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Société

Mariage précoces: le double jeu du Canada

09-01-2020

Au Canada, les mariages d’enfants de moins de 18 ans sont encore autorisés. À quand un changement des lois?

Chaque année dans le monde, environ 15 millions de filles sont mariées avant leurs 18 ans − soit une toutes les deux secondes. Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, le Bangladesh, le Népal figurent au triste palmarès des États dans lesquels la proportion d’enfants mariées atteint des sommets (75 % au Niger, le record).

Cela étant, il est un autre pays qui autorise les mariages d’enfants de moins de 18 ans : le Canada. « Nos lois autorisent les mariages d’enfants de 16 et 17 ans si leurs parents sont d’accord. C’est aussi le cas aux États-Unis », souligne Alissa Koski, chercheuse en épidémiologie à l’Université McGill.

La situation est d’autant plus ironique que le Canada est à l’avant-garde de la lutte contre les mariages d’enfants ailleurs dans le monde et finance de nombreux programmes par l’entremise d’Affaires mondiales Canada. « C’est même le Canada qui a codéposé en 2018 devant les Nations unies [avec la Zambie] une résolution contre les mariages d’enfants », dit la chercheuse, qui a étudié le sujet en Afrique et en Asie, et ici.

Elle a découvert avec surprise que ces mariages canadiens n’étaient pas comptabilisés. L’épidémiologiste a donc communiqué avec les bureaux d’état civil de toutes les provinces et des territoires et fait elle-même les calculs. « Entre 2000 et 2018, au moins 3 687 certificats de mariage ont été délivrés à des enfants. Ce n’est pas rien : cela concerne toutes les provinces et ce phénomène n’est pas cantonné à quelques sectes ou communautés religieuses », affirme-t-elle. Au Québec, elle en a dénombré 590.

Qu’est-ce qui motive ces mariages ? Quelles sont leurs conséquences sur la santé mentale des femmes ? « Dans les pays riches, cette question est totalement inexplorée, précise Alissa Koski, qui compte bien poursuivre l’enquête. Ce que nos chiffres révèlent, c’est que 85 % des certificats sont délivrés à des filles et que les mariés n’ont le même âge que dans 14 % des cas. Le plus souvent, la fille se marie avec un homme plus âgé. »

Ces chiffres inquiétants ont été communiqués au gouvernement fédéral en septembre 2019, qui a reconnu le décalage entre le discours officiel et les lois nationales. Reste à espérer qu’un meilleur encadrement législatif s’inscrive dans les priorités politiques.

Ce texte a été initialement publié dans le cadre du reportage La science contre les mariages précoces.

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