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20-02-2020

Coupures d’électricité, couvre-feu, déplacements entravés: les scientifiques palestiniens mènent leurs recherches dans des conditions éprouvantes. À des milliers de kilomètres, au Québec, des collègues les appuient du mieux qu’ils peuvent.

Le campus de l’Université Al-Quds à Abu Dis, en banlieue de Jérusalem, est logé au milieu de montagnes si abruptes qu’on se demande si l’autobus parviendra à les franchir. Il émerge finalement comme une oasis dans le paysage aride. Çà et là, des espaces verts où sont disposées des tables ; les étudiants y boivent un thé en révisant et en jasant.

Ce sont ces mêmes montagnes couleur sable qu’on voit de la fenêtre du bureau de Muna Ahmead. Le panorama serait magnifique si ce n’était de la « barrière de sécurité » ou du « mur de la honte », selon le point de vue, qui s’élève entre le campus et Jérusalem. Cette structure a été construite à partir de 2002 par Israël pour se protéger des attentats terroristes, mais elle empiète sur les territoires palestiniens. « Mais moi, je ne fais pas de politique ! » dira la professeure Ahmead à plusieurs reprises.

Le mur de séparation, à proximité du campus de l’Université Al-Quds. Photo: Mélissa Guillemette

En effet, son domaine, c’est la science, plus particulièrement la recherche en santé mentale. Elle s’y consacre avec une telle passion qu’elle a obtenu son doctorat en trois ans, travaillant « nuit et jour », en Grande-Bretagne. Elle enseigne aujourd’hui la psychothérapie ; elle est même la première résidante des territoires palestiniens formée en la matière. Les besoins sont immenses vu les contextes historique et politique. Faut-il rappeler que le conflit israélo-palestinien dure depuis plus de 70 ans ?

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Muna Ahmead a atterri à Rouyn-Noranda à l’été 2019, troquant son domicile à un jet de pierre de l’église de la Nativité, à Bethléem, contre les résidences étudiantes de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Elle a travaillé avec le professeur Saïd Bergheul dans le cadre d’un nouveau « pont scientifique Québec-Palestine ». « Cela faisait un moment que je voulais me pencher sur la cybercriminalité, car beaucoup de femmes ici reçoivent des menaces du genre “Si tu ne fais pas ceci, je vais envoyer telle photo à tes parents”. Je voulais lancer un programme de prévention, mais je ne savais pas comment m’y prendre. »

D’autant plus que la chercheuse n’a pas accès aux publications scientifiques; ces abonnements coûtent une fortune et l’Université Al-Quds ne peut se permettre pareilles dépenses. Ces deux mois passés sous nos latitudes ont été fructueux : une revue de la littérature a été réalisée, un questionnaire a été produit pour évaluer la fréquence du cyberharcèlement chez les étudiants palestiniens et des programmes de prévention existants ont été explorés. « Je suis en train de recueillir les données. On va publier le tout quand ce sera terminé », dit la volubile scientifique.

Le « pont scientifique » qu’elle a emprunté permet à des chercheurs palestiniens de lancer un projet avec un collègue québécois, grâce à une bourse, au cours d’un séjour dans une université de la province. Il a été mis en place par les Fonds de recherche du Québec et l’Académie palestinienne des sciences et des technologies (PALAST) en 2017, en marge d’une mission commerciale du gouvernement québécois en Israël. Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, raconte que, quelque temps avant le départ, Philippe Couillard, alors premier ministre, avait souhaité « qu’on fasse quelque chose avec le réseau universitaire palestinien. On a communiqué avec le président de la PALAST pour sonder l’intérêt − qui était grand. On a réussi à établir ce pont assez rapidement », se souvient celui qui a signé l’entente de un million de dollars sur quatre ans à Ramallah. Le réseau universitaire québécois s’est mis de la partie − en deux ans, 64 duos se sont formés − et une troisième cohorte se prépare.

Les Allemands ont un programme similaire et d’autres pays y travaillent, dont la France et la République tchèque. Car des cerveaux, il y en a beaucoup par ici ! On trouve 18 universités en Cisjordanie et dans la bande de Gaza qui emploient 2 200 professeurs. La recherche est en croissance : en 20 ans, le nombre d’articles scientifiques dans les périodiques internationaux de langue anglaise est passé de quelques dizaines par année à plus de 600, surtout en médecine, physique, astronomie et chimie, selon la revue Nature.

Faire des miracles

Une étudiante nous fait visiter le campus de l’Université nationale An-Najah, à Naplouse, en Cisjordanie. Du Département de médecine à la Faculté des technologies de l’information en passant par la salle de squash, on oublie que les universités palestiniennes incarnaient, à leur émergence, dans les années 1970, des lieux de résistance. L’éducation était une façon de s’armer pour gagner l’indépendance. « La recherche ne faisait pas partie de la mission initiale ; il n’y avait pas d’installations pour ça », relate le président de l’établissement, Maher Natsheh, un chimiste actif dans cette université depuis son ouverture, en 1977. « Malgré tout, au D­­­épartement de chimie, on a rapidement réussi à publier un premier article scientifique avec un simple pH-mètre ! » poursuit-il.

Maher Natsheh, de l’Université nationale An-Najah, à Naplouse Photo: An-Najah

Les universités palestiniennes ressemblent désormais à n’importe quelles autres dans le monde, désireuses de publier toujours plus d’articles dans des revues renommées afin d’attirer plus de fonds de donateurs et de l’industrie et de recruter davantage d’étudiants (locaux seulement, car les étudiants étrangers ne peuvent obtenir que des permis de séjour de trois mois des autorités israéliennes).

Mais les enjeux financiers persistent, en bonne partie à cause du contexte politique. Entre 2000 et 2017, le coût budgétaire de l’occupation israélienne pour le peuple palestinien a été estimé à 47,7 milliards de dollars américains, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. « La recherche tient aux efforts personnels des chercheurs et au soutien des universités [qui sont essentiellement financées par les droits de scolarité], indique M. Natsheh. Avec les moyens que nous avons, nous faisons des miracles. Quand des délégations étrangères nous visitent, elles n’en reviennent pas. »

Manar Qamhieh, professeure à l’Université national An-Najah Photo: Mélissa Guillemette

Pour Manar Qamhieh, jeune professeure de génie informatique à l’Université nationale An-Najah, ce ne sont pas les équipements qui font défaut : son ordinateur lui suffit. Si elle a soumis sa candidature au pont scientifique, c’est pour s’offrir le luxe du temps à l’Université du Québec en Outaouais dès la fin mai 2020. « J’ai besoin d’un tel programme pour me concentrer sur mes travaux, car même l’été est chargé ici, dit-elle dans un français témoignant de ses six années passées en France pour sa maîtrise et son doctorat. Durant l’année, j’enseigne de 12 à 20 heures par semaine ! » Au Québec, le professeur moyen passe plutôt 6 heures en classe.

Avec son chercheur partenaire de Gatineau, Omar Abdul Wahab, elle se penchera sur les « machines virtuelles », une technique de division des tâches dans les systèmes informatiques bien réels. Elle possède une expertise dans l’ajout de contraintes de temps pour l’exécution des tâches, tandis que son collègue connaît bien l’infonuagique. Ils vérifieront s’il est possible d’ordonnancer les tâches de serveurs du nuage tout en y insérant des contraintes de temps. Chacun profitera des connaissances de l’autre.

Mettre la Palestine sur la carte

L’année 2018 fut « bonne » pour les universités palestiniennes : elles ont pu se partager l’équivalent de 2,5 millions de dollars canadiens versés par le gouvernement. « Ce n’est rien… », observe pourtant le nouveau ministre de l’Éducation de l’Autorité palestinienne, Marwan Awartani, un mathématicien.

M. Awartani est aussi président de la PALAST ; c’est lui qui a établi le programme avec le Québec. Nous l’avons rencontré fin novembre en pleine « journée de colère », déclenchée lorsque Washington a déclaré ne plus considérer les colonies juives comme illégales (environ 600 000 Israéliens vivent dans ces villes construites en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et cela viole le droit international, selon les Conventions de Genève de 1949). Au square Al-Manara, tout près de son bureau, des centaines de personnes manifestaient, certaines brûlant des images de Donald Trump et des drapeaux israéliens. Les universités étaient fermées pour l’occasion. « C’est un environnement turbulent, mentionne Marwan Awartani. Chaque jour, il y a quelque chose de nouveau : une route est fermée, un couvre-feu est instauré… En science, on a besoin d’un espace libre dans notre tête pour réfléchir. »

Sans compter que l’importation de matériel et de produits chimiques pour les laboratoires est contrôlée aux frontières israéliennes et égyptiennes « Une expérience peut s’effondrer s’il manque un seul morceau », affirme-t-il.

À travers ses différents partenariats dans le monde, la PALAST nourrit néanmoins un objectif ambitieux : « mettre la Palestine sur la carte en matière de science et de technologies », peut-on lire sur son site Web. « Nous avons perdu notre territoire en 1948 et nous avons été faits réfugiés plus d’une fois, relate Marwan Awartani. Nous n’avons pas de pétrole, pas de ressources naturelles ; pour que la Palestine devienne une économie vibrante, nous n’avons d’autre choix que de miser sur la connaissance. »

Déplacements éprouvants

Ce matin, à l’Université arabe américaine de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, Faisal Sabah donne un cours sur les couleurs qui ornent les cartes géographiques. Il guide ses étudiants dans la compréhension des légendes contrastées qu’affiche le projecteur.

Une fois la classe terminée, il explique que ses travaux de recherche concernent moins les cartes que les politiques d’habitation. « En Palestine, l’espace est très limité : plusieurs villes se trouvent à proximité de colonies israéliennes, de routes vers ces colonies, du mur. Et en même temps, la société palestinienne change. Avant, on vivait avec nos familles, tandis que maintenant chacun veut sa maison. Cela entraîne une forte demande et le secteur privé bâtit désormais des projets en hauteur, ce qui ne se faisait pas il y a 10 ans. » Il fera équipe avec Anne Latendresse, de l’Université du Québec à Montréal, à compter du mois de mars pour explorer différentes approches en matière de logement.

Le classe du professeur Faisal Sabah Photo: Mélissa Guillemette

Il déplore qu’il soit plus « facile » pour lui d’aller à Montréal que de visiter ses collègues de la bande de Gaza. Les déplacements en Cisjordanie sont déjà difficiles en raison des points de contrôle israéliens (un chercheur nous a raconté son stress de passer de quatre à six heures par jour sur la route pour effectuer l’aller-retour entre Abu Dis et Ramallah, séparés par une vingtaine de kilomètres), mais il est encore plus ardu d’atteindre l’autre territoire palestinien. « Il y a deux ans, l’Université islamique de Gaza m’a invité à y faire une présentation, cite en exemple M. Sabah. J’ai demandé une permission [aux autorités israéliennes]. Je ne l’ai pas eue, mais j’aimerais pouvoir y aller, car les politiques d’habitation concernent toute la Palestine. »

Insoutenable. C’est le mot qu’a utilisé la chercheuse québécoise Dyala Hamzah pour décrire la situation vécue par son homologue de la bande de Gaza, Yousef Omar, de l’Université Al-Aqsa, qui tente d’effectuer un séjour de recherche avec elle. Tous deux sont historiens : il a fait des recherches sur l’Empire ottoman et elle se consacre au monde arabe moderne. « Ses travaux s’arrêtent là où les miens commencent », résume la professeure de l’Université de Montréal, rencontrée à une soirée soulignant la visite d’une délégation de la PALAST au Québec en octobre dernier. Leur projet commun concerne la position du Canada par rapport aux réfugiés palestiniens au cours des années qui ont suivi la création de l’État d’Israël.

M. Omar devait passer l’été 2019 à ses côtés. Pour ce faire, il lui fallait sortir de la bande de Gaza pour se soumettre aux tests biométriques dans une ambassade canadienne. Ce mince territoire au bord de la mer Méditerranée fait l’objet d’un blocus depuis qu’il est passé, en 2007, sous le contrôle du Hamas, un parti considéré comme terroriste par certains États, dont le Canada.

Comme Yousef Omar n’a jamais réussi, en 20 ans, à obtenir une permission pour quitter Gaza par le poste-frontière israélien d’Erez, il s’est tourné vers le poste de Rafah, point de passage vers l’Égypte. Il a fait trois tentatives. « Dans les trois cas, les autorités égyptiennes ont refusé ma demande sans plus d’explications, dit-il par courriel, puisqu’il était ardu de lui parler par vidéoconférence en raison des coupures quotidiennes d’électricité. De plus, j’ai tenté à plusieurs reprises de sortir de Gaza grâce à des passeurs. Ils demandent 3 600 dollars américains, une somme énorme » qui représente la moitié de la bourse pour couvrir ses frais de transport, d’hébergement et de repas dans le cadre du programme. « J’ai refusé. »

Il a tenté de convaincre le Canada de le laisser entreprendre la procédure biométrique dans une mission diplomatique européenne de Gaza, sans succès. « Je ne laisse pas tomber. J’ai besoin d’aller au Canada pour réaliser mon projet, car je dois consulter des documents qui se trouvent aux archives à Ottawa et dans d’autres bibliothèques. »

Yousef Omar n’est pas le seul : quatre autres Gazaouis n’ont pu se rendre au Québec depuis 2017. Une chanson que connaît l’organisme Gisha, de Tel-Aviv, qui milite pour la liberté de mouvement des Palestiniens. « Pour demander un permis de voyager vers une ambassade, les demandeurs doivent démontrer qu’ils ont un rendez-vous à cette ambassade, souligne la porte-parole Miriam Marmur. Mais comme la révision des dossiers par Israël est longue, certaines personnes manquent leur rendez-vous, ce qui signifie qu’elles doivent obtenir un nouveau rendez-vous et présenter une nouvelle demande de permis à Israël. »

Certains habitants de la bande de Gaza ont néanmoins réussi à décoller. C’est le cas d’Hussam Musleh, que nous avons rencontré à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), à Varennes, l’automne dernier. Le chercheur nous a fait le récit de son odyssée vers le Canada. Il a profité d’un voyage pour raison de santé au Caire, en Égypte, pour se rendre à l’ambassade canadienne, après avoir traversé le Sinaï en autobus. Il est resté dans la capitale égyptienne deux mois, en attente de la réponse positive de l’ambassade.

Le physicien Hussam Musleh à l’Institut national de la recherche scientifique de Varennes Photo: Hussam Musleh

Hussam Musleh n’était pas au bout de ses peines. « J’ai acheté un billet d’avion, mais arrivé à l’aéroport, je n’ai pas pu embarquer ; mon vol passait par les États-Unis. » Ce pays ne permet plus les transits aux ressortissants de certains pays qui n’ont pas de visa américain. « J’ai failli abandonner. » Surtout que sa femme aurait eu besoin de lui, alors que leur cinquième enfant, Canan (pour « Canada » !), n’avait que quelques mois. Un second vol l’a finalement mené à bon port : un appartement et une bicyclette l’attendaient pas trop loin de son laboratoire d’adoption.

Ses efforts ont porté leurs fruits. Il a passé un peu plus d’un mois dans le laboratoire de Federico Rosei à travailler sur des matériaux pour les panneaux solaires. Ce séjour était court, mais Hussam Musleh continuera de profiter des équipements du groupe pour tester des échantillons, qu’il enverra par la poste.

Nous souhaitions visiter le laboratoire où M. Musleh mène ses travaux, à l’Université al-Azhar, mais le Bureau gouvernemental de la presse d’Israël ne nous a pas accordé la carte de presse nécessaire pour entrer dans la bande de Gaza ; Québec Science ne répond pas aux critères pour l’obtenir (et il aurait aussi fallu obtenir la permission du Hamas une fois arrivés dans la région). « Si vous, vous ne pouvez pas venir, imaginez comme nous sommes coincés », a dit, exaspéré, M. Musleh au téléphone.

Solidarité des chercheurs

Le confinement d’Hussam Musleh tranche avec la vie de son collègue de l’INRS Federico Rosei : difficile de trouver plus globetrotteur ! Il multiplie les rencontres et les conférences aux quatre coins du monde. De plus, recevoir des étudiants et chercheurs des pays en développement est pratiquement la marque de commerce de son laboratoire. « Ces pays ont besoin d’énergie pour se développer, indique M. Rosei, attrapé entre deux voyages. Les technologies énergétiques sur lesquelles nous travaillons nécessitent moins d’énergie à la fabrication et sont à faible coût. Leur efficacité est moins grande, mais c’est compensé par le fait qu’il y a beaucoup de soleil dans ces pays. »

Pour lui, les chercheurs se doivent d’être solidaires. « Les scientifiques des pays en développement sont pénalisés sur tous les plans. Ils n’ont pas beaucoup d’installations et ont peu d’argent pour la recherche. Ils sont également très isolés, car ils ne reçoivent pas de visites de chercheurs étrangers. Travailler ensemble est une question de justice sociale. »

Son discours fait écho à celui de l’organisme international Scientists for Palestine, qui favorise les échanges entre universitaires depuis 2017. « L’isolement international tue la science, dit Mario Martone, cofondateur de l’organisme et chercheur postdoctoral en physique des particules à l’Université du Texas, à Austin. L’idée n’est vraiment pas d’arriver avec nos gros sabots d’Occidentaux. Nous organisons des rencontres en Palestine avec des chercheurs de partout dans le monde et les retombées sont considérables. C’est du haut niveau — on ne voulait pas proposer des activités de style “tiers-monde”. »

Dernier arrêt : le bureau de Rasmi Abu Helu, immunologue basé à l’Université Al-Quds. Lui aussi a une vue sur le mur de séparation. Il rappelle que les chercheurs des pays en développement doivent généralement accepter de se séparer de leur famille pour voyager à l’étranger, chose que les chercheurs canadiens n’­­­­ont pas à subir.

L’immunologue Rasmi Abu Helu, professeur à l’Université Al-Quds Photo: Mélissa Guillemette

Sélectionné par le programme Québec-Palestine, il souhaitait partir avec ses quatre filles et sa femme à l’été 2018 ; il devait effectuer des tests précliniques pour un médicament contre un type d’infection vaginale à l’Université Laval. « Je voulais faire d’une pierre deux coups : réaliser un séjour de recherche de deux mois et permettre à ma famille de passer de belles vacances. »

Mais leurs demandes de visa du Canada ont toutes été refusées… à l’exception de celle du professeur. Les visiteurs des pays en développement sont parfois vus comme de potentiels demandeurs d’asile, ce que dénoncent plusieurs acteurs du milieu de la science et des technologies, dont le spécialiste en intelligence artificielle de l’Université de Montréal Yoshua Bengio. Quand la famille des visiteurs reste derrière, les « risques » sont considérés comme moindres. Une chercheuse de la bande de Gaza à qui un visa n’a pas été accordé voulait justement voyager avec son enfant… de deux ans.

Rasmi Abu Helu poursuit : « Avec ma femme et mes filles à mes côtés, j’aurais été plus détendu pour faire mon travail ; ç’aurait été plus satisfaisant pour moi et plus agréable pour ma famille. » Déçu, il a d’abord annulé le projet. Puis, résigné, il a de nouveau soumis sa candidature au programme dans l’espoir de visiter Québec en 2020. « Je suis un professeur bien établi, j’ai un grand historique de voyage, souvent accompagné. Honnêtement, je n’ai aucune intention d’immigrer au Canada ! J’ai eu plusieurs possibilités de travail à l’étranger, mais j’ai choisi la Palestine. »

 

Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse du Fonds québécois en journalisme international.

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