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Les 10 découvertes de 2017

[8] Traquer l’alzheimer

04-01-2018

Un nouveau radiotraceur permet enfin de suivre la perte de neurones due à la maladie d’Alzheimer et de valider l’efficacité des traitements chez les patients vivants.

«Les premiers clichés de mon cerveau étaient fantastiques, tout en couleur », se rappelle Marc-André Bédard. Le professeur au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal a été le cobaye de ses propres expériences : il s’est injecté un composé développé par son équipe, puis s’est allongé sur la table mobile du scanner pour qu’on scrute son cerveau.

Le composé en question combine une molécule qui peut se fixer à certains neurones – le fluoroéthoxybenzovesamicol (FEOBV) – et un radio-isotope qui émet des rayonnements que la tomographie par émission de positons (TEP) peut détecter. Le but: repérer les zones « détruites » par la maladie d’Alzheimer, et quantifier les dégâts.
L’idée d’exploiter la molécule FEOBV pour traquer l’alzheimer a germé en 1998. À cette époque, Marc-André Bédard et son collègue Jean-Paul Soucy, médecin et directeur de l’unité TEP de l’Institut neurologique de Montréal, ont eu vent que des chercheurs du Michigan avaient créé une première version du FEOBV pour imager les neurones cholinergiques, un type de neurones qui produit un neurotransmetteur appelé acétylcholine. Le FEOBV se fixe justement à une protéine qui assure le transport de l’acétylcholine, au sein de ces neurones.

Or, comme l’ont démontré les études sur les cerveaux de patients décédés de l’alzheimer, 80% des neurones qui meurent à cause de la maladie sont de type cholinergique. Les chercheurs québécois ont donc vu dans le FEOBV le moyen de visualiser et de mesurer la mort de ces cellules dans un cerveau malade, mais vivant. « Il nous restait à synthétiser un produit similaire à celui des Américains et à l’amener jusqu’aux essais cliniques », se souvient le chercheur. Ce qui a été fait après de longues années de labeur.

Dans leur article publié en septembre 2017 par Nature: Molecular Psychiatry, Marc-André Bédard et ses collaborateurs démontrent que, dans un cerveau en santé, le produit se fixe avec intensité aux zones riches en neurones cholinergiques. Après traitement de l’image par un logiciel, on a l’impression d’une explosion de couleurs. À l’inverse, dans un cerveau malade, ces zones paraissent plus « ternes », du fait de la destruction de nombreux neurones.

« Nos observations corroborent les études post mortem qui indiquent que plus le système cholinergique du cerveau est touché, plus les symptômes cognitifs sont sévères », explique Marc-André Bédard. Les chercheurs constatent également que la mort des neurones cholinergiques survient bien avant l’apparition des fameuses plaques amyloïdes, ou plaques séniles, caractéristiques de l’alzheimer, sur lesquelles la majorité des scientifiques concentrent leurs efforts actuellement. « Notre outil s’avère fiable non seulement pour détecter la maladie, mais aussi pour mesurer sa sévérité, continue le professeur Bédard. Dorénavant, on pourra vérifier directement si les traitements parviennent ou non à stopper la mort cellulaire, ce qui était impossible jusqu’à maintenant. »

Actuellement, les médecins ne peuvent même pas diagnostiquer la maladie d’Alzheimer de façon catégorique. Les déficits typiques de mémoire, de langage et de concentration sont le lot de trop de formes de démence. Le verdict officiel de l’alzheimer ne tombe qu’après la mort du patient, lors de l’autopsie. Une réalité qui empêche parfois de bien prendre en charge la maladie. Avec leur nouveau marqueur qui « illumine » notre matière grise, Marc-André Bédard et son équipe font passer le diagnostic et le suivi des traitements de l’alzheimer à un tout autre niveau.

Illustration: Eric Petersen

Ont aussi participé à la découverte : Meghmik Aghourian et Camille Legault-Denis (UQAM); Jean-Paul Soucy (Concordia et McGill); Pedro Rosa-Neto, Serge Gauthier et Alexey Kostikov (McGill); et Paul Gravel (Institut neurologique de Montréal).
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