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Société

Le comportement homosexuel ne peut être prédit par la génétique

29-08-2019

Photo: Pixabay

Il n’y a pas un gène unique de l’homosexualité, même si la génétique joue un rôle – mineur – dans les comportements homosexuels. C’est, en résumé, ce que conclut la plus grande étude génétique jamais menée sur le «comportement homosexuel» humain, qui vient d’être publiée dans Science.

Pour parvenir à ces résultats, un consortium international de chercheurs, mené par Andrea Ganna et Ben Neale du Massachusetts General Hospital et du Broad Institute, a analysé l’information génomique de 470 000 personnes, incluses notamment dans la cohorte UK Biobank ou dans la base de données de 23AndMe.

Évidemment, les participants ont tous donné leur consentement et accepté de répondre à des questions intimes sur leurs expériences sexuelles. Cette étude n’est pas la première à rechercher des marqueurs génétiques en lien avec l’homosexualité, mais elle est environ 100 fois plus puissante, sur le plan statistique, que les études précédentes qui incluaient moins de participants.

Lors d’une conférence de presse, les auteurs principaux de l’étude ont précisé avoir examiné le « comportement homosexuel », c’est-à-dire le fait d’avoir déjà eu des relations sexuelles avec une personne du même sexe et non pas «l’orientation» ni «l’identité sexuelles», qui sont des notions très complexes.

En analysant le génome complet des participants, l’étude a permis de trouver des corrélations entre certains variants génétiques et le comportement homosexuel. Plus précisément, cinq variants y semblent plus fortement associés, mais leur influence est mineure, c’est-à-dire qu’ils contribuent très peu au comportement sexuel d’une personne.

«Chacun de ces cinq variants a un très petit effet», a précisé Andrea Ganna lors de la conférence. En fait, les chercheurs ont découvert que des centaines, voire des milliers de variants génétiques sont associés au comportement homosexuel, et bien que certains soient communs aux hommes et aux femmes, près de la moitié d’entre eux sont spécifiques à chaque sexe.

Ces milliers de variants impliqués n’expliquent que de 8 à 25% de la variabilité du comportement homosexuel. Autrement dit, «le comportement sexuel est régi par une interaction complexe entre la génétique et les facteurs environnementaux. Ce n’est pas une conclusion très nouvelle», a rappelé Fah Sathirapongsasuti, scientifique chez 23AndMe. C’est d’ailleurs très similaire à ce que l’on observe pour d’autres caractéristiques humaines, comme la taille à l’âge adulte, qui est associée à des centaines de variations génétiques.

Pas de «gène gai»

Cette étude contredit des travaux précédents, de plus petite envergure, dont certains avaient évoqué une association entre l’homosexualité et une portion du chromosome X, amenant certains médias à parler du «gène gai». «Alors que je pouvais blâmer ma mère, qui m’a légué son chromosome X, pour expliquer mon homosexualité, je peux désormais blâmer mes deux parents», a poursuivi Fah Sathirapongsasuti, en précisant plusieurs fois qu’il s’agissait d’une blague.

Le sujet est « délicat, sensible, controversé », ont rappelé de nombreuses fois les intervenants. C’est pour éviter les interprétations erronées que la conférence de presse a été mise sur pied, doublée d’un site internet détaillant le protocole de recherche, avertissant sur les limites de l’étude (notamment la complexité de l’orientation et de l’identité sexuelles), martelant les messages-clés. Le protocole, les formulaires de consentement et le site ont été élaborés en collaboration avec des membres de la communauté LGBTQ+.

«Le fait qu’il y ait énormément de variants génétiques associés au comportement homosexuel, et que tous n’aient qu’un minuscule effet, rend impossible toute prédiction du comportement à partir des données génétiques», a précisé Andrea Ganna. Ainsi, le «score prédictif» des cinq principaux variants est inférieur à 1%. Impossible donc, de savoir si un individu particulier aura des expériences homosexuelles dans le futur, par exemple, même s’il ou elle possède tous les variants mis en évidence dans l’étude.

« Cette étude fournit d'autres preuves que la diversité des comportements sexuels fait partie intégrante de la nature humaine. »

Ben Neale, chercheur au Broad Institute

Quant au rôle biologique des variants génétiques les plus influents, il est loin d’être explicité. « Une corrélation génétique n’est en aucun cas une causalité », a précisé Ben Neale.

Cela étant, les chercheurs disent avoir trouvé « deux liens intéressants ». L’un des marqueurs les plus influents est également associé à la calvitie, ce qui suggère que la régulation des hormones sexuelles pourrait être impliquée dans la biologie du comportement homosexuel.

Un autre variant génétique est lié à l’odorat. « C’est intéressant, parce que bien que les odeurs soient importantes pour l’attirance sexuelle, nous ne comprenons pas encore comment cela pourrait être lié au comportement sexuel », ont expliqué les chercheurs.

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