pour en chasser l’être humain, mais pour y inclure les animaux et les plantes ».

La définition de l’intelligence selon Francis Hallé et Jérémy Narby, anthropologue canadien : « est intelligent tout être vivant qui parvient à résoudre les problèmes qu’il rencontre au cours de sa vie. Cela repose sur deux aptitudes, savoir apprendre et savoir garder en mémoire ce qui a été appris pour l’utiliser par la suite. »

Mais il le réalise bien, sa définition est loin d’être parfaite. Voilà pourquoi il réplique à la foule pendant sa conférence : « Je suis ouvert aux critiques! [Ma définition] est peut-être trop large, mais celle d’avant était trop étroite ».

Un domaine en effervescence

Si l’on avait discuté de l’intelligence des végétaux il y a de cela 40 ans, cela aurait bien fait rigoler les scientifiques et personne n’y aurait cru, rappelle Francis Hallé. Mais depuis les années 90, la recherche sur le monde végétal est en pleine effervescence partout dans le monde.

« Il y a une avalanche de résultats sur l’intelligence des plantes. On est dans une période magnifique pour assister aux progrès de ces connaissances », souligne Francis Hallé.

Même à 80 ans, Francis Hallé continue de poursuivre son travail qui l’amènera d’ailleurs en Birmanie, en 2019, où il ira explorer la canopée en compagnie d’autres chercheurs. Francis Hallé est aussi l’un des créateurs du Radeau des cimes, une plateforme hexagonale posée sur la cime des arbres, qui facilite les travaux de recherche. Lors de cette expédition, il se servira de plus petits radeaux reliés entre eux par des passerelles pour y étudier les végétaux.

« C’est un pays qui a été fermé à la recherche scientifique depuis plus de 60 ans. Nous irons au centre du pays, à dos d’éléphant, où il y a un grand lac bordé d’une forêt primaire », indique le botaniste, qui est aussi un grand défenseur des forêts primaires.

Ode aux plantes

Pour faire honneur au monde végétal, en parcourant les allées du Jardin botanique de Montréal, on peut apercevoir ici et là les différents portraits de plantes que Francis Hallé a réalisés au cours de ses nombreux voyages dans les forêts tropicales.

Le botaniste français ne se contente pas d’une photographie pour immortaliser les plantes et les arbres qu’il rencontre. Il aime prendre le temps d’observer et de dessiner son sujet pour mieux le connaître. Et ce, pour le plus grand plaisir de nos yeux!

L’exposition Francis Hallé: Carnets d’un botaniste est présentée au Jardin botanique jusqu’au 31 octobre.

Photos: Pixabay et Jardin botanique de Montréal/Espace pour la vie.
Portrait de Francis Hallé: Claude Lafond.

 

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