Certains sujets marquent les reporteurs pour la vie. C’est le cas du sida pour Yanick Villedieu.
Pour son livre Le deuil et la lumière, le journaliste scientifique a revisité près de 40 ans de chroniques radio et de carnets de notes qui lui ont permis de témoigner de cet important chapitre de notre histoire médicale et sociale, qui n’est d’ailleurs toujours pas terminé.
Il venait tout juste d’entrer en poste à Radio-Canada, en 1982, quand une maladie étrange affectant le système de défense du corps humain a eu ses premiers échos dans l’actualité. Il a suivi étroitement le sujet, assistant aux plus grandes conférences internationales sur le sida. Il qualifie ces rencontres scientifiques de « hors norme » par la place qu’elles laissaient aux malades et aux activistes dans un élan de solidarité. « Avant le sida, le patient se taisait et subissait les décisions des experts, explique Yanick Villedieu au bout du fil. Là, des jeunes organisés se mêlaient à la recherche. Ça a créé une dynamique complètement nouvelle. »
Quarante ans après la publication du premier article scientifique sur cette singulière maladie émergente (« l’acte de naissance scientifique du sida », dira l’auteur), aucun vaccin n’a encore réussi à anéantir le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). La crise a néanmoins eu des retombées positives. Yanick Villedieu souligne notamment l’incroyable avancée des connaissances sur le système immunitaire qu’elle a entraînée. Indirectement, le sida a aussi eu des répercussions sur une autre pandémie qui nous est plutôt familière. « Les vaccins contre la COVID-19 ont été découverts rapidement, car les nombreux échecs dans la mise au point de vaccins contre le sida et les 30 dernières années de recherche fondamentale nous ont appris bien des choses. Les vaccins contre la COVID-19 ne sont pas sortis d’un chapeau de magicien ! »
Le deuil et la lumière est-il un devoir de mémoire ? « C’est sûr, répond sans hésiter l’auteur. Le sida fait encore beaucoup de morts, de 700 000 à un million chaque année. C’est un défi scientifique hallucinant. » En ce sens, ce récit personnel abondamment documenté rappelle que, même si l’on arrive à maîtriser le VIH grâce à la trithérapie et à la prophylaxie préexposition, on n’a toujours pas envoyé le sida au tapis.
Le deuil et la lumière : une histoire du sida, par Yanick Villedieu, Boréal, 352 p.