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Santé

Ces chauves-souris dont il faut s’inspirer

15-07-2020

Il existe 1 300 espèces de chauves-souris sur Terre, ce qui signifie qu’elles représentent à elles seules 20 % des espèces de mammifères. Sur cette photo figure une grande chauve-souris brune, une espèce présente au Québec. Image: Samuel Dufour

Les chauves-souris ont la capacité de coexister avec des virus qui font du tort aux humains. Quel est leur secret?

Infectez des cellules pulmonaires humaines en culture avec le coronavirus causant le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et elles mourront toutes. Faites de même avec des cellules rénales de grandes chauves-souris brunes et certaines d’entre elles continueront à se développer pendant des mois !

C’est précisément l’expérience qu’Arinjay Banerjee a réalisée avant même que la COVID-19 entre dans nos vies. Ce chercheur postdoctoral de l’Université McMaster fait partie d’une petite communauté mondiale qui veut comprendre comment les chiroptères sont devenus de vrais réservoirs à virus sans en souffrir. Depuis l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère en 2002, les spécialistes ont trouvé plus de 200 coronavirus chez les chauves-souris. « Quand elles sont infectées par un virus, elles ont une inflammation très limitée, ce qui leur évite les symptômes, et elles ont une forte réponse antivirale. C’est le meilleur des deux mondes », assure Arinjay Banerjee.

Le système immunitaire des chauves-souris a évolué ainsi au fil de leurs 80 millions d’années sur Terre. De quoi rendre jaloux Homo sapiens, chez qui l’inflammation provoque tant de problèmes ; on le voit avec les patients atteints de la COVID-19 qui meurent en raison d’une réponse inflammatoire exagérée.

Comment ces petites bêtes réussissent-elles ce tour de force ? Le comprendre fournirait des idées de cibles thérapeutiques à étudier chez l’humain. C’est peut-être grâce à leur aptitude à voler. En battant des ailes, leur température augmente, ce qui pourrait accroître l’efficacité de la réponse immunitaire. De plus, chez deux espèces asiatiques, une équipe a découvert des gènes qui réparent les dégâts dans l’ADN causés par l’augmentation de l’activité métabolique en vol. « Certaines des enzymes dans ce circuit de réparation jouent aussi un rôle dans la réponse antivirale, explique M. Banerjee. Ces protéines auraient évolué du même coup pour la réponse immunitaire. » Cette théorie reste à confirmer.

On ignore toujours quel animal est l’hôte naturel de SARS-CoV-2, bien que celui-ci ressemble de très près à un virus observé chez une espèce de chauve-souris. Des scientifiques s’inquiètent plutôt du scénario inverse : et si les humains transmettaient le virus de la COVID-19 aux chauves-souris ? La recherche menée par Arinjay Banerjee le montre bien : le virus du MERS s’est adapté rapidement aux cellules de chauves-souris grâce à une mutation. D’une part, elles pourraient ainsi devenir un réservoir difficilement contrôlable de SARS-CoV-2. D’autre part, le virus pourrait constituer une menace pour les chauves-souris déjà affectées par le syndrome du museau blanc, une infection fongique qui a décimé les populations de trois espèces canadiennes. Des travaux ont montré que les stresseurs (comme cette maladie ou une perturbation de l’habitat) peuvent détraquer l’immunité des chauves-souris.

Le risque de transmission de l’humain à la chauve-souris est très faible, indique toutefois Ariane Massé, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec. « Mais par principe de précaution, les recherches qui impliquent des contacts avec les chauves-souris au Canada et aux États-Unis sont toutes suspendues cet été. »

Selon la scientifique, il faut surtout éviter de blâmer les chauves-souris et redoubler d’ardeur pour les protéger. « Elles nous rendent des services écologiques. Elles sont les principaux prédateurs des insectes nocturnes, dont des ravageurs qui s’attaquent à nos récoltes. En une heure de chasse, une chauve-souris peut consommer jusqu’à 600 insectes ! »

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