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07 mars 2024
Temps de lecture : 4 minutes

Voici notre sélection de découvertes culturelles scientifiques du printemps

Life on Our Planet, sur Netflix.

Découvrez une sélection éclectique de lectures et documentaires captivants, un balado mettant en lumière la recherche étudiante en biologie, et une exposition sur l’alimentation.

REGARDER

Au commencement

À l’instar de Prehistoric Planet, dans lequel les effets spéciaux numériques recréent les dinosaures avec un réalisme digne des meilleurs documentaires animaliers de la BBC, A Life on Our Planet raconte une histoire très ambitieuse : celles des quatre derniers milliards d’années. Au fil d’allers-retours entre le présent et le passé, la série présente la façon dont les grandes dynasties (céphalopodes, reptiles, mammifères, etc.) sont apparues et ont évolué au travers de la succession d’extinctions massives ayant balayé la majorité des espèces que la Terre ait connues. Cette fois, on ne se rue pas tant sur cette série produite par Steven Spielberg pour voir des dinosaures que pour les scènes épiques de batailles entre fourmis et termites, les floraisons de phytoplancton à l’origine de la vie et les plans de lichens ayant façonné les premiers sols. Oui, la narration solennelle de Morgan Freeman appuie un peu fort sur l’hyperbole et la série ne réinvente pas nécessairement le genre, mais elle vaut le coup, car elle réussit à se distinguer par ses reconstructions de la Terre au fil des ères géologiques. Les descriptions des conditions arides suivant les extinctions massives, les scènes de pluies acides diluviennes et les reconstitutions d’éruptions volcaniques ayant fragmenté la Pangée illustrent ce qui n’était jusque-là réservé qu’à notre imagination.

Life on Our Planet, sur Netflix, 8 épisodes (également disponible en français).

Entre vents et marées

Cette vaste étendue bleue qu’est l’océan a un rôle essentiel dans nos vies. Elle régit le climat, fournit la majorité de l’oxygène que l’on respire et sert d’important garde-manger. S’il semble inébranlable, l’océan a un équilibre précaire et pour le protéger, il faut mieux le connaître. Cette mission est accomplie par L’océan vu du cœur, un magnifique documentaire produit par Iolande Cadrin-Rossignol et Marie-Dominique Michaud dans la continuité de La Terre vue du cœur (2018). En compagnie du regretté astrophysicien Hubert Reeves et de la crème des spécialistes, tels les biologistes Daniel Pauly, Christian Sardet et Lyne Morissette et la juriste française Valérie Cabanes, le film présente la richesse des écosystèmes et les menaces qui pèsent sur eux. Les rôles des baleines pour la fertilisation des océans, des requins comme indicateurs de l’état de santé des milieux et du phytoplancton dans la production d’oxygène n’auront plus de secret pour vous. Le documentaire foisonne d’idées, de pistes de solution aux problèmes de l’heure et offre une vue d’ensemble informée sur l’océan et les défis qui nous attendent.

L’océan vu du cœur, réalisé par Iolande Cadrin-Rossignol et Marie-Dominique Michaud, à louer sur la boutique en ligne du distributeur Maison4tiers.

 

ÉCOUTER

Les déesses des mouches à feu

Les biologistes de l’Université de Montréal ont la chance de briller au micro des Lucioles, un balado mené par une équipe toute féminine. En compagnie de leurs collègues invités au micro, les coanimatrices – Marie-Christine Lafrenière et Stéphanie Shousha, au doctorat et au postdoctorat respectivement – rendent excitant le périphyton (ce biofilm gluant s’accrochant aux roches et aux végétaux aquatiques), exposent la relation entre les champignons et les plants de bleuets, et abordent les symbioses bactériennes près des sources hydrothermales. Le duo explore le parcours des personnes invitées, profs et étudiants ou étudiantes, en posant des questions pertinentes avec une joyeuse spontanéité. Les adeptes de longs balados seront servis : les filles ont du souffle et ces échanges détaillés permettent une immersion en profondeur dans les univers explorés.

Les Lucioles, sur votre plateforme de balado préférée, bio.umontreal.ca/recherche/podcast-les-lucioles

 

LIRE

L’ADN en BD

La science est parfois plus simple à assimiler sous forme de bédé, et Jo Jin-ho, dessinateur et ancien professeur de biologie sud-coréen, l’a bien compris. Après avoir vulgarisé le concept de gravitation dans Gravité Express, il poursuit sa lancée de vulgarisation populaire avec l’ambitieux documentaire d’exploration scientifique Génome Express. Son récit à la trame narrative fictive ne s’attaque cette fois à rien de moins que l’histoire du concept de gènes. Au cours de son voyage en train, le protagoniste rencontre une enfilade de scientifiques afin de saisir, à travers leurs succès et leurs erreurs, l’essence du gène et l’information contenue dans le vivant. Mendel et ses pois, Morgan et ses drosophiles, Chargaff et ses bases azotées, ainsi que Rosalind Franklin et ses photos montrant la structure hélicoïdale de l’ADN ne sont que quelques-uns des brillants cerveaux qu’il croisera sur sa route. Le visuel riche et le talent de vulgarisateur de l’auteur font de cette œuvre colossale (432 pages !) un véritable cours de biologie moléculaire, accessible à tous.

Génome Express, par Jo Jin-ho, Ginosko, 432 p.

 

Un monde de synthèse

Il y a un moment déjà que l’on sait les plastiques nocifs pour la santé des organismes vivants en raison de leur toxicité et de leur persistance dans l’environnement. Encore à ce jour, à peine 10 % des plastiques sont recyclés. Pourtant, des solutions de rechange existent, notamment le bioplastique, qui retient l’attention du docteur en biophysique Paul Lavallée. Dans son essai Le plastique est mort, vive le bioplastique !, il démontre les avantages d’une matière à laquelle il y a urgence de tailler une place.

Ce qu’il qualifie de bioplastique est un matériel d’origine biologique plutôt que pétrochimique ayant la capacité à se dégrader sans laisser de matière toxique derrière lui. « On sait que le meilleur plastique est celui que l’on n’utilise pas, mais celui que l’on utilise ne doit pas causer de tort. Dans le cas du bioplastique, son utilisation est complètement circulaire ! » affirme en entrevue le professeur retraité du Département des sciences de la Terre de l’Université du Québec à Montréal.

Dès 2016, il abordait déjà le sujet dans son livre Les végéplastiques : comment mettre un terme à la pollution par le plastique. Depuis, « rien n’a changé », déplore-t-il. Son nouveau livre dresse le portrait des obstacles auquel le bioplastique se bute, l’empêchant de s’imposer face au plastique traditionnel.

Puisque certains bioplastiques se décomposent plutôt que d’être envoyés au recyclage, leur transformation en fin de vie nécessite des installations aménagées expressément pour cette matière, un fardeau économique « extrêmement grand », reconnaît l’auteur. « Il faut que les gens du milieu comprennent que les bienfaits d’une révolution se produisent lorsqu’on la rend possible. Cela ne va pas arriver tout seul. » De plus, comme il n’est pas recyclable, le bioplastique « est le matériau le plus taxé de tous et cela n’encourage pas son utilisation », note-t-il.

Paul Lavallée demeure persuadé que l’emploi des bioplastiques sera un jour généralisé. « Je n’ai pas seulement espoir : je suis sûr que la transition va se faire… Seulement, j’ai peur qu’elle se fasse trop tard. »

Le plastique est mort, vive le bioplastique !, par Paul Lavallée, Éditions Écosociété, 128 p.

 

À flore de peau

Alors que l’hiver tire à sa fin, l’œuvre botanico-­littéraire La Laurentie en fleur fait l’effet d’une douce brise printanière. Ce bel ouvrage rassemble des textes connus et inédits du frère Marie-Victorin – fondateur du Jardin botanique de Montréal et auteur de l’épique Flore laurentienne – et présente le rythme des saisons le long du Saint-Laurent sous le regard empreint d’une grande sensibilité de cet observateur aguerri. On savoure en sa compagnie les anecdotes d’insectes emprisonnés pour la nuit dans les gentianes parce qu’ils ont commencé à butiner sur le tard et ses descriptions sur la majestuosité du pin blanc. Plusieurs redécouvriront ses sublimes écrits, tandis que les jeunes générations vont remarquer à quel point sa poésie est intemporelle. Cela dit, lorsqu’il nous invite à la rencontre des aubépines – « Hâtez-vous de sortir de Montréal, traversez à Longueuil par exemple et prenez à travers champs, n’importe où. Suivez cette haie et regardez de près à la corolle des fleurs » –, on ne peut qu’esquisser un sourire en s’imaginant buter sur une série d’autoroutes ! Le frère Marie-Victorin savait lire la nature, et 80 ans après sa mort, ses textes résonnent toujours aussi fort.

La Laurentie en fleur, textes inédits du frère Marie-Victorin choisis et présentés par Yves Gingras et le frère Gilles Beaudet, Éditions du Boréal, 224 p.

 

Pister les Pinocchio modernes

Théories du complot, biais cognitifs, hameçonnage, satire : rien n’échappe à l’œil aiguisé de Fake news : tout sur la désinformation. Ce petit guide d’autodéfense intellectuelle montre que tout n’est pas rose au pays de l’information et s’attelle à outiller les jeunes pour qu’ils puissent dépister les tromperies contemporaines. La formule est très dynamique et interactive et les illustrations fort amusantes. L’autrice Nereida Carrillo et l’artiste Alberto Montt invitent les ados à répondre à des jeux-questionnaires, leur montrent comment observer de manière critique des images potentiellement truquées et leur fournissent de brillantes suggestions d’application pour les aider à mener leurs enquêtes. Un incontournable à glisser dans la bibliothèque des jeunes et même dans celle des proches un peu trop crédules de tous âges.

Fake news : tout sur la désinformation, par Nereida Carrillo et Alberto Montt, Éditions Les 400 coups, 120 p.

 

C’est chaud, c’est chaud !

Dans un monde en pleine surchauffe, il faut avouer que The Heat Will Kill You First est brûlant d’actualité. Après s’être intéressé à la question de la montée des eaux (The Water Will Come), le journaliste Jeff Goodell se tourne vers le dérèglement du thermostat planétaire. La chaleur extrême que les bouleversements climatiques entraîneront ne fera pas de cadeau aux êtres vivants – animaux, humains, végétaux – dont la survie est compromise dès qu’il fait quelques degrés de trop. Jeff Goodell explore les différentes manières, directes comme indirectes, dont cet ennemi invisible a déjà commencé à nous affecter. Sa recherche est minutieuse et les faits, éclairants. Les nombreux coûts liés à la climatisation, le terrain de jeu agrandi des moustiques, la façon dont la température affecte les travailleurs et travailleuses dans les pays les plus arides sont quelques-uns des sujets abordés. On apprend également que le fait de donner un prénom aux vagues de chaleur rend la population plus vigilante. La science et les événements d’actualité sont mis à profit pour nous préparer à ce nouveau monde avec lucidité.

The Heat Will Kill You First, par Jeff Goodell, Little, Brown and Company, 400 p.

 

Par le ventre

Le système alimentaire planétaire est très sensible aux perturbations. Pensons à la guerre en Ukraine, dont les effets se sont fait sentir jusque dans nos champs. Alors que le gouver­nement canadien interdisait l’importation d’engrais russes, le milieu agricole a dû faire face à des défis inattendus. S’alimenter, un besoin vital, est intimement lié aux jeux de pouvoir, rappelle Sylvain Charlebois, professeur à l’Université Dalhousie et directeur scientifique du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, dans son essai La part du gâteau. Ce petit précis de géopolitique alimentaire décrit la place qu’occupe le Canada sur l’échiquier mondial, revient sur l’effet que les crises sanitaires peuvent avoir sur le contenu de nos assiettes, montre comment l’obésité et les famines présentent des menaces pour la santé des nations et révèle l’influence troublante qu’exercent les multinationales. Sous la plume de cet analyste, les défis du 21e siècle deviennent encore plus clairs et préoccupants.

La part du gâteau, par Sylvain Charlebois, Éditions Fides, 144 p.

 

VISITER

Une expo à croquer

Restons dans le thème de l’alimentation, mais en en explorant un aspect plus viscéral, avec Manger ! L’exposition qui nourrit, au Musée de la santé Armand-Frappier, à Laval. Le geste de se nourrir est étudié ici sous plusieurs angles, tels que l’absorption des nutriments par l’organisme, le plaisir des sens, les liens que l’on tisse à partir des plats grâce à notre culture et les enjeux inhérents à la production alimentaire. Derrière la signature visuelle enjouée, on reconnaît les thèmes chers au nutritionniste Bernard Lavallée, qui a collaboré à la conception de cette exposition accessible à toute la famille.

Par ailleurs, on ne visite pas le musée sans saisir sa chance de devenir un scientifique d’un jour. En effet, Manger ! est doublée d’une amusante activité en laboratoire où l’on apprend la manipulation des microscopes avant d’observer de plus près des ingrédients entrant dans la composition d’un aliment connu de tous. Plus jamais vous ne verrez la levure de la même façon ! Une expo qui ne nous laisse pas sur notre faim !

Manger ! L’exposition qui nourrit, au Musée de la santé Armand-Frappier, museefrappier.org

 

Images: Éditions Les 400 coups ; Maison4tiers ; Little, Brown and Company ; Éditions du Boréal ; Éditions Écosociété ; Éditions Fides ; Éditions çà et là ; Netflix ; Simon L’Archevêque/Musée de la santé Armand-Frappier

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