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Société

La meilleure école au monde

22-09-2011


Mardi, le 4 septembre 1951. Le cœur voulait m’éclater dans la poitrine. Je marchais pour la première fois vers l’école. J’étais à la fois fier et anxieux. La pression était forte. Ma mère m’avait appris à écrire «maman», elle tenait directement de l’ensei­gnante, mademoiselle Laporte, que je serais invité à écrire un mot au tableau noir dès les premières heures de classe. Je ne le savais pas, mais cette volonté de mes parents de me faire entrer du bon pied à l’école, et les liens qu’ils entretenaient déjà avec mon enseignante, seraient des atouts puissants dans ma vie d’écolier.

Et puis j’allais fréquenter une petite école.

Les petites écoles – on l’apprendrait de recherches menées au début des années 1960 – créent des conditions de réussite que n’offrent pas, ou peu, les gros établissements. Le suivi des enfants est plus aisé, et leur engagement dans des activités parascolaires sportives ou culturelles y est facilité.

Soutien des parents, liens entre l’école et la famille, petites classes dans de petites écoles sont aujourd’hui encore des facteurs clés de la réussite scolaire.

On oublie cependant que l’école d’autrefois produisait aussi son lot de décrocheurs; beaucoup plus, en fait, qu’au­jour­d’hui. Le taux de décrocha­ge était deux fois plus élevé en 1979 qu’il ne l’est actuellement. Le régime pédagogique d’alors était rigide, essentiellement fondé sur un apprentissage passif des matières, dans un climat d’évaluation comparative – le bien-aimé bulletin chiffré, impitoyable pour les moins talentueux et les plus vulnérables.

Il faudra attendre les États généraux sur l’éducation, en 1996, pour concevoir une école plus respectueuse du rythme d’apprentissage des enfants, plus sensible à leurs particularités; une école animée par un souci d’égalité et par la nécessité de façonner des citoyens plus créatifs, plus autonomes, plus souples, capables de s’adapter à un monde en perpétuel changement.

La meilleure école du monde, affirmait-on, ne serait possible que si l’on permettait aux enfants «d’apprendre à apprendre, d’apprendre en faisant», d’assumer un rôle actif dans leurs propres apprentissages, accompagnés par un personnel attentif et compétent. Cela me rappelle le parcours d’apprentissage absolument fascinant de mes propres enfants à l’École nouvelle Querbes (bel et bien réformée avant l’heure!), à Montréal. Il fallait voir l’énergie qu’ils mettaient à développer des portfolios inédits, des semaines durant, sur la fourmi, sur Van Gogh, sur les papillons et la stratosphère. Il fallait voir le plaisir et la fierté qu’ils éprouvaient à présenter le fruit de leurs recherches à leurs parents et amis.

Ce contexte d’apprentissage s’accommode mal d’un bulletin comparant les performances des élèves entre eux. Il permet plutôt aux enfants de s’évaluer en regard de leur propre démarche d’apprentissage. Accompagnés d’adultes attentifs, mais non complaisants, ils développent ainsi une capacité d’identifier eux-mêmes leurs limites et de les repousser. Les élèves danois et suédois, par exemple, ne sont pas notés avant 15 ou 16 ans. Ils comptent pourtant parmi les plus performants à l’échelle internationale. Notre obsession à soumettre nos enfants à une évaluation précoce et comparative a surtout à voir avec notre propre insécurité, et nourrit la leur.

La meilleure école du mon­de compte aussi sur un personnel enseignant soutenu par la communauté. Ce soutien n’a rien à voir avec les discours un peu creux qu’on leur sert, une fois par année, à l’occasion de la Semaine des enseignants et des enseignantes. Il se manifeste plutôt par l’accès à des ressources externes com­me des orthopédagogues, des psychologues, des psychoéducateurs; par une juste rémunération; par la possibilité de prendre du temps pour préparer leurs cours, pour rencontrer les parents, pour concocter des projets avec des partenaires et pour se ressourcer. La meilleure école du monde doit aussi s’appuyer sur des profs bien formés, et cela commence par une sélection exigeante lors de l’entrée à la formation des maîtres, signe tangible de l’importance qu’on accorde à leur rôle. On en est encore bien loin!

La meilleure école du monde n’a pas besoin de tableaux blancs intelligents (et d’ordinateurs disponibles à tout instant); elle a, par contre, besoin de décideurs politiques intelligents. Des décideurs qui auront compris que les enseignants ne peuvent être laissés à eux-mêmes, sans ressources et sans soutien, avec le seul intérêt de refléter une idéologie pingre – celle de l’intégration à tout prix des élèves – qui aura inspiré des décideurs irresponsables. Éviter de s’attaquer sérieusement à ce problème, c’est renoncer à se donner la meilleure école au monde.

(Illustration: Frefon)

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