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18 novembre 2025
Temps de lecture : 2 minutes

L’écologiste qui bifurque

En répandant en très haute altitude des particules qui renvoient une partie des rayons solaires dans l’espace, les géo-ingénieurs espèrent diminuer la température globale de 0,5 à 1 °C. Photo : Shutterstock

Arrêtée plusieurs fois par la police, Ellen Haaslahti, une Finlandaise de 26 ans, prône maintenant la recherche sur la géoingénierie.

Ellen Haaslahti naît en 1999 à Pori, aux abords de la mer Baltique, en Finlande. Son adolescence est, de son propre avis, tout à fait « ordinaire ». À l’école secondaire, elle n’a rien d’une militante écologiste. Ses amis ne s’intéressent d’ailleurs pas du tout aux questions climatiques, ni sa famille, qui parle peu de telles affaires.

Ellen prend néanmoins conscience du climat qui part en vrille. D’abord à l’école, puis sur Internet. Son anxiété monte. « Vers 16 ans, je me sentais complètement seule là-dedans », me raconte-t-elle lors d’un appel vidéo. L’adolescente vit alors une « période très sombre » où tout lui semble « désespéré ».

Jeune adulte, elle part à Helsinki pour étudier les sciences environnementales. Se consacrer pleinement à la source de ses troubles lui cause des frustrations, mais aussi une forme d’apaisement. D’autant plus qu’elle trouve à l’université une communauté d’esprit, des gens avec qui partager ses émotions.

En 2020, elle rejoint Elokapina (« rébellion pour la vie »), la branche finlandaise d’Extinction Rebellion, qui prône une action non violente radicale pour fouetter l’action climatique. Ellen s’implique activement, ce qui lui procure un sentiment salutaire. Elle organise des blocus routiers. La police l’arrête plusieurs fois, au grand désespoir de sa mère.

À la même époque, elle commence à se questionner sur la manière la plus efficace d’agir. « En Finlande, la confiance envers les institutions est très forte, explique-t-elle. Il est difficile de rallier les gens en pratiquant la désobéissance civile. » Un petit groupe d’Elokapina se demande : faut-il vraiment crier encore plus fort pour se faire entendre ? Entre-temps, les chances de limiter le réchauffement à 1,5 °C fondent comme neige au soleil.

C’est alors qu’Ellen et ses complices entendent parler de la géo-ingénierie. Peu connue du grand public, cette discipline rassemble les technologies qui visent à modifier délibérément le système climatique afin d’atténuer les effets du réchauffement. La géo-ingénierie englobe les méthodes de séquestration du carbone, mais aussi les approches visant à réduire la quantité d’énergie solaire absorbée par la planète. Le principal modus operandi envisagé consiste à injecter des aérosols réfléchissants à base de soufre en haute atmosphère.

« Au tout début, ça nous paraissait nocif et étrange, dit Ellen. Mais bien vite, nous avons aussi ressenti de l’enthousiasme. S’agirait-il de ce dont nous avons besoin à ce stade-ci du changement climatique ? » La géo-ingénierie solaire est évidemment controversée. Jouer avec le climat pourrait engendrer de désastreuses surprises. Et les critiques disent que de telles solutions technophiles favorisent la poursuite des émissions.

Ellen Haaslahti voit les choses autrement. La géo-ingénierie solaire, « c’est peut-être notre seul espoir pour empêcher l’effondrement de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental ». En 2022, elle fonde Operaatio Arktis avec d’anciens membres d’Elokapina. Le groupe se donne pour mission, dans une perspective de justice intergénérationnelle, de prévenir l’atteinte des points de basculement climatiques. Pour cela, en vertu du principe de précaution, il soutient la recherche « transparente et responsable » sur les interventions climatiques.

Financé par des fondations philanthropiques, Operaatio Arktis, qui emploie aujourd’hui une douzaine de personnes, organise des conférences où se réunissent membres militants, décideurs et scientifiques. En 2024, Ellen s’est rendue à la COP29 sur le climat en Azerbaïdjan. À Helsinki, elle décroche des entretiens avec des ministres. « L’approche pragmatique permet d’exercer une grande influence si vous avez une bonne stratégie et de bonnes idées », soutient celle qui compte désormais le célèbre climatologue américain James Hansen parmi ses amis.

À 26 ans, elle n’est plus anxieuse comme avant, mais demeure inquiète. « Toute intervention de géo-ingénierie solaire sera vouée à l’échec si nous ne prenons pas simultanément des mesures ambitieuses de réduction des émissions, ce qui nécessite des changements profonds dans notre mode de vie », avertit celle qui, dans la vie privée, embrasse la sobriété : elle est végane, évite l’avion et habite en colocation.

À mon avis, Ellen Haaslahti démontre qu’une réunion entre deux franges en apparence opposées du mouvement éco­logiste – celle qui mise aveuglément sur la technologie et celle qui l’abhorre par principe – est possible. Préparer la solution de dernier recours ne nous dispense pas, en parallèle, de devenir plus frugaux. Par sa parole et ses gestes, la fille ordinaire de Pori est devenue la partisane d’une avenue extraordinaire.

 

Alexis Riopel est journaliste pour Le Devoir et s’intéresse aux questions environnementales.

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Claude Coulombe
7 mois il y a

Ellen Haaslahti le dit elle-même: 1) La géo-ingénierie pourrait engendrer de désastreuses surprises… Par exemple: pluies acides et acidification des océans accrues, destruction de la couche d’ozone, perturbations ‘potentielles’ du cycle de l’eau, moins de rayonnement implique aussi moins de photosynthèse et un impact sur les récoltes et la fixation de CO2 par les plantes 2) donner une bonne raison de ne rien faire à ceux qui vivent déjà dans le déni 3) Problème de santé publique quand les particules sulfurées retombent dans la basse atmosphère 4) Problèmes géopolitiques, toute intervention de géo-ingénierie n’est pas compartimentée et affectera tous les pays de façon différente. Des pays pourraient accuser d’autres pays qui expérimentent la géo-ingénierie d’être responsables de sécheresses ou d’inondations. Pensez-vous sérieusement qu’on s’entendra sur des interventions de géo-ingénierie?

En résumé, la géo-ingénierie apparait comme une solution techno-solutionniste du désespoir (dans le genre l’IA va nous sauver), au mieux une solution temporaire pour abaisser la température, mais présente des conséquences imprévisibles et ne résout pas le problème de fond des émissions de GES.

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