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Sciences

Maigrir de froid

17-02-2017

Des chercheurs considèrent le froid comme une arme supplémentaire dans la lutte contre l’obésité.

Avant de vous coucher, baissez donc le thermostat de votre chambre à 19 °C. Dormir dans la fraîcheur pendant un mois suffit à faire augmenter de 30 % à 40 % la quantité de graisse brune produite par le corps, alors qu’un environnement surchauffé à plus de 22 °C la réduit. Étonnamment, cela pourrait vous aider à garder la ligne !

La graisse brune, c’est celle qu’on ne veut pas perdre. On retrouve ce tissu adipeux dans le cou, au-dessus des clavicules, près de la colonne vertébrale et du cœur. Il tire sa couleur d’une forte concentration en mitochondries, des structures qui, comme des usines, génèrent l’énergie dans les cellules. « Dans la graisse brune, ces mitochondries ont aussi la capacité de produire directement de la chaleur en réponse à un environnement froid », précise Denis Richard, directeur du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) et chercheur à l’Université Laval. « On la retrouve d’ailleurs en abondance chez les petits mammifères acclimatés au froid ou encore parmi ceux qui hibernent. » Quant aux humains, la graisse brune est relativement abondante chez les nouveau-nés, sans doute pour les garder au chaud lors des premiers mois de vie. Ensuite, elle diminue énormément.

Grâce aux techniques d’imagerie des dernières années, les chercheurs ont toutefois constaté que les jeunes adultes minces en ont plus que toute autre personne, alors que les obèses en ont très peu.

Y a-t-il un lien entre la graisse brune et le poids ? C’est ce que laissent penser les travaux de Denis Richard et ses collègues, qui ont habillé un groupe d’hommes d’une combinaison à tubulures dans lesquelles circulait de l’eau refroidie à 18 °C. Les scientifiques ont remarqué qu’en abaissant la température cutanée de 3,8 °C – sans provoquer de frissons – pendant trois heures, la dépense énergétique de l’organisme augmente de 250 kilocalories ! L’équivalent de ce qu’on ingère avec une barre Kit Kat, grosso modo. « On est ainsi capable d’activer la graisse brune qui brûle les sucres et les lipides du corps », précise Denis Richard. De quoi, à terme, perdre du poids.

En 2016, l’équipe d’André Carpentier, de l’université de Sherbrooke, a confirmé le rôle essentiel de la graisse brune dans la lutte contre le froid.

Mais il y a mieux. Plusieurs chercheurs ont constaté que la graisse blanche – celle qu’on veut souvent perdre – peut se transformer en graisse brune. Cette conversion se produit sous l’effet de l’irisine, une hormone produite par les muscles lorsque vous faites de l’exercice physique, mais aussi lorsque vous frissonnez, explique Paul Lee, un endocrinologue australien qui a codirigé l’étude montrant un lien entre la température de la chambre à coucher la nuit et la graisse brune.

Il n’en fallait pas plus pour entrevoir le froid comme un allié potentiel dans la lutte contre l’obésité. Mais à ceux qui envisagent le bain de glace pour maigrir, le docteur Richard répond que le froid n’est pas un remède miracle. La perte énergétique ne serait pas substantielle et le corps pourrait se rebeller en stimulant l’appétit. Plusieurs équipes planchent donc sur l’idée d’un « médicament » contre l’obésité qui permettrait d’activer et d’accroître de façon chronique et salutaire la graisse brune, sans avoir à subir l’inconfort du froid.

En attendant, pour perdre quelques calories supplémentaires, chauffez moins votre maison !

Lire aussi: notre dossier sur la science du froid.

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