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Société

Méfiez-vous des neuromythes!

31-03-2014

Philosophe, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, grand défenseur de la culture générale et pourfendeur de la réforme scolaire au Québec, Normand Baillargeon déboulonne méthodiquement 14 idées reçues dans son plus récent essai, Légendes pédagogiques: l’autodéfense intellectuelle en éducation (Poètes de brousse). Il met en garde les pédagogues contre les «neuromythes». Si, selon lui, les recherches sur le cerveau sont «l’aventure intellectuelle la plus exaltante de notre époque», appliquer en éducation les récentes découvertes des neurosciences est au mieux inutile; au pire, nuisible pour les élèves.

En quoi les neurosciences dans les salles de classe sont-elles préjudiciables?

Nous sommes très loin du jour où les connaissances sur le cerveau pourront fonder une pratique de l’enseignement. Or, il y a en ce moment un engouement délirant pour ce qu’on appelle la neuroéducation. Toutes sortes de faussetés sont adoptées sans aucune retenue, car elles arborent le sceau des neurosciences.
Une des principales réserves face à la neuroéducation concerne la question philosophique du lien entre le corps et l’esprit. Comment se fait-il qu’une matière neuronale particulière – le cerveau – produise toutes les manifestations subjectives de la pensée ou de l’émotion? Person­ne ne le sait et beaucoup croient qu’on ne le saura jamais.
Les études en laboratoire portant sur les neurones ou sur des zones cérébrales ne sont pas directement transposables à la salle de classe, où l’on a affaire à un enfant global (et pas seulement à un cerveau), dans un environnement scolaire où entrent en jeu toutes sortes d’interactions. Ainsi, on apprend en laboratoire que la répétition est excellente pour la mémoire. Sauf que, en classe, un prof qui répète constamment la même information obtient l’effet inverse: il démotive ses élèves qui se dé­sintéressent de ses propos.

Comment se fait-il que ces faussetés soient ainsi véhiculées et appliquées, au Québec comme ailleurs?

Les sciences de l’éducation actuelles ressemblent à la médecine d’il y a 100 ans. On compte peu de recherches sérieuses; celles qui existent sont méconnues et rarement consultées. C’est aussi un domaine où la course aux subventions pousse des chercheurs à proposer n’importe quoi pour obtenir des fonds. Résultat, on finance beaucoup de recherches de piètre qualité.

Photo: Martin Wimmer/istockphoto

Lire la suite dans notre édition d’avril-mai 2014

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