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Société

La paresse est contagieuse

05-04-2017

Les décisions de votre entourage inspirent-elles les vôtres? Oui, rapportent les deux auteurs d’une étude française publiée dans PLOS Computational Biology.

Selon les travaux de Jean Daunizeau et Marie Devaine, certaines attitudes, nommément la paresse, l’impatience et l’imprudence, seraient en quelque sorte « contagieuses ».

Pour le prouver, le tandem de chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), à Paris, a commencé par soumettre 56 sujets à des tests décisionnels par ordinateur où ils étaient confrontés à des problèmes impliquant des notions d’effort, de temps ou de risque.

Par exemple, ils leur ont demandé s’ils préféraient participer à une loterie où ils auraient 90 % de chance de gagner un petit montant ou 10 % de chance de gagner un gros montant, s’ils aimaient mieux attendre trois jours pour une petite récompense ou un mois pour une grosse récompense, et ainsi de suite. De quoi générer un algorithme représentatif de leur personnalité.

Les participants ont ensuite dû prédire quelle posture d’autres individus adopteraient face à ces mêmes dilemmes, avant d’être informés des « vraies » réponses que ceux-ci avaient données précédemment.

Surprise

Or, ce qu’ils ignoraient, c’est que ces dernières avaient été générées artificiellement par ordinateur à partir de leurs propres réponses. Dans certains cas, l’algorithme sophistiqué mis sur pied par les chercheurs produisait un personnage fictif plus ou moins fainéant, impatient et imprudent.

Selon les chercheurs, deux phénomènes hautement prévisibles surviennent lorsque des individus sont mis au fait des croyances et comportements d’autres personnes – leur modèle mathématique a d’ailleurs été construit sur ces postulats.

Tout d’abord, ils surestiment jusqu’à quel point leurs croyances ressemblent à celle des autres, ce qu’on appelle un biais de faux consensus. Puis, ils vont modifier leur attitude de manière subconsciente pour l’ajuster à celle des autres; c’est l’effet du troupeau de moutons ou de contagion sociale.

Contagion

La suite de l’expérience leur a donné raison. Soumis une seconde fois aux mêmes problèmes que précédemment, les 56 sujets ont orienté leurs réponses selon celles fournies par les participants fictifs, conformément aux deux biais énoncés.

Par exemple, les participants ayant originalement fait preuve de diligence, mais qui ont été exposés à des réponses de paresseux, ont fait preuve de plus de fainéantise.

L’étude du mimétisme en société n’est pas que poudre aux yeux. Au contraire : ces travaux pourraient avoir des retombées médicales, peut-on lire dans un communiqué de l’INSERM. « L’absence de mimétisme pourrait peut-être devenir un élément diagnostique [chez des personnes atteintes de pathologies psychiatriques qui affectent les relations sociales comme l’autisme ou la schizophrénie]. Il pourrait y avoir des enjeux cliniques. »

Photo : Shanghai killer whale/Wikimedia Commons

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