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Sciences

La chimie secrète du quotidien

30-05-2011

Le millésime 2011 a été proclamé «Année mondiale de la chimie» par les instances internationales, sous les prestigieux auspices de l’UNESCO. Cela à la demande de l’Éthiopie. Cette requête, appuyée par l’Union chimique internationale émane d’un pays très pauvre, illustrant le grand besoin qu’on a de cette science pour développer le monde. Engrais, médicaments, pesticides, etc., il est impossible de s’en passer. Or la chimie a besoin de redorer son blason, car elle est très décriée dans les pays développés, qui en oublient ses bienfaits, à force de se préoccuper des accidents et des nuisances qu’elle engendre.

Nous proposons ici une petite promenade dans le monde étrange des molécules. On y trouvera en vrac des poisons qui sauvent la vie; des produits essentiels découverts en cherchant autre chose; des copies synthétiques qui n’ont pas toutes les vertus de leurs modèles; des molécules qui ont changé le cours de l’histoire; ou encore d’horribles pollutions chimiques.

Alizarine, la ruine des producteurs de garance

Alizarine. Photo: wikicommons, Benjah-bmm27.

La garance est une plante cultivée en Orient depuis la plus haute Antiquité pour les propriétés de sa racine qui fournit un magnifique colorant rouge carmin. Des tissus garance ont été retrouvés jusque dans la tombe du pharaon Toutankhamon, ainsi que dans les ruines de Pompéi. L’empereur Charlemagne a favorisé l’expansion de cette culture dans de nombreuses régions de la vieille Europe, apportant la prospérité à ses producteurs, tant les textiles rouges étaient convoités. Jusqu’en 1914 encore, l’armée française imposait à ses soldats le port de pantalons de couleur garance – ce qui en faisait des cibles plus visibles pour les tireurs ennemis. Ce sont deux chimistes allemands (Graebeet Liebermann, employés chez BASF) qui,en 1868, synthétisèrent l’alizarine, la molécule colorante de la garance, à partir de l’anthracène, un dérivé de la houille. Comme elle est d’une structure relativement simple, l’alizarine est beaucoup moins coûteuse que son équivalent naturel. Sa synthèse industrielle conduisit donc instantanément à la ruine tous les producteurs de garance. L’armée française fut alors contrainte d’acheter à l’Allemagne, son grand ennemi de l’époque, le nécessaire colorant. Ironie de l’histoire, un chimiste anglais découvrit le procédé de synthèse en même temps que ses confrères allemands. Mais il déposa son brevet avec un jour de retard.

Aspartame, le faux sucre est-il dangereux?

Le pur hasard! Il a souvent quelque chose à voir avec la découverte des molécules artificielles qui ont changé notre vie quotidienne. Ainsi, par un beau jour de 1965, dans un laboratoire de la société Searle, alors qu’il travaille à la mise au point d’un éventuel médicament contre les ulcères, James Schlatter en vient à fabriquer une longue molécule organique d’acides aminés. Celle-ci n’existe pas dans la nature, et elle constitue un intermédiaire dans la synthèse projetée. Tandis qu’il agite une éprouvette, une goutte de la solution tombe sur son doigt. Drôle d’idée vraiment: il lèche cette goutte! Pour constater, avec ahurissement, qu’elle a une délicieuse saveur sucrée. En fait, l’aspartame possède un pouvoir sucrant 200 fois supérieur à celui du saccharose, avec l’avantage de n’apporter aucune calorie. On connaît la suite. Dès 1974, cet édulcorant de synthèse obtient une autorisation de mise en marché par l’agence américaine FDA, après seulement neuf ans de tests. C’était sans doute un peurapide, et l’autorisation fut vite suspendue, en raison de soupçons sur des effets cancérogènes. Mais l’utilisation de la substance fut de nouveau permise en 1981, pour les aliments solides, et étendue deux ans plus tard aux liquides. Depuis, l’aspartame est omniprésent dans une vaste gamme de produits alimentaires distribués dans une centaine de pays. Même s’il est contesté par de savantes études qui lui attribuent divers dangers, il reste une mine d’or. Peu de temps après sa découverte, James Schlatter a été nommé vice-président de Searle. Une promotion qu’il n’aurait certainement pas pu espérer s’il avait mis au point un simple médicament contre les ulcères…

Aspirine, le remède magique naturel

Cet anti-inflammatoire non stéroïdien reste de nos jours le médicament le plus consommé dans le monde. Il date pourtant de 1899, année du dépôt de brevet, parla société allemande Bayer, de l’acide acétylsalicylique sous la marque Aspirin. Mais il est bien plus vieux, en réalité, si l’on songe qu’une sorte d’équivalent naturel de la molécule de synthèse – la tisane d’écorce de saule – est mentionnée sur des tablettes sumériennes vieilles de 7 000 ans. Hippocrate lui-même préconisait cette décoction pour lutter contre les douleurs et fièvres. On avait d’ailleurs une explication à ses effets bienfaisants: la«théorie des contraires». Jadis, on croyait que Dieu, dans son immense sagesse, plaçait toujours le remède à proximité des causes du mal; en effet, le saule pousse dans les endroits humides et frais, juste-ment là où l’on contracte des fièvres et des douleurs rhumatismales. Une explication plus satisfaisante pour les esprits modernes – l’inhibition des prostaglandines – a été mise en évidence en 1971, et récompensée par le prix Nobel décerné en 1992 au Britannique John R. Vane.

Lire la suite dans le numéro de juin-juillet 2011 de Québec Science.

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