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Société

Tirer des leçons de la saga des compteurs intelligents

09-05-2017

Acceptabilité sociale: l’expression s’est popularisée au cours des dernières années et elle est maintenant inhérente à tous les dossiers concernant les transitions énergétiques. On n’imagine plus de faire passer un pipeline dans une province ou d’implanter un parc éolien sans avoir l’aval des populations locales.

Vraiment ? Maya Jegen, professeure-chercheuse en science politique à l’UQAM, a étudié le contre-exemple parfait : l’implantation des compteurs intelligents, au Québec, il y a quelques années. Rappelons qu’Hydro-Québec a remplacé les compteurs électromécaniques de ses clients résidentiels par des compteurs radiocommunicants depuis le début des années 2010.

« Il n’y avait pas de politique préalable à l’installation de ces compteurs, rappelle Maya Jegen, qui a présenté ses travaux dans le cadre du 85e congrès de l’Acfas. Hydro-Québec est un peu un État dans l’État et elle a amorcé ce changement sans l’aval de la Régie de l’énergie. Ce n’est qu’en 2014 que la Régie est montée dans ce train. »

La résistance populaire à ces remplacements a été conséquente: une cinquantaine d’organisations locales « Refusons les compteurs » se sont formées, 22 000 personnes ont signé une pétition demandant un moratoire ou une option de retrait sans frais, des sondages ont révélé que près de la moitié des Québécois étaient contre le remplacement, 124 municipalités se sont positionnées en défaveur des compteurs, la couverture médiatique a été majoritairement négative, les syndicats se sont inquiétés des pertes d’emplois…

« Le monopole d’Hydro-Québec et de la Régie de l’énergie a été défié, mais malgré cette opposition, la société d’État est allée de l’avant, explique Maya Jegen. Alors pour l’acceptabilité sociale, on repassera. Pour Hydro-Québec, ce remplacement de compteurs était un enjeu uniquement technique, on n’avait pas anticipé ce braquage… et on n’en a pas tenu compte. Son image est ternie et la grogne est encore forte dans certains cercles. »

Selon la chercheuse, il faudra tirer des leçons de cette histoire pour les changements qui nous attendent dans les futures transitions énergétiques. Les filières solaires et éoliennes prendront de l’ampleur et nécessiteront une acceptation sociale large pour être implantées sans heurts sur le territoire.

Sylvain Rochon, député de Richelieu, était présent au colloque sur la transition énergétique de l’Acfas. « Récemment, un parc éolien a été construit dans ma MRC. Les opposants étaient peu nombreux, mais très bruyants. Les maires ont fait le mauvais choix d’essayer de les faire taire au lieu de les écouter. Alors la grogne a pris de l’ampleur. C’est quand on leur a prêté une oreille attentive qu’ils ont changé de ton et que le projet a pu être implanté. Aujourd’hui, les gens regardent le parc et parlent de leurs éoliennes. »

« Hydro-Québec et la Régie de l’énergie ont un pouvoir décisionnel unilatéral, conclut Maya Jegen. Un processus plus ouvert et inclusif facilitera l’implantation des changements. »

Photo: PiLens/depositphotos

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