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Voici les propositions culturelles de notre journaliste: un balado pour les jeunes, un film captivant sur les pieuvres, une série sur les premiers jours de la conquête spatiale et des suggestions de livres.
Regarder
Un amour tentaculaire
Si, comme moi, vous avez été époustouflé par la sagacité de la pieuvre qui se cachait de ses prédateurs en se parant de coquillages dans la série de la BBC Blue Planet II, le visionnement de My Octopus Teacher est un incontournable. Le film permet d’assister à l’amitié inusitée que le réalisateur Craig Foster a tissée avec une pieuvre. Au fil de ses plongées quotidiennes réparties sur une année, il a documenté l’ingéniosité et la curiosité de cet animal solitaire. Par ricochet, le réalisateur en tire des leçons qui donnent un nouveau sens à sa vie. L’attachement que le cinéaste éprouve pour le céphalopode est si profond que le film le mène à franchir les limites de l’éthique du documentaire animalier. Contemplant le magnétisme de cette pieuvre exceptionnelle, le spectateur ne peut lui en tenir rigueur.
My Octopus Teacher, par Craig Foster, disponible sur Netflix.
Bois d’allumage
De quel bois se chauffaient les meilleurs pilotes d’essai aspirant à conquérir l’espace ? Telle est la question qui chicotait le journaliste et essayiste Tom Wolfe : il en a fait l’objet de son livre The Right Stuff, paru en 1979. Inspiré de cet ouvrage à succès, la série L’étoffe des héros, présentée sur Disney+, nous (re)plonge dans l’esprit des premiers jours du programme spatial. Les sept pilotes d’essai de la mission Mercury sortent ici de l’ombre, catapultant le spectateur 60 ans en arrière. Si la série permet d’assister aux tests médicaux et psychologiques discutables ainsi qu’aux jeux de coulisses politiques et médiatiques auxquels ont dû s’astreindre les candidats pour devenir des héros de l’espace, elle explore surtout l’univers plus personnel des astronautes. Frustrations de pilotes privés de leurs ailes, drames familiaux et rivalités internes (celle entre le charismatique John Glenn et l’insaisissable Alan Shepard s’établit d’ailleurs dès les premières minutes) ajoutent aux défis qui les attendent. Classique dans sa facture, cette série historique est aussi intrigante que la capacité surnaturelle de ces hommes intrépides d’avaler des whiskys du lever au coucher du jour sans jamais avoir la mauvaise tête des lendemains de veilles.
L’étoffe des héros, par National Geographic, sur la plateforme Disney+.
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Les jeunes ne savent pas tout des technos
Les jeunes de 8 à 12 ans ont droit à une initiation toute personnalisée à la science et aux nouvelles technologies avec CTRL+F, un balado réalisé par Ubisoft Éducation en collaboration avec la maison de production La puce à l’oreille. Faisant référence aux touches de clavier utilisées pour amorcer une recherche, cette série en court format initie son auditoire aux cyborgs, hypertrucages et voyages dans le temps au fil des conversations animées qu’ont les personnages Matthieu et Leïla avec des experts invités très décontractés.
Petit aparté : La puce à l’oreille produit depuis plusieurs années d’excellents documentaires audios jeunesse. Les autres créations de la maison valent d’ailleurs que vous visitiez son site Web.
CTRL+F, sur votre plateforme de balados préférée.
Pour les documentaires sonores de La puce à l’oreille : lpalo.com
LIRE
La vérité avec un point d’interrogation
Il devient parfois difficile de départager la vérité avec un grand V des informations à la véracité discutable. Et le livre Fake news : le vrai, le faux et la science donne la preuve que nos cerveaux éduqués et sensés (mais aussi ceux de journalistes respectés) peuvent se fourvoyer. Notre chroniqueur Jean-François Cliche réunit ici 80 billets publiés dans Le Soleil, où il travaille. Injections de vitamine C, lunettes pour permettre aux daltoniens de voir les couleurs, augmentation des tornades en raison des changements climatiques, apport écologique des sacs de coton : les pendules sont remises à l’heure sur des sujets amusants ou préoccupants. L’auteur fait également la lumière sur les pièges et les raccourcis dans lesquels peuvent tomber les journalistes pour traiter leur nouvelle selon l’angle désiré et rappelle l’importance de l’expertise scientifique pour bien comprendre les enjeux de société. Un nouveau petit cours d’autodéfense intellectuelle parsemé de trucs pratiques pour aiguiser notre radar à bêtises.
Fake news : le vrai, le faux et la science, par Jean-François Cliche, Éditions MultiMondes, 252 p.
Dernière impression
Le titre de la bande dessinée scientifique Vous avez détruit la beauté du monde reprend la phrase puissante que la poète Huguette Gaulin a prononcée avant de s’immoler par le feu sur la place publique en 1972. Cet ultima verba fait écho au cœur du sujet d’un livre documentaire atypique et confrontant : l’histoire du suicide.
Fruit de la collaboration entre l’équipe du Groupe de recherche sur la sociologie historique du suicide au Québec à l’Université d’Ottawa et l’artiste Christian Quesnel, cet ouvrage est en quelque sorte une fusion entre une publication scientifique et une BD. Les auteurs y présentent des cas réels sélectionnés dans la base de données montée par l’équipe de recherche. Un outil imposant, puisqu’il recense près de 20 000 suicides confirmés et soupçonnés au Québec depuis 1763.
À l’aide de ces informations, les auteurs se penchent sur les moments précédant le dernier souffle avec sobriété et respect grâce au coup de pinceau sensible du bédéiste. Ici, point de photos brutales du coroner, une ultime image souvent aux antipodes de la dernière impression qu’a voulu laisser le défunt. Cette fenêtre sur le travail des chercheurs jette un éclairage nouveau sur un thème délicat.
Vous avez détruit la beauté du monde : le suicide scénarisé au Québec depuis 1763, par Isabelle Perreault, André Cellard, Patrice Corriveau et Christian Quesnel, Moelle graphique, 69 p.
Chef du département
Dès la première page, avec sa planche de cartes de vœux pour amis scientifiques (« On ne comprend toujours rien à ton travail, mais on est très fiers ! »), le bédéiste Tom Gauld vise dans le mille grâce à son nouveau Département des théories fumeuses. Faisant preuve de son habituelle finesse (on lui doit déjà Vous êtes tous jaloux de mon jetpack et En cuisine avec Kafka), il badine cette fois avec la science. Ces moments insignifiants de l’histoire de la science, sa version nichée des Trois petits cochons, ses clins d’œil absurdes à la physique quantique, à la biologie, à la chimie et aux réalités de la vie des chercheurs sont un délice pour les yeux du lecteur. On se découvre triste de tourner la dernière page !
Le département des théories fumeuses, par Tom Gauld, Éditions Alto, 160 p.