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Société

Parler à travers son gant

03-08-2012

Pas facile pour les sourds de communiquer avec les entendants qui ne maîtrisent pas la langue des signes. Mais des étudiants de l’École polytechnique de Montréal ont mis au point un «gant sensoriel» qui permettra de faciliter le dialogue entre ces deux solitudes.

Il s’agit d’un véritable gant de polyester et de nylon qui, grâce à 16 capteurs de fibres optiques, enregistre les moindres mouvements de la main. Lorsque les doigts plient, l’intensité de la lumière qui traverse les fibres optiques varie. Ces différences sont notées par les capteurs, puis décodées par l’ordinateur – ou le téléphone – auquel est branché le dispositif, ce qui permettra, à terme, de «traduire» la langue des signes en  phrases lisibles – ou audibles – par tous.

C’est au cégep, alors qu’il étudiait en technologie physique, que Lucas Majeau a eu cette brillante idée. Ce qui ne devait être qu’un projet de fin d’études a pris une tout autre tournure lorsque le jeune homme est entré à l’École polytechnique de Montréal, à l’automne 2010. Lucas décide en effet de soumettre son innova­tion à PolyProject, une société technique  qui regroupe des étudiants de toutes les branches et de tous les cycles du génie. PolyProject – ou «PP» comme disent ses membres – a pour mandat de mener à terme les projets les plus prometteurs parmi les inventions qui lui sont présen­tées.

Le groupe d’ingénieurs en herbe de PolyProject est immédiatement séduit. À l’époque, le prototype de gant ne servait qu’à actionner une main robotique. C’est le professeur Alberto Teyssedou qui sug­gère de modifier la vocation du gant afin d’en faire un outil de communication pour les sourds et muets.

Après des mois de travail et de remue-méninges, Lucas et sa bande parviennent à élaborer une version améliorée du gant, mais surtout à concevoir une interface permettant de décoder les signes exécutés par la main de l’utilisateur. Avec l’aide d’une interprète en langue des signes québécoise (LSQ), ils montent un répertoire d’une dizaine de mots. «Pour l’instant, le gant n’est pas en mesure de traduire des phrases complètes, mais nous y travaillons», raconte Yahya El Iraki, un étudiant en génie électrique qui a beaucoup contribué au développement du logiciel de traduction. La syntaxe de la LSQ est en effet très différente de celle du français. Par exemple, la phrase «Je veux manger une pomme» sera signée «Pomme manger veux», ce qui complique son interprétation.

Même s’il n’est pas encore tout à fait au point, le gant de PolyProject fait sensation partout où il passe. Lors de l’édition 2011 des compétitions québécoise et canadienne d’ingénierie, il a permis à l’équipe de décrocher respectivement la deuxième et la troisième position dans la catégorie «Design innovateur». Il a également valu au groupe une nomination au Gala Forces AVENIR 2011. «Le prix nous a échappé au profit d’un étudiant qui a mis au point un outil de rééducation virtuelle. Et cet outil, c’était un gant sensoriel! Ça prouve que notre gant peut avoir plusieurs applications», se réjouit Lucas Majeau.

Fort de son succès, le groupe a été invité, au printemps dernier, à participer à la toute première conférence TEDx organisée par l’Université de Montréal. Cet événement, qui s’inspire des conférences TED (pour Technology, Entertainment, Design) organisées chaque année en Californie, rassemble différents spécialistes qui partagent leurs idées avec le public.

«Ce genre de gant existe déjà sur le marché, mais les modèles qui possèdent le même degré de précision que le nôtre coûtent plus de 10 000 $. Notre objectif est de créer un produit plus abordable», explique Lucas Majeau.

Le groupe de futurs ingénieurs se concentre ainsi sur la réalisation d’un quatrième – et dernier – prototype. «Notre but est de créer une version commercialisable de notre gant, puis de trouver une compagnie qui prendra le relais pour la mise en marché», dit Yahya El Iraki. Ce gant n’a donc pas fini de faire jaser!

Photo : Philippe Jasmin

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