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03 novembre 2023
Temps de lecture : 4 minutes

Voici notre sélection de découvertes culturelles scientifiques de l’automne!

Découvrez notre sélection automnale de trouvailles culturelles scientifiques. Il y en a pour tous les goûts!

REGARDER

Une astronome pas comme les autres

Si on vous demande d’imaginer à quoi ressemble une personne travaillant en astronomie, votre esprit esquissera probablement les contours d’un homme un peu asocial et à l’air plutôt sérieux, plongé dans l’obscurité d’un local éclairé seulement par la lumière bleutée des moniteurs. La série documentaire Étoile du Nord déconstruit ce stéréotype en présentant le parcours de Laurie Rousseau-Nepton, une dynamique astronome résidente du prestigieux observatoire Canada-France-Hawaii.

Son parcours est assez atypique. D’origine innue, elle est à la tête d’un énorme projet de recherche rassemblant une soixantaine de scientifiques dont le but est de démystifier la formation des étoiles pour mieux comprendre leur influence sur l’Univers. « On a là une jeune femme au sommet de son art, intéressée par les savoirs ancestraux et la recherche de pointe. Sans compter que ce n’est pas fréquent d’avoir une astrophysicienne aussi fascinée par l’ingénierie et le développement des outils ! » explique Patrick Bossé, réalisateur de la série divisée en cinq courts chapitres.

Il a travaillé en étroite collaboration avec la chercheuse pour accomplir une double mission : présenter Laurie et vulgariser sa science. Entre le Québec et Hawaii, le duo nous amène tantôt à la chasse près de la rivière Ashuapmushuan, territoire qui a fait naître la curiosité scientifique de la chercheuse, puis au sommet du Mauna Kea à la découverte des télescopes de l’observatoire et de leur fonctionnement, et enfin à l’ASTROLab du parc du Mont-Mégantic pour initier de jeunes filles aux secrets des astres.

Si la série est conçue comme un outil de vulgarisation pour les classes, rien n’y paraît : le ton intimiste et les magnifiques images de la faune et de la flore font d’Étoile du Nord un documentaire à large spectre capable d’inspirer toutes les générations. « Je crois que Laurie est une bonne ambassadrice du message voulant que, peu importe d’où l’on vient, avec de la curiosité, du travail et un bon esprit de collaboration, il y a moyen de réaliser de grands rêves ! » dit Patrick Bossé.

Étoile du Nord, par Patrick Bossé, 5 épisodes de 15 minutes, onf.ca

 

En solitaire

Au large de la Nouvelle-Écosse, sur l’île de Sable, vit depuis une quarantaine d’années Zoe Lucas, seule, mais entourée de plus de 450 chevaux sauvages, de phoques, d’oiseaux et d’insectes. Toutes deux – l’île et la naturaliste – sont au cœur de Geographies of Solitude, un documentaire canadien contemplatif et intimiste naviguant entre le film d’art et le documentaire sur la nature. La réalisatrice Jacquelyn Mills accompagne discrètement l’insulaire dans son quotidien rythmé par le passage des saisons. Elle la montre, presque toujours de dos, en train de fouiller les fèces, de capturer des araignées ou de ramasser des carcasses, récoltant le plus de données possible sur son île. Zoe Lucas documente aussi la portée de la consommation humaine en colligeant dans Excel chaque morceau de cordage, de bouteille de boisson gazeuse ou de ballon échoué sur son île. Un travail de minutie et de longue haleine que peu de gens ont tenté jusqu’à présent et qui fait de l’île de Sable l’un des plus importants sites pour étudier la circulation de la pollution marine dans l’Atlantique Nord-Ouest. La réalisatrice déploie toute
sa créativité pour mettre en valeur cet environnement : elle utilise des électrodes pour fabriquer une musique à partir des pas des fourmis et du glissement des escargots, et développe ses films 16 mm à même les algues. Une expérience méditative très terre à terre sur la vie et la mort.

Geographies of Solitude, par Jacquelyn Mills, gratuit sur CBC Gem ou en location sur Apple TV (en anglais), 104 minutes

 

LIRE

Pures sciences

Cinquante des plus grands esprits du Québec et du Canada se rencon­trent dans Faire connaissance : 100 ans de sciences en français, un recueil publié à l’occasion du 100e anniversaire de l’Acfas. L’histo­rienne Marie-Claire Daveluy, le vétérinaire Ibrahima Diallo, la philosophe Corinne Gallant et le pionnier de l’océanographie du Saint-Laurent Mohammed El-Sabh se retrouvent parmi les scientifiques d’hier et d’aujourd’hui honorés pour leurs contri­butions marquantes. Le livre revient en beauté sur le parcours de ces brillants cerveaux au fil de pages agrémentées de photos et de documents d’archives.

Faire connaissance : 100 ans de sciences en français, par l’Acfas, Éditions Cardinal, 256 p.

 

Le cerveau des accros

L’adolescence est la période où les jeunes se mettent à expérimenter une foule de choses : la cigarette, l’alcool, les drogues, bref des substances pouvant entraîner la dépendance. Un concept parfois un peu flou pour eux. Dans C’est quoi être accro ?, notre journaliste Marine Corniou vulgarise les mécanismes de la dépendance et ses effets sur le cerveau pour les 11-14 ans. Elle le fait avec simplicité et sans leur faire la morale à l’aide de courts textes, et des illustrations engageantes soutiennent son propos.
Ce premier documentaire d’une nouvelle collection jeunesse parle également des risques des réseaux sociaux et du jeu de façon éclairante.

C’est quoi être accro ? La dépendance expliquée aux ados, par Marine Corniou et illustré par Cathy Karsenty, Auzou Québec, 78 p.

 

Immersion neuroatypique

Il y a des livres qui bouleversent votre vision des choses, et L’aspinaute, une Asperger en voyage sur Terre est de ceux-là. Ce roman graphique permet de se mettre dans la peau d’une personne atteinte d’autisme de haut niveau, qu’on qualifiait jusqu’à récemment de syndrome d’Asperger. Cette personne, c’est la Française Laura Bresson, illustratrice et autrice du livre. Jeune femme créative et brillante promise à une grande carrière en sciences, Laura Bresson est dotée d’une hyper­sensibilité aliénante et elle a de profondes difficultés à entrer en contact avec les autres. Elle se sent « comme une astronaute en voyage sur Terre, qui ne quitterait jamais son casque », d’où la combinaison spatiale qu’elle porte dans ses dessins. Elle esquis­se ainsi son parcours, du lycée jusqu’à l’obtention de son diagnostic, dans un récit intimiste, avec une générosité de détails familière aux individus vivant avec ce trouble. La facture est également fort ingénieuse, puisque l’autrice réussit le tour de force de nous faire ressentir l’anxiété que les personnes neuro­atypiques peuvent éprouver lors d’acti­vités pourtant banales pour la moyenne des gens. Le passage où elle expose en quoi le simple fait d’acheter des choco­latines à la boulangerie peut la drainer menta­lement tant elle est sensible aux stimuli en est le plus bel exemple : la page croule sous les bulles montrant ce qui se passe dans sa tête. Le dessin est doux et les textes chargés, mais c’est tout indiqué pour offrir une expérience littéraire immersive vectrice d’empathie.

L’aspinaute, une Asperger en voyage sur Terre, par Laura Bresson, Leduc Graphic, 304 p.

 

Plus que six pieds sous terre

Les spéléologues seront ravis d’apprendre qu’une fiction sur l’exploration des cavernes, québécoise de surcroît, vient de sortir des presses. Exploration atteignant des records de profondeur au Mexique, guerres de clans rivaux, affrontements interculturels et saucette dans le fantastique sont au menu de Sierra Negra, une aventure signée Jean-Benoît Nadeau dans laquelle on perd la notion du temps et de l’espace. Pour l’anecdote, si le premier roman du journaliste n’a rien d’autobiographique, il demeure foncièrement ancré dans la réalité puisque certaines parties ont été inspirées par des faits vécus. L’auteur connaît d’ailleurs très bien son sujet, ayant passé au total trois mois dans les antres de la Terre au centre de la bien réelle sierra Negra, entre 1988 et 1993. Il avait d’ailleurs publié un reportage sur ce périple dans nos pages en 1992. Suivez le guide !

Sierra Negra, par Jean-Benoît Nadeau, Éditions Château d’encre, 448 p.

 

La femme qui faisait parler les os

On ne s’en doute pas, mais tout au cours de notre vie, nos os enregistrent une foule d’informations sur notre alimentation, nos activités sportives, nos accouchements, nos maladies. Et ces secrets peuvent être révélés bien au-delà de notre trépas sous la loupe de spécialistes de la trempe de Sue Black, une anthropologue médico-légale réputée. La Britannique en divulgue d’ailleurs un arsenal dans Gravé dans l’os, un livre plus spectaculaire que bien des intrigues policières. Le corps est démembré chapitre par chapitre, ce qui permet à l’autrice d’expliquer l’importance du moindre fragment de clavicule, de dent ou de sacrum d’un point de vue médico-légal. Entre deux enseignements sur la croissance des os, elle glisse l’une des délicieuses (et nombreuses) anecdotes ayant marqué sa carrière – par exemple, la fois où elle a dû trimbaler des têtes de cadavres en cabine d’avion. Sue Black accompagne le tout de descriptions d’enquêtes pour en faire un récit passionnant que les adeptes de true crime dévoreront avec autant d’avidité que celles et ceux qui sont fascinés par les mystères du corps humain.

Gravé dans l’os, par Sue Black, Actes Sud, 272 p.

 

ÉCOUTER

Vite fait bien fait

Pourquoi le sel de l’Himalaya est-il rose ? Quelles sont les conséquences de l’iso­lement sur le cerveau ? Pourquoi a-t-on parfois envie d’aller aux toilettes en entrant dans une librairie (!) ? Et saviez-vous qu’il est quasi impossible d’avaler sa salive plus de trois fois d’affilée ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles répondent les 25 balados du réseau Choses à savoir, dont Cerveau, Incroyable !, Sciences et .tech. Chaque production se décline en plusieurs épisodes, qui arrivent à faire le tour de sujets surprenants en deux à quatre minutes. C’est toujours amusant, pédagogique et efficace. Et puisque les cerveaux derrière ces balados ne sont pas nés de la dernière pluie, les archives sont bien garnies.

Pour découvrir tous les balados de Choses à savoir : chosesasavoir.com

 

La vraie nature

Alors que les défis entourant la préservation de la diversité peuvent sembler complexes, Conservation de la nature Canada aide le public à mieux comprendre les questions de société qui y sont liées avec Objectif Nature. Ce balado en huit épisodes prend la forme de discussions avec des experts et expertes sur le rôle de l’agriculture dans la sauvegarde de l’environnement, l’effet de la nature sur la santé humaine et les enjeux économiques en foresterie.

Objectif Nature, sur votre plateforme de balado préférée

 

Il suffit d’un appel

Écouter le balado de science-fiction GET 42, c’est comme être témoin d’appels faits au 311 ou à une autre ligne de service municipal. Sauf qu’on se retrouve plongé dans le futur et que c’est le Gouvernement de l’Espace-Temps que les gens appel­lent pour régler leurs petits soucis
de tous les jours. Les citoyens et citoyennes ne cherchent pas à savoir à quel moment ils peuvent mettre leur divan à la rue ; ils se questionnent plutôt sur leur chat de Schrö­dinger nouvellement adopté et les pro­blè­mes de trou noir bouché. La science s’éclate dans cette série loufoque écrite par Julie Dirwimmer et Stéphanie Jolicoeur.

GET 42, épisodes de 4 à 9 minutes, sur votre plateforme de balado préférée, madamecosinus.com/2023/04/21/get-42-le-balado/

 

VOIR

De tout pour faire un monde

Il faudra avoir quelques heures devant soi lors de sa prochaine visite au Musée de la civilisation de Québec parce que le programme est costaud ! Les thèmes de l’identité et du genre soulèvent des questions complexes au sein de la population, et l’institution ose s’aventurer sur ce terrain délicat. Son exposition Unique en son genre : bienveillance et ouverture, pour mieux comprendre présente le sujet à travers l’art, l’histoire sociale et même l’expérience du règne animal. Elle s’adresse toutefois à un public averti de 14 ans et plus. L’exposition Pour demain croise quant à elle l’art, la philosophie, le design et la technologie pour parler des bouleversements climatiques et motiver le public à entamer la marche vers les changements qui sont nécessaires. Il faut également profiter des derniers moments de l’exposition sur le biomimétisme Nature inspirante, techno inspirée, conçue par le Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier, avant qu’elle ne plie bagage vers une autre institution. Les enfants (et les grands aussi !) vont être épatés de découvrir que des modèles de trains ont été inspirés par le bec des martins-pêcheurs et que les calmars ont des similitudes avec les motomarines !

Au Musée de la civilisation, www.mcq.org

 

Des perles plus que précieuses

Une exposition inédite a lieu au musée McCord Stewart de Montréal cet automne. Une quarantaine de wampums canadiens se retrouvent, pour la première fois, réunis sous un même toit. Ces bandes tissées par les populations autochtones à partir de perles façonnées dans des coquillages marins et ornées de symboles étaient échangées dans des contextes diplomatiques entre le 17e et le 19e siècle. L’exposition Wampum : perles
de diplomatie est donc un rendez-vous important avec l’histoire de notre pays. « Le Canada n’aurait pas été ce qu’il est aujourd’hui sans les alliances avec les Autochtones », rappelle Jonathan Lainey, conservateur Cultures autochtones au musée.

En plus des 13 wampums appartenant à l’institution, le conservateur a réussi à en faire venir d’un peu partout au Canada et de France.

À l’époque de la Nouvelle-France, les nations autochtones échangeaient ces bandes de perles avec les Européens, qui apprirent à en fabriquer eux aussi. « Quand on affirme quelque chose dans le monde autochtone, il faut se montrer généreux envers notre allié et lui offrir un objet, explique M. Lainey, également membre de la nation huronne-wendate. [Les objets offerts] accompagnent la parole qu’on vient de prononcer. Le wampum sert donc à garder une trace de ce que notre allié nous a dit il y a 1 an, 10 ans, des décennies. »

Bien qu’ils ne soient plus échangés depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les wampums demeurent pertinents puisqu’ils possèdent encore un pouvoir juridique : des nations peuvent recourir à eux pour prouver leurs droits sur un territoire.

Avec l’exposition, le musée McCord Stewart se fait un point d’honneur de donner aux citoyens et citoyennes l’occasion de mieux comprendre l’histoire de ces objets et désire du même coup engager le dialogue. « On ne sait souvent pas d’où viennent les wampums et ce qu’ils signifient. Nous souhaitons permettre d’en discuter ensemble pour avancer vers de nouvelles connaissances », souligne M. Lainey.

Wampum : perles de diplomatie, au musée McCord Stewart de Montréal, du 20 octobre 2023 au 10 mars 2024, musee-mccord-stewart.ca

 

DÉCOUVRIR

Balade en bonne compagnie

Avec son paysage lunaire et ses sphères géantes émergeant un peu partout sur la zone végétalisée, le parc Frédéric-Back, situé dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension à Montréal, est assez singulier. Pas étonnant qu’on ait créé une application juste pour lui ! Celle-ci offre une expérience immersive aux visiteurs et visiteuses, car en plus de les aider à se repérer et à localiser les lieux d’intérêt sur sa carte interactive, elle explique l’écosystème unique de ce projet de réhabilitation construit sur un ancien site d’enfouissement. L’application mise au point par la TOHU recense également les diverses activités, autant sportives que culturelles, à faire autour du site.

Parc Frédéric-Back, application gratuite, sur l’App Store et Google Play, tohu.ca

 

Photo: ONF; Marie-Josée Marcotte (oeuvre de JJ Levine)/Musée de la civilisation Images : Éditions Cardinal ; Auzou Québec ; Société d’histoire naturelle de Montréal ; Marie-Blanche Huetl; chosesasavoir.com ; Leduc Graphic; CBC Gem ; Chantal Levesque/Tohu ; Château d’encre ; Actes Sud

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