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Pour traiter des patients souffrant de symptômes persistants des semaines après avoir contracté la COVID-19, des médecins s’inspirent de programmes de réadaptation destinés à d’autres types de malades, comme des cancéreux.
« C’est un phénomène bien réel et très répandu », a commenté le Dr Anthony Fauci le 3 décembre dernier au sujet du « syndrome post-COVID », appelé aussi « COVID long ». Le très respecté immunologue sortait d’une conférence organisée par les National Institutes of Health afin de trouver de toute urgence des solutions à cette affection mystérieuse. Partout dans le monde, des individus souffrent de symptômes persistant plusieurs semaines ou mois après la phase aiguë de la maladie, qui ne les a parfois que légèrement affectés : fatigue chronique, essoufflement, douleurs articulaires, palpitations cardiaques, brouillard cérébral, troubles dépressifs, etc.
Une personne sur 20 aurait des symptômes pendant plus de 8 semaines selon un récent pré-papier britannique basé sur les données collectées par une application mobile. Le National Health Service (NHS) estime que plus de 60 000 personnes seraient touchées par le COVID long au Royaume-Uni.
Comment soigner ces patients dont la condition nécessite la réunion de plusieurs expertises, allant de la pneumologie à la psychologie?
Une partie de la réponse se trouverait à Montréal dans un programme destiné… aux personnes devant subir une opération majeure. Fondé en 2012 par le Dr Franco Carli, professeur au département d’anesthésie à la faculté de médecine de l’Université McGill, le Programme périopératoire (POP) serait unique en son genre en Amérique du Nord. Il consiste à s’assurer que les patients soient suffisamment en forme avant de passer sur la table d’opération. Au menu : une alimentation équilibrée et personnalisée, un accompagnement psychologique et un plan d’activité physique. «Notre programme POP prépare aussi à d’autres traitements comme la radiothérapie, la chimiothérapie et l’immunothérapie», explique le Dr Carli qui reçoit essentiellement des patients devant être opérés ou atteints de cancer.
Mais une équipe de médecins français, qui recourait déjà au POP dans sa pratique dans des contextes similaires, l’adapte actuellement pour réhabiliter les malades atteints du syndrome post-COVID. «Lorsque ces patients sont revenus aux urgences au printemps pour des symptômes qui ressemblaient à leur COVID initiale, les urgentistes ont écarté une rechute ou une complication (infarctus, embolie pulmonaire, péricardite…) pour la majorité d’entre eux, raconte le Dr Nicolas Barizien, chef du service de médecine physique et réadaptation à l’Hôpital Foch de Suresnes. Comme ces patients se plaignaient principalement d’être gênés au moindre effort, j’ai transformé notre unité de reconditionnement à l’effort inspirée du programme du Dr Carli». Ce dernier a appris par Québec Science à quelles fins était désormais appliquée sa méthode. Curieux, il compte bien communiquer avec ses homologues français pour en savoir davantage.
Dès le mois de juin, le premier service hospitalier français dédié à la réhabilitation de ces nouveaux malades est né : l’unité Réhab-COVID. Les médecins y reçoivent des patients plutôt jeunes, actifs, sans comorbidités et ayant souffert d’une forme mineure à modérée de la COVID-19. Un circuit d’évaluation d’une demi-journée auprès de quatre professionnels de santé (diététicien, psychologue, kinésithérapeute et médecin) permet de déterminer le profil de chacun et de poser un diagnostic. Les malades repartent avec un programme d’autorééducation et sont revus au bout de deux mois.
Trois catégories de COVID long
Selon le Dr Barizien, le programme a mis en évidence très rapidement trois profils de patients. Le premier réunit ceux qui ont perdu beaucoup de masse musculaire pendant la phase aiguë de la maladie. «Ce sont de très bons candidats à un programme de rééducation à l’effort qu’ils peuvent poursuivre sous la supervision d’un kinésithérapeute, avec une alimentation adaptée», explique le Dr Barizien.
Cette perte musculaire est également observée par la Dre Nathalie Saad, pneumologue à l’Hôpital général juif de Montréal et directrice du programme de réadaptation pulmonaire ambulatoire à l’Hôpital Mont-Sinaï. Elle intègre des patients souffrant de symptômes de COVID persistants dans son unité de réadaptation. L’équipe – composée notamment de physiothérapeutes, d’inhalothérapeutes, d’ergothérapeutes, de nutritionnistes et d’infirmières – travaille sur la reprise de masse musculaire et la réadaptation pulmonaire. «Cela prend deux à trois mois de travail systématique, ce qui est quand même assez long pour des gens souvent jeunes, qui étaient en forme et très actifs avant d’attraper le virus», estime la pneumologue qui assure que les résultats sont satisfaisants en bout de ligne.
Une deuxième catégorie de patients développe un syndrome anxieux, voire l’équivalent d’un syndrome de stress post-traumatique. «Ce sont des éponges émotionnelles, qui ont souvent des responsabilités familiales», constate le Dr Barizien qui les oriente vers un suivi en psychologie cognitivo-comportementale ou vers une thérapie psychoneurobiologique par mouvements oculaires. La Dre Saad constate également de l’anxiété chez ses patients, mais reste prudente dans ses conclusions en l’absence de mesures précises pré et post-COVID.
Si les deux premiers profils de patients de l’Hôpital Foch récupèrent environ 80% de leur capacité fonctionnelle en l’espace de deux mois, la réadaptation pose des défis particuliers pour une troisième catégorie de malades aux séquelles inexpliquées. Reprendre une activité physique sans relancer les symptômes est souvent compliqué pour ces patients, qui souffrent notamment d’hyperventilation ou d’une variabilité anormale de la fréquence cardiaque ou de la tension artérielle.
Selon le Dr Barizien, ces patients souffriraient de perturbations du système neurovégétatif ou de «dysautonomie neurovégétative», un détraquement du système susceptible d’être aussi amélioré par un reconditionnement à l’effort. Des médecins américains retrouvent également chez certains patients atteints de COVID long les signes d’un trouble du système nerveux autonome sous la forme d’un syndrome de tachycardie posturale orthostatique.
«Nous avons besoin de poursuivre les recherches, car nous en savons encore peu sur ce phénomène du COVID long », prévient la Dre Saad. Partout dans le monde, des chercheurs investiguent d’autres pistes, comme des problèmes inflammatoires, auto-immuns et vasculaires, ou encore un éventuel lien avec le syndrome de fatigue chronique. Il faudra s’armer de patience pour trouver des réponses. Aux États-Unis, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont annoncé des recherches sur plusieurs années pour comprendre l’étendue des symptômes et les facteurs de risques.
Pour l’heure, l’accès aux centres spécialisés demeure un défi pour de nombreux patients. Face au nombre élevé de demandes qui dépassent sa capacité d’accueil, l’unité Réhab-COVID a mis en ligne des outils (questionnaires et ordonnances) pour aider les médecins généralistes à trier et orienter les trois profils de patients. «Quand on commence à avoir des symptômes de COVID long, il faut vite se mettre en ordre de marche pour récupérer rapidement et réussir à tourner la page», conseille le Dr Nicolas Barizien.
Comment le COVID long est-il soigné ailleurs ?
D’autres programmes post-COVID sont progressivement mis en place en Europe et en Amérique. Quelques exemples :
- À New York, le Center for Post-COVID Care de l’Hôpital Mount Sinai réunit une équipe pluridisciplinaire incluant notamment des spécialistes en médecine pulmonaire, en cardiologie, en maladies infectieuses, en néphrologie, en physiothérapie et en neuropsychiatrie.
- En Italie, le Centre de réhabilitation de Gênes propose un programme de réhabilitation post-COVID pluridisciplinaire. Il a publié une pré-étude sur les capacités fonctionnelles des survivants de COVID-19 non sévère.
- À Paris, le centre d’investigation en médecine du sport de l’Hôtel-Dieu utilise aussi une méthode déjà utilisée pour les patients atteints de cancer : des séances de sport pour améliorer les problèmes de concentration et de fatigue persistante.
- Au Royaume-Uni, le gouvernement a lancé le service en ligne «Your COVID Recovery» qui met les patients en contact avec une équipe de réhabilitation. Le gouvernement a annoncé le 15 novembre le lancement de plus de 40 cliniques dédiées au COVID long.