Publicité
Société

La pilule abortive devrait enfin être disponible à l’automne

30-08-2017

Deux ans après son approbation par Santé Canada, la pilule abortive n’est toujours pas disponible au Québec, et commence tout juste à l’être dans les autres provinces.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaëtan Barrette, a toutefois assuré que les Québécoises pourront se procurer gratuitement la pilule abortive d’ici la fin de l’automne 2017, emboitant ainsi le pas au Nouveau-Brunswick, à l’Alberta et à l’Ontario.

En attendant, plusieurs points sont encore sujets à discussion entre le Collège des médecins, l’Ordre des pharmaciens et le ministère de la Santé et des Services sociaux, concernant le mode de prescription et la délivrance de ce médicament, aussi appelé Ru-486 ou mifépristone et commercialisé sous le nom Mifegymiso.

À l’origine du retard, entre autres, le fait que le fabricant stipule que le médicament doit être délivré et pris sous la supervision d’un médecin (et non pas d’un pharmacien).

« Le Collège informera prochainement les médecins et le public des conclusions de ces discussions. Les travaux devraient être terminés pour la fin octobre/début novembre 2017. En fait, le Collège des médecins et l’Ordre des pharmaciens veulent s’assurer que les patientes qui prendront ce nouveau médicament, qui peut présenter des risques sérieux, recevront des soins médicaux de qualité », affirme Leslie Labranche, relationniste au Collège des médecins.

Des retards à tous les niveaux

Diverses associations de défense du droit des femmes au Canada ont dénoncé ces retards successifs dans la disponibilité du médicament, dont l’approbation par Santé Canada avait déjà pris presque 3 ans (un des plus longs processus d’approbation de son histoire; voir notre reportage)!

La pilule abortive est officiellement disponible sur le marché canadien depuis janvier 2017. « Mifegymiso était censé être accessible au public à compter du printemps 2016, mais sa distribution s’est heurtée à de nombreux obstacles, notamment des retards de fabrication. Ce retard est également dû à la nécessité de composer avec certaines restrictions que Santé Canada a imposées dans son approbation du médicament, notamment une formation obligatoire (qui a dû être développée) pour les fournisseurs et les pharmaciens. La formation des fournisseurs et des pharmaciens fournie par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada n’est plus obligatoire pour les pharmaciens (et possiblement pour les médecins), à présent que Santé Canada a aboli cette exigence (en mai 2017) » peut-on lire sur le site d’une campagne menée par Action Canada pour la santé et les droits sexuels.

Au Québec, le Collège des médecins « précise qu’en théorie, un médecin peut prescrire la pilule abortive. Toutefois, celle-ci n’est pas encore distribuée (donc les patientes ne peuvent pas l’obtenir pour l’instant).»

Une situation kafkaïenne qui sème la confusion auprès du grand public et des professionnels de la santé québécois. « Il y a un flou à ce sujet », constate Charli Lessard, coordinatrice par intérim de la Fédération du Québec pour le planning des naissances. « Une femme nous a dit qu’après avoir appelé Info Santé, on lui avait conseillé de se rendre à la pharmacie pour obtenir la pilule abortive. Mais le pharmacien n’a pas pu lui délivrer. C’est très nébuleux. »

Espérons que la situation se règle rapidement, afin de permettre aux Canadiennes d’avoir un meilleur accès à l’avortement et de bénéficier de cette option, disponible depuis longtemps dans une soixantaine de pays.

De quoi s’agit-il?

Commercialisée sous le nom de Mifegymiso, la pilule abortive combine un comprimé de 200 mg de mifépristone (qui bloque l’action de la progestérone, une hormone indispensable au maintien de la grossesse) et quatre comprimés de 200 mcg de misoprostol (qui aident à évacuer le contenu de l’utérus).

La prise successive de ces deux molécules permet de pratiquer un avortement médicamenteux précoce, avant la 7ème semaine de grossesse (49 jours).

Déjà utilisée dans une soixantaine de pays, parfois depuis 25 ans, comme c’est le cas en France, la combinaison mifépristone et misoprostol est incluse dans la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé depuis 2005.

Publicité

À lire aussi

Société

Intimidation: une application rend plus fort

L’application mobile +Fort, conçue pour les victimes d’actes d’intimidation âgées de 12 à 16 ans, pourrait les aider à briser le silence.
Marine Corniou 02-09-2016
Société

Repenser le chemin vers l’école

À quoi ressemblerait une zone scolaire sécuritaire? C’est ce que nous avons demandé à Marie-Soleil Cloutier, professeure au centre Urbanisation, Culture et Société de l’Institut national de recherche scientifique (INRS).
Annie Labrecque 16-11-2017
Société

Adoption: les élus et les damnés

La Convention de La Haye a transformé le portrait de l’adoption internationale. Ce sont désormais des bambins «à besoins spéciaux» qui arrivent au Québec. Pendant ce temps, de nombreux enfants en bonne santé restent coincés dans les orphelinats de leur pays.
Dominique Forget 15-02-2016