Bertrand Exertier/Savoir Média
Découvrez un monde fascinant avec notre sélection de découvertes culturelles scientifiques.
REGARDER
Le petit monde de Tardibabe
Pourquoi Tardibabe cantonnerait-elle ses belles images à sa page Instagram ? Avec la série Créatures microscopiques, diffusée sur Savoir média, Chloé Savard, de son vrai nom, fait le saut au petit écran et présente ainsi les beautés du monde minuscule sur un moniteur plus grand que celui du téléphone.
Il y a quelques années, alors que la musicienne de formation amorçait son baccalauréat en microbiologie, des vidéos de microorganismes ont capté son attention sur Instagram. « Je me suis acheté un petit microscope de base à 300 $. Puis la pandémie est arrivée, et ça m’a donné bien du temps pour explorer cet univers-là ! » raconte Chloé Savard. Elle s’est rapidement dotée de modèles plus performants, comme en témoigne la qualité de ses images.
Dans chaque épisode d’une dizaine de minutes, ses observations, tantôt de tardigrades, tantôt de daphnies, tantôt de mites de visage, lui servent de prétexte pour discuter avec des scientifiques et des spécialistes de la nature, des fermentations, des parasites… Bref, des pros de ce monde invisible à nos yeux.
On les voit d’ailleurs s’extasier devant les images de ces organismes avec qui ils bossent pourtant régulièrement. « On pense que les scientifiques passent leur temps à regarder les microorganismes au microscope, mais pas du tout ! La plupart travaillent sur des données et c’est rare qu’ils aient le loisir de faire de belles images pour le plaisir », ajoute la récente bachelière de l’Université de Montréal.
Pas étonnant quand on sait que cela prend à Tardibabe au moins huit heures pour réaliser chaque vidéo, du tournage à la recherche, en passant par la rédaction de descriptions vulgarisées !
Créatures microscopiques, sur Savoir média, savoir.media
ÉCOUTER
Unique en son genre
Posséder quelque chose d’exclusif fait généralement l’objet de fierté. Mais le sentiment n’est pas tout à fait le même lorsqu’on parle de maladie génétique rare ou orpheline. Dans son balado Rares : la loterie génétique, le journaliste Kéven Breton, lui-même atteint de nanisme diastrophique, va à la rencontre de personnes concernées par certains de ces syndromes, de leurs proches, ainsi que de spécialistes pour expliquer ce que représente la vie avec une singularité génétique. L’errance diagnostique, les affections typiques du Saguenay et des Autochtones, le rôle de la philanthropie et même la mort sont au programme. Des échanges très éclairants et souvent bouleversants mettent en lumière ces réalités méconnues.
Rares : la loterie génétique, par Kéven Breton, six épisodes, sur la plateforme OHdio de Radio-Canada
PARTICIPER

Photo: Ifremer
Océanographe en herbe
Pas besoin d’être bardé de diplômes et équipé de machines coûteuses pour faire de la science. Grâce au projet de science participative Espions des océans de l’institut français de recherche Ifremer, les océanographes du dimanche n’ont qu’à se connecter à la plateforme pour identifier chimères, crevettes et autres ophiures peuplant les trois écosystèmes (abysses, hydrothermaux et côtiers) soumis aux yeux du public. En s’amusant ainsi, les citoyens et citoyennes libèrent les scientifiques d’une tâche énergivore et leur permettent de dresser l’état de santé des milieux marins plus efficacement.
Espions des océans, ocean-spy.ifremer.fr
LIRE

Recette chimique de la vie (la meilleure)
Transformer le cours de l’histoire de la planète demande finalement peu de choses, comme le montre l’essai Elemental: How Five Elements Changed Earth’s Past and Will Shape Our Future. Il suffit en effet de quelques changements dans l’équilibre du carbone, de l’hydrogène, de l’oxygène, de l’azote et du phosphore – les blocs de construction constituant à 99 % les organismes vivants –, et voilà le climat de la planète transformé ! C’est du moins ce qui s’est produit à chaque grand bouleversement que la Terre a connu, que ce soit lors de la Grande Oxygénation – amorcée par les cyanobactéries –, la conquête de la terre ferme par les plantes terrestres ou les changements actuels qui découlent de l’activité industrielle. Microbes, végétaux et humains ont tour à tour remanié ces cinq éléments, rappelle l’auteur Stephen Porder, professeur d’écologie à l’Université Brown. Il infuse habilement son récit de réflexions personnelles et d’illustrations convaincantes, nous transportant des terres volcaniques d’Hawaii jusqu’en Amazonie pour examiner les différentes façons qu’ont les forêts de s’approvisionner en phosphore dans des sols appauvris. Il parvient ainsi à communiquer brillamment la contribution de chaque élément et la complexité de ces relations chimiques, faisant d’Elemental un cours passionnant de biogéochimie accessible à tous les êtres qui consomment du O2 et qui s’hydratent avec du H2O.
Elemental: How Five Elements Changed Earth’s Past and Will Shape Our Future, par Stephen Porder,
Princeton University Press, 240 p.

Parler cétacé
Après qu’une baleine à bosse a jailli hors de l’eau pour heurter son kayak (peut-être avez-vous vu la vidéo virale ?), le cinéaste Tom Mustill, qui s’en est sorti un peu sonné, mais bien vivant, s’est demandé si l’animal l’avait intentionnellement épargné. Mais surtout, il s’est interrogé sur l’existence d’un canal de communication entre les cétacés et les êtres humains. Obnubilé par le sujet, il en a fait la quête de son livre Comment parler baleine. Il faut dire que l’auteur et biologiste est doté d’un bon carnet d’adresses, rempli de noms de scientifiques qu’il a pu suivre dans leur quotidien. Il assiste ainsi au dépeçage d’un cachalot pour en observer le système sensoriel, à l’analyse par résonance magnétique d’une baleine de Minke dans un hôpital pas vétérinaire du tout afin d’étudier ses capacités cognitives, et il prend connaissance de récentes innovations en bioacoustique. Tom Mustill a peut-être le regard tourné vers les cétacés, mais cela ne l’empêche pas d’examiner les tortues, les perroquets et les poissons dans sa quête pour décoder les systèmes de communication animale. En résulte un récit truffé d’anecdotes savoureuses et plus grandes que nature qui se dévore comme un documentaire animalier.
Comment parler baleine, par Tom Mustill, Éditions Albin Michel, 416 p.

Automates suprêmes
Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi avec la technologie, mais que savent-ils vraiment de ces petits robots du quotidien qui guident leurs découvertes musicales et aspirent la poussière du plancher de leur chambre ? Le journaliste Matthieu Dugal vulgarise tout ça dans IA : comment les machines pourraient nous remplacer. Que ce soit en présentant les grands noms liés à la création des premiers robots et de technologies telles que les algorithmes et les avatars ou en expliquant les différentes formes d’intelligence et les défis liés à l’apprentissage des machines, l’animateur de Moteur de recherche accomplit sa mission avec brio. Il parle de concepts fouillés avec une enviable simplicité, et le trait pop rétro de l’illustrateur britannique Owen Davey ajoute au plaisir de cette lecture qui promet de faire naître de passionnantes conversations entre les enfants et leurs parents.
IA : comment les machines pourraient nous remplacer, par Matthieu Dugal, illustrations d’Owen Davey, Éditions de la Pastèque, 52 p., dès 8 ans
VISITER

Pour l’amour du vivant
Les bras grands ouverts, prêts et prêtes à ne faire qu’un avec la nature : voilà la meilleure disposition pour s’immerger dans la nouvelle exposition temporaire du Musée d’art de Joliette. À travers les œuvres d’artistes, Biophilia propose une célébration du vivant toute en sensualité qui amène le public à réfléchir sur ses rapports de domination et de collaboration avec tout ce qui respire.
Biophilia, au Musée d’art de Joliette, jusqu’au 14 janvier 2024, museejoliette.org
Images : Princeton University Press ; Éditions Albin Michel ; Éditions de La pastèque ; Photo : Ysabelle Latendresse /Musée d’art de Joliette