Photo: Marie-Josée Marcotte/ICÔNE
Envie d’occuper votre automne? Notre chroniqueuse Émilie Folie-Boivin vous propose une belle sélection d’expositions muséales, de livres et d’émissions à découvrir.
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Tirez-vous une bûche
Le Musée de la civilisation a l’habitude de raconter le Québec. C’est inscrit dans son ADN depuis plus de 30 ans. Sa troisième exposition sur la Belle Province, Le Québec, autrement dit, sort enfin des fourneaux après six ans de conception et elle est bien ancrée dans son époque. « Nous voulions faire une exposition à la fine pointe de la muséologie, des connaissances scientifiques, et nous la souhaitions encore plus inclusive que les précédentes », souligne Frédérique Bédard-Daneau, chargée de projets d’expositions du musée. Des artistes, des scientifiques, des membres de communautés culturelles et de Premières Nations ont participé à la confection de la plus vaste expo jamais montée au musée.
Un immense squelette de rorqual, les plus vieilles roches au monde (4,28 milliards d’années !), les restes présumés de la Petite Hermine — l’un des navires de Jacques Cartier — et les récentes trouvailles exhumées du site archéologique Cartier-Roberval à cap Rouge font partie des 1300 artefacts très variés présentés au public.
Étonnamment, la chaise est l’emblème de cette quête identitaire. Une ligne du temps constituée de chaises issues de différentes époques sert ainsi à rendre plus concrets certains de nos repères sociaux et politiques, comme la fin de l’esclavage, par exemple. « Pour nous, c’est une façon d’évoquer la prise de parole et les rassemblements autour de la table, poursuit la chargée de projets. Cet objet symbolise la rencontre, qui est le fil conducteur de l’exposition. »
Dans la zone « Vivre », l’une des six thématiques du parcours, des objets du quotidien ayant traversé plusieurs générations comme des cahiers Canada, des effigies du bonhomme Carnaval, et des bouteilles et canettes de bière éveillent les souvenirs des jeunes et moins jeunes. La section « Appartenir », quant à elle, s’intéresse au sentiment d’appartenance au Québec à travers des extraits littéraires choisis parmi des œuvres des 20 dernières années. « L’objectif est que ceux et celles qui habitent le territoire québécois puissent se reconnaître un peu en entrant dans la salle », conclut Mme Bédard-Daneau.
Le Québec, autrement dit, présenté au Musée de la civilisation, à Québec. mcq.org

Retour aux sources
Si, cet été, vous n’avez pas entendu parler des semences retrouvées du melon de Montréal… c’est signe que vous avez pleinement décroché pendant vos vacances !
Blague à part, c’est en préparant Splendeur de la germination, son exposition sur les semences ancestrales, que le Musée québécois de l’agriculture et de l’alimentation de La Pocatière a eu la jolie surprise de remettre la main sur les semences de cette cucurbitacée, disparue de nos champs depuis 1940 après avoir été prisée par les grands hôtels et restaurants américains au tournant du 20e siècle.
Les précieuses graines ont été retrouvées dans un magnifique « tableau synoptique », soit une collection de graines réparties par espèce, soigneusement colligée par l’agronome Maurice Couture entre 1938 et 1940. En plus du fameux melon « muscat de Montréal » s’y trouvent 455 autres variétés de plantes comestibles, dont des semences très recherchées comme du blé Huron et de la betterave Éclipse.
Bien que ce melon ne soit pas au centre du projet, sa présence a permis de faire jaser dans les médias de cette exposition éducative et artistique sur les semences d’époque. La pièce principale du musée situé derrière le cégep de La Pocatière donne un petit cours de biologie sur la reproduction des plantes. Didactique, elle présente des documents d’archives et des artefacts comme une collection de graines de référence, de vieilles enveloppes de semences ou encore des pages d’herbiers, symboles de l’histoire botanique et semencière de la région de la Côte-du-Sud et du Québec. La seconde salle est quant à elle une réflexion artistique sur le sujet – c’est là qu’on trouve le tableau synoptique de M. Couture.
Le volet laboratoire permet de suivre sur le Web (casconda.org) une tentative pour faire germer diverses semences âgées d’au moins 50 ans, dont celles du cornichon de Boston, du lin « raja » et du melon Champlain doré, une collaboration avec Biopterre, un centre de développement de bioproduits affilié au cégep de La Pocatière.
Après la visite, il faut absolument s’arrêter contempler l’exposition permanente sur le Québec d’autrefois. Le bureau du médecin des paroisses rurales est recréé, ainsi que le cabinet de dentiste du début du 20e siècle. Y sont également réunies de belles curiosités historiques, comme de vieux microscopes et du matériel de laboratoire lié à l’enseignement des sciences dans les collèges classiques et les écoles d’agriculture.
Et ça ne s’arrête pas là, puisque le musée accueille des expositions ambulantes. Cet automne, il s’agit de Manger ! L’exposition qui nourrit, du Musée de la santé Armand-Frappier. Prévoyez donc y passer quelques heures !
Splendeur de la germination, présentée jusqu’au 6 janvier 2025 au Musée québécois de l’agriculture et de l’alimentation, à La Pocatière. mqaa.ca
JOUER

Parler aux murs
Ça fourmille toujours de belles idées chez La puce à l’oreille, qui produit des créations audio jeunesse. Les affiches amplifiées Ohé !, qui deviennent immersives lorsque combinées à un appareil mobile, en apportent une nouvelle fois la preuve. Une fois l’affiche sortie de l’emballage et l’application gratuite Ohé ! téléchargée (sur un cellulaire ou une tablette), les enfants n’ont qu’à suivre les indications vocales et dicter leurs commandes à voix haute. Le jeu audio propose trois aventures du style « jeu dont vous êtes le héros ». Les jeunes pourront incarner une taupe en train de faire un stage en archéologie, découvrir les métiers d’artisans en aidant un fantôme à construire sa maison ou encore entrer dans les coulisses de la création théâtrale. Ils en auront pour de longues minutes à naviguer dans l’affiche, ce qui fera certainement naître de nouvelles passions. Fruit d’une collaboration avec plusieurs partenaires du monde muséal et culturel, Ohé ! est une expérience numérique enrichissante à offrir en cadeau et à proposer en classe.
Ohé !, affiches amplifiées produites par La puce à l’oreille. Dès 7 ans. lpalo.com/affichesamplifiees
LIRE

Franche discussion
Tant de changements s’opèrent dans le corps des jeunes filles qu’elles méritent un livre de la trempe d’Il faut qu’on parle de vagins pour démystifier tout cela. Le vagin est ainsi l’occasion de parler des premières menstruations, bien sûr, mais aussi de crampes, d’hygiène, de mythes, d’histoire et de sexualité. Ce documentaire « confidence » est à mettre dans les mains des fillettes de 9-10 ans pour qu’elles anticipent l’étape charnière de la puberté et prennent possession de leur féminité avec aplomb. La gynécologue américaine Allison K. Rodgers répond franchement aux questions des jeunes, science à l’appui. La pluralité des corps est normalisée dans les géniales illustrations d’Annika Le Large : le sang prend toutes les nuances du rouge, les corps et les vulves sont de morphologies et de couleurs variées, comme dans la réalité. Ces connaissances sont livrées avec douceur et complicité, tels de précieux conseils transmis par notre tante préférée.
Il faut qu’on parle de vagins, par la Dre Allison K. Rodgers, illustré par Annika Le Large, éditions Métamorphe, 64 p.

De démarche citoyenne à bédé
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a beau publier périodiquement un rapport public sur les changements climatiques, ses contenus demeurent opaques pour le commun des mortels. La bédé Horizons climatiques nous aide à nous approprier ces connaissances sur l’évolution du climat et les conséquences des bouleversements en faisant le pont entre le GIEC et le grand public. Cette bédé percutante est le fruit de la rencontre fortuite entre Iris, une jeune docteure en sciences du climat, et Xavier, un illustrateur conscient des bouleversements actuels, mais qui, comme beaucoup d’entre nous, aimerait qu’on lui explique en termes simples le comment du pourquoi. Tous deux ont rencontré neuf scientifiques du GIEC dans une quête très humaine et émotive pour synthétiser les savoirs des récents rapports. Tout comme Xavier, on passe par le déni, la colère ; on est aussi dépassés que les scientifiques par l’inaction des instances politiques, mais, à travers les pages, on saisit comment la compréhension de ces enjeux permet de nous pousser à l’action. Ce sujet chargé est abordé de manière simple et sensible, avec des illustrations amusantes et des graphiques visant droit dans le mille.
Horizons climatiques : rencontre avec 9 scientifiques du GIEC, par Iris-Amata Dion et illustré par Xavier Henrion, Glénat, 320 p.

Connaître son ennemi
Alors que Poutine brandit la menace atomique et les États-Unis modernisent leur arsenal nucléaire vieillissant, la journaliste scientifique Sarah Scoles a cru bon d’aller voir ce qui se trame dans les laboratoires américains de recherche nucléaire. Pour son livre Countdown, elle a rencontré des équipes travaillant sur ces engins destructeurs capables d’anéantir des civilisations. Countdown est une solide introduction sur un sujet moralement complexe : on réalise combien la moindre découverte scientifique (sur le cœur des étoiles, sur l’effet de la microgravité sur la virulence des germes, etc.) peut par inadvertance faire avancer les connaissances sur l’armement nucléaire et que les labos cherchent désespérément de nouvelles recrues, maintenant que les scientifiques d’expérience sont partis à la retraite. Puisque le nucléaire est là pour rester, autant s’assurer de le comprendre pour éviter le pire.
Countdown : The Blinding Future of Nuclear Weapons, par Sarah Scoles, Bold Type Books, 272 p.

Plus que de la physique
Les rencontres entre artistes et esprits scientifiques permettent d’ouvrir le cadenas de concepts parfois inaccessibles au commun des mortels. C’est ce qu’accomplit le documentaire graphique Loops, en déclinant les bases de la physique quantique. Pour alimenter son processus créatif, l’artiste Luca Pozzi a contacté le physicien théoricien italien Carlo Rovelli. Loops est le fruit de leurs conversations sur la nature du temps et l’origine de la science. Rovelli vulgarise une foule de concepts : c’est ainsi qu’un match de tennis sert à établir les fondements de la gravitation quantique et que la conception de l’infini expliquée par la pensée d’Anaximandre (610-546 avant notre ère) prend tout son sens, sous les illustrations vibrantes d’Elisa Macellari. Un album qui façonne notre manière de penser le monde.
Loops, écrit par Luca Pozzi et illustré par Elisa Macellari, Ginosko, 168 p.

Point chaud
On sait déjà que les esprits s’échauffent davantage lorsque le mercure grimpe et que la température dans la classe affecte les performances scolaires des élèves. Dans un monde en plein dérèglement climatique, quels sont les effets réels de la chaleur sur le fonctionnement de notre cerveau ? The Weight of Nature: How a Changing Climate Changes Our Brains se penche sur la question. L’auteur, un journaliste formé en neurosciences, y expose comment la dégradation de notre environnement affecte la santé mentale et la neuroplasticité, dans un essai nuancé qui s’appuie sur les découvertes récentes.
The Weight of Nature: How a Changing Climate Changes Our Brains, par Clayton Page Aldern, Dutton, 320 p.
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Niveau supérieur
Les études supérieures sont un terrain fertile d’idées et de projets, mais voilé de mystère pour ceux et celles qui pensent s’y lancer. Le balado de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Assieds-toi et raconte-moi ta thèse se veut une sorte de phare dans la nuit pour ceux et celles qui aspirent à la maîtrise et au doctorat. Rempli d’histoires, d’anecdotes et de conseils, il veut les rassurer, les inspirer et les aider à franchir les obstacles. Alors que le premier épisode livre le b.a.-ba des 2e et 3e cycles, les suivants présentent les parcours uniques de ceux et celles qui les ont vécus. Avec, au micro, Tegwen Gadais, professeur au Département des sciences de l’activité physique à l’UQAM et Michel-Alexandre Rioux, psychologue clinicien.
Assieds-toi et raconte-moi ta thèse, produit par l’UQAM, épisodes d’environ 1 h. shows.acast.com/assieds-toi-et-raconte-moi-ta-these

Notre mer nourricière
Narré par Christian Bégin, le balado Mange ton Saint-Laurent s’inscrit dans la mission du collectif éponyme visant à faire découvrir les trésors comestibles du fleuve et du golfe. Scientifiques, spécialistes de la pêche et artistes culinaires défilent au micro pour présenter les espèces emblématiques que l’on retrouve dans nos assiettes et nous expliquer à cette occasion la complexité des enjeux liés à l’écosystème du Saint-Laurent. L’épisode sur la crevette nordique est particulièrement éclairant sur les causes qui mènent à l’amenuisement de ce délice de la mer, tout comme celui sur le sébaste, dont l’abondance dans nos eaux bouleverse la chaîne alimentaire. La série est bien condensée et elle réussit à aborder chaque thème sous les angles biologique, économique et politique. À la fois amusante et rassasiante pour le cerveau, elle souligne également à quel point notre précieux garde-manger pourrait bénéficier d’une gestion collaborative entre les milieux de la recherche, de la pêche et les autorités.
Mange ton Saint-Laurent, animé par Christian Bégin, réalisé par Guillaume Tellier, produit par La petite histoire.
Regarder
Petite vite
La série-éclair Les minutes du sexe, à Savoir média, répond à des questions papillonnant autour du vaste sujet de nos organes reproducteurs et de la fusion des corps. Qu’elles présentent les théories avancées pour expliquer la forme de champignon du pénis, la biochimie derrière l’odeur du vagin, ou l’évolution du désir au cours d’une vie, toutes les vidéos de cette production originale sont des petits bonbons, enveloppés dans une animation espiègle et complice. De quoi se surprendre à crier « encore » !
Les minutes du sexe, à voir sur Savoir média, environ 2 minutes par capsule.

Précieux fossiles
Tant qu’à naviguer sur la plateforme Savoir média, autant prolonger le plaisir avec la série La préhistoire du Québec, animée par Patrice Couture (auteur du livre du même nom). On ne soupçonne pas la richesse passée du territoire québécois, dont certains trésors sont remarquablement préservés. Au fil d’entrevues avec des experts et expertes, le public découvrira les fossiles de l’Ordovicien de la vallée du Saint-Laurent, la ceinture de roches vertes dans le Nord-du-Québec et les bivalves et autres gastéropodes conservés dans les blocs calcaires des bâtiments du Vieux-Québec. Les aficionados de géologie et de souvenirs imprimés dans le paysage vont en savourer chaque chapitre.
La préhistoire du Québec, à voir sur Savoir média, environ 15 minutes par épisode.

Cycle de vie
Le long métrage Et si le monde tournait rond ? (Going Circular) est au programme de la semaine québécoise de réduction des déchets sur la chaîne ICI Explora. Ce documentaire réalisé par Nigel Walk et Richard Dale présente le concept d’économie circulaire, un modèle selon lequel les ressources sont réutilisées, récupérées et réemployées et rien n’est gaspillé. Puisque la nature recycle et transforme tout, nous pouvons sûrement faire de même avec nos biens de consommation, soutient le film. La production donne la parole à plusieurs spécialistes, dont le scientifique britannique James Lovelock, qui a soumis la controversée hypothèse Gaïa en 1979, une approche environnementaliste selon laquelle la Terre est un organisme vivant capable de maintenir l’équilibre nécessaire à la vie. Les solutions amenées par la biologiste Janine Benyus, le designer Arthur Huang et le financier John Fullerton en matière de logement, d’énergie, de mode et d’alimentation sont particulièrement brillantes et mettent en avant l’importance de la multidisciplinarité des partenariats pour la sauvegarde de notre planète.
Et si le monde tournait rond, présenté le samedi 26 octobre à ICI Explora, puis disponible sur Tou.tv Extra. La programmation spéciale de la chaîne à l’occasion de la semaine québécoise de réduction des déchets se tiendra du lundi 21 au dimanche 27 octobre. ici.exploratv.ca