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Sciences

Les animaux aussi ont une personnalité

21-07-2015

Les propriétaires de chiens ou de chats le savent: les animaux ne se ressemblent pas; ils ont chacun leur caractère, leur personnalité. Certains, aventureux, n’hésitent pas à explorer de long en large leur territoire, alors que d’autres, casaniers, ne s’éloignent jamais vraiment. Certains sont câlins, d’autres réservés. Il y a des grognons et des enjoués. Et c’est la même chose dans la nature, dit Denis Réale, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie comportementale.

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Attribuer une personnalité aux animaux, n’est-ce pas un peu anthropocentriste?

On ne définit pas la personnalité animale de la même façon que la personnalité humaine. On parle ici de différences comportementales individuelles qui se main­tien­nent dans le temps. Les biologistes ont longtemps été réticents à cette idée qui était davantage explorée par les psychologues (y compris chez le rat et la souris). Mais il y a aujourd’hui consensus sur l’existence de personnalités chez les animaux, et ce, au sein de toutes les espèces, depuis les mam­mifères jusqu’aux arai­gnées, en passant par les insectes et les poissons. On n’a pas besoin de parler d’intelligence pour parler de personnalité.

À l’heure actuelle, il y a même un engoue­ment énorme envers ce sujet, à un moment où tous les domaines de la recherche s’intéressent aux différences individuelles – en médecine, en immunologie, en écologie. On se rend compte que les variations interin­dividuelles peuvent aussi avoir des réper­cussions dans des domaines concrets, comme la gestion de la chasse. Ainsi, chez les ours, les wapitis ou les mouflons d’Amérique équipés d’un collier GPS, on constate que ce sont les individus les plus hardis qui se font plus souvent tuer.

Comment évaluez-vous la personnalité d’un animal?

On ne peut pas étudier tous les aspects de sa personnalité, bien sûr! En général, on place l’animal dans un nouvel environnement, histoire de voir comment il s’adapte, à quel point il est capable de prendre des risques, quelles sont ses craintes face à un nouvel objet (ce qu’on appelle néophobie), etc. Je travaille sur les tamias dans les Monts Sutton, en Montérégie, et on observe chez eux de grosses différences interindividuelles. Ainsi, certains se font capturer 10 fois par jour, alors que d’autres évitent consciencieusement les pièges! Dans un nouvel environnement, certains tamias privilégient une longue exploration très minutieuse, d’autres une exploration beaucoup plus rapide mais peu approfondie.

Comment expliquez-vous ces variations?

C’est une question fondamentale, d’un point de vue de la biologie évolutive. Pendant très longtemps, on pensait que la sélection naturelle devait réduire les va­riations, en favorisant un seul type de comportement. Au contraire, on voit aujourd’hui qu’elle peut favoriser les différences. De nom­breuses hypothèses expliquent cette variabilité: des différences génétiques, mais aussi des aspects développementaux comme les expériences précoces, surtout liées à la mère, et les expériences acquises au cours de la vie. Enfin, il existe des stratégies d’histoire de vie diverses, notamment chez le tamia.

Vous avez des exemples?

Les tamias se nourrissent de graines de hêtre, dont la production fluctue d’une année à l’autre. On ne sait pas comment, mais ils parviennent à anticiper la production massive qui a lieu en fin d’été. Les bonnes années, ils se reproduisent donc à l’été et à l’automne, car il y a abondance de ressources. Selon leur date de naissance et selon les conditions environnantes, certains tamias vont se reproduire à six mois, alors que d’autres devront attendre un an et demi (leur espérance de vie est de deux ans). Les premiers privilégient donc une stratégie d’histoire de vie rapide, avec plus de prises de risque, mais avec des bénéfices immédiats. Les seconds sont plus prudents, car leur priorité est de survivre longtemps. Et nous observons une corrélation entre ces stratégies et les patrons d’exploration en environnement nouveau. On cherche maintenant à voir si on peut associer certains traits de personnalité entre eux (par exemple l’agressivité avec le fait de privilégier une exploration rapide), et s’il y a des caractéristiques biologiques, hormonales et immunologiques propres à chaque type de personnalité.

Article initialement publié dans notre dossier spécial animaux.

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