Publicité
Société

Un grand leurre

23-11-2012

La croyance en la fin du monde se sécularise et se mondialise.

Lorenzo DiTommasoDirecteur du département des sciences religieuses de l’Université Concordia, où il est professeur agrégé depuis 2009, Lorenzo DiTommaso est l’auteur de plusieurs essais remarqués et de plus de 100 articles scientifiques sur les croyances apocalyptiques.
Son prochain ouvrage, The Architecture of Apocalypticism, premier volume d’une trilogie, sera publié en 2013
par Oxford University.
Dans ce livre, l’auteur démonte les ressorts des croyances apocalyptiques très en vogue aujourd’hui dans les pays occidentaux et du Tiers-Monde, et analyse exhaustivement la place que celles-ci occupent dans différentes cultures.
En raison du grand intérêt que les scénarios apocalyptiques suscitent aujourd’hui, Lorenzo DiTommaso est fréquemment invité à donner des conférences aux quatre coins du monde. Il se rendra au cours des prochains mois à Jérusalem, Milan, Londres et Brasilia.
Pour lui, en cette deuxième décennie du XXIe siècle, la croyance en l’apocalypse – notion qu’il décrit avec le terme «apocalypticisme» – est une réponse puissante, mais «totalement inepte» aux grands problèmes actuels. «Croire, ou faire croire, que notre monde sera sauvé et innocenté par une puissance céleste ou une réalité transcendante, c’est un déni du rationalisme scientifique et un grand leurre. Pourtant, de plus en plus de gens adhèrent à cette vision réductrice et fallacieuse de l’avenir de l’humanité», constate-t-il avec inquiétude.

Comment expliquez-vous le grand engouement que les théories annonçant une prochaine fin du monde suscitent aujourd’hui?
D’un point de vue rationnel, l’apocalypticisme ne peut pas signifier la fin du monde, puisque les scientifiques ont prédit que celle-ci aurait lieu dans environ 7 milliards d’années. Pourtant, cette vision, qui puise ses fondements dans la littérature biblique – le Livre de Daniel, qui relate l’exil juif à Babylone; l’Apocalypse de saint Jean; le Nouveau Testa­ment –, n’a cessé depuis 22 siècles de gagner du terrain et de captiver un public de plus en plus large. Aujourd’hui, plusieurs personnes voient à travers le prisme de l’apocalyp­ticisme. En 2012, les scénarios apocalyptiques sont beaucoup plus populaires qu’à l’époque de la grande dépression économique des années 1930 ou de la Deuxième Guerre mondiale. L’apocalypticisme transcende les sociétés. C’est un phénomène sociétal qui fait fi des frontières religieuses, des idéologies et des cadres culturels.

Qui sont aujourd’hui les tenants de l’apocalypticisme?
La vision augurant une fin du monde imminente est partagée par des groupes hétéroclites: les fondamentalistes juifs, musulmans et chrétiens; des peuples qui sont opprimés; des individus qui considèrent que leur culture est sérieusement menacée par la mondialisation, etc. Bien qu’ils ne prônent pas la fin du monde, les fondamentalistes religieux partagent aussi largement la vision apocalyptique dans la mesure où, pour eux, le monde est divisé entre le bien et le mal. Ces intégristes exhortent le pouvoir divin à intervenir pour corriger les dérèglements qui, selon eux, minent l’existence humaine sur terre. Pour beaucoup de gens non religieux, l’apocalypticisme est désormais la seule réponse et la seule solution aux graves problèmes sociaux, politiques et écologiques qui affligent l’humanité.

Lire la suite dans numéro de décembre 2012

Photo : Université Concordia

Publicité

À lire aussi

Culture

Une sortie bien spatiale

Fidèle à sa mission de nous faire voir le monde à travers la science, l’histoire et l’art contemporain, ce petit trésor qu’est le Musée régional de Rimouski nous présente une lumineuse programmation.
Société

Tous philosophes!

La philosophie peut représenter un grand apport pour les sciences. Mais réussit-elle à prendre la place qui lui revient dans la société québécoise?
Société

Après les sondages, voici l’hédonomètre!

Les mots utilisés dans les réseaux sociaux et les oeuvres culturelles en disent beaucoup sur le moral et le bonheur des gens, affirme le mathématicien Chris Danforth.