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Société

État du Québec 2019: la culture scientifique pour tous!

02-11-2018

Crédit: Institut du Nouveau Monde

La nouvelle édition de L’état du Québec, publication phare de l’Institut du Nouveau Monde, explore l’enjeu de l’importance de la culture scientifique chez les adultes.

L’état du Québec 2019, un ouvrage collectif publié par l’Institut du Nouveau Monde dans lequel des experts réfléchissent aux défis sociopolitiques du Québec d’aujourd’hui et de demain. Cette 23e édition aborde entre autres les changements climatiques, l’antiféminisme, le décrochage scolaire, les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle, les paradis fiscaux, le prix des médicaments, les flux migratoires et la culture scientifique, un thème cher à notre magazine.

Dans un chapitre intitulé « La Terre n’est pas plate et tout le monde devrait le savoir : la culture scientifique pour tous est une clé de la société de la société du XXIe siècle », notre rédactrice en chef, Marie Lambert-Chan, et la présidente de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec, Stéphanie Thibault, expliquent que l’écosystème québécois de la culture scientifique, bien qu’il soit diversifié et dynamique, peine à survivre. Alors que la littératie et la numératie font partie des aptitudes nécessaires à l’exercice d’une citoyenneté démocratique active, les enjeux liés à la diffusion de la science ne semblent pas intéresser nos dirigeants.

En voici un extrait.

« À quoi sert-il de savoir que la Terre a été formée il y a 4,56 milliards d’années ? De connaître la théorie de l’évolution ? De comprendre le fonctionnement des vaccins et les mécanismes des gaz à effet de serre ? De distinguer le virus de la bactérie ? Autrement dit, à quoi bon posséder une culture scientifique ?

Ce n’est ni plus ni moins qu’un enjeu démocratique : la culture scientifique est un levier essentiel au développement social et économique de nos collectivités. Grâce à elle, les citoyens apprennent à aiguiser leur esprit critique, à cultiver leur curiosité et leur capacité à innover, à prendre des décisions plus éclairées. En un mot, ils deviennent mieux outillés pour participer aux grands projets de société.

À l’heure des fausses nouvelles, avoir une solide culture scientifique permet d’éviter le piège de la désinformation et de ne pas perpétuer des mensonges aux conséquences délétères. Pensons seulement à la vaccination. Si la communauté scientifique s’entend sur la sécurité des vaccins, de nouveaux parents choisissent de ne pas immuniser leurs enfants. Sur le Web, d’un clic à l’autre, ils sont entrés dans la bulle des antivaccins qui relaient toujours l’étude frauduleuse du chercheur Andrew Wakefield qui, en 1998, établissait un lien entre l’autisme et le vaccin rougeole-rubéole-oreillons. Une recherche contestée sur toutes les tribunes scientifiques, dont la publication a été retirée, mais qui continue de faire des ravages 20 ans plus tard. En Amérique du Nord et en Europe, des foyers de rougeole et d’oreillons éclatent un peu partout en raison d’une couverture vaccinale affaiblie.

La science tatouée sur le cœur

La culture scientifique est valorisée au Québec, du moins chez les enfants et les adolescents, qui ont accès à un éventail de possibilités : des magazines (Le naturaliste, Les Explorateurs, Les Débrouillards, Curium, Flore Alors !), des événements (le Festival Eurêka!, les Expo-sciences) et des émissions de télévision (Génial !, Cochon dingue, Science ou magie). Il est toutefois connu que la fascination pour la science se perd à la fin de l’adolescence, au moment de faire un choix de carrière. Or, l’intérêt pour la science mérite d’être cultivé tout au long de la vie, comme nous l’avons constaté plus tôt.

Plusieurs se vouent à cette cause. Du côté des médias écrits, on trouve Québec Science, l’Agence Science-Presse, Nature sauvage, QuébecOiseaux et Quatre-Temps, de même que des sections « science » dans tous les grands quotidiens. À la télévision, ce sont les émissions bien connues Découverte et La semaine verte, ainsi que la chaîne Explora que l’on retrouve. À la radio, on se tourne vers Les années lumière. Dans l’événementiel, Science pour tous fait œuvre utile depuis 1997, avec ses cabarets scientifiques et son festival 24 heures de science. Enfin, il ne faut pas oublier les institutions muséales qui explorent des thématiques liées aux sciences. Pour le citoyen qui n’a pas entrepris une carrière en science, voilà les seules portes d’entrée québécoises vers une information scientifique de qualité, mettant en valeur les chercheurs d’ici.

L’écosystème québécois de la culture scientifique présente une grande diversité d’organisations, et leur mission revêt une importance stratégique pour une société largement construite sur des bases scientifiques. Animés par la passion des sciences, leurs employés livrent un produit culturel de qualité qui séduit le public québécois et ne manque pas d’impressionner les autres pays francophones. Ils le font toutefois avec peu de moyens, des salaires modestes et des effectifs continuellement menacés.

En effet, peu de structures publiques ou privées les soutiennent adéquatement. Pourquoi ? Entre autres parce que la culture scientifique se trouve dans une zone grise, entre la recherche, l’éducation et la culture, telle que traditionnellement définie. Difficile, alors, de lui trouver une niche de financement public, et celui qui est déjà accordé aux organismes de culture scientifique ne cesse de diminuer au fil des années si l’on en fait une évaluation en dollars constants.

À titre d’exemple, au début des années 1970, Québec Science recevait une subvention statutaire annuelle d’un peu plus de 40 000 $. En dollars de 2018, cela représenterait 263 000 $, soit 100 000 $ de plus que le financement actuel fourni par Québec. Une telle aide publique n’est par ailleurs jamais acquise : on se souviendra qu’en 2014, le gouvernement avait retiré son appui financier aux magazines de vulgarisation scientifique, avant de se raviser devant le tollé suscité.

Les jeunes d’abord

À l’heure actuelle – et depuis de nombreuses années –, les programmes gouvernementaux, tant fédéraux que provinciaux, ciblent principalement le développement de la relève et les carrières scientifiques. Ils visent donc un jeune public, alors que l’ensemble de la population devrait profiter d’occasions d’enrichir sa culture scientifique. Il se trouve ainsi un vaste spectre d’activités, d’expositions et de publications destinées aux adultes qui ne voient pas le jour, car on devrait leur appliquer un critère de rentabilité difficile à atteindre.

Dans ce contexte, la recherche perpétuelle de sources de revenus occupe une part importante des efforts des acteurs du milieu au détriment de leur programmation. Qu’il s’agisse de musées, de médias, d’organismes éducatifs ou autres, chacune des organisations diffusant des contenus liés aux sciences doit être très créative pour augmenter ses recettes. Évidemment, les restructurations sont fréquentes et les contrats de courte durée. L’instabilité règne.

Sans une reconnaissance claire, notamment dans les politiques culturelles et dans les stratégies de recherche et d’innovation, la zone grise dans laquelle se situe la culture scientifique nuira à son déploiement dans toutes les sphères de la société. »

Lisez la suite de ce chapitre dans L’état du Québec 2019 – 20 clés pour comprendre les enjeux actuels, disponible ici.

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