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26 février 2026
Temps de lecture : 2 minutes

En cinq questions : doit-on craindre le virus Nipah?

Une chauve-souris du genre Pteropus, un réservoir naturel du virus Nipah. Photo: Shutterstock

Ce virus inquiète certains pays d’Asie, notamment l’Inde et le Bangladesh, où des épidémies ont déjà eu lieu. Un expert fait le point.

Des éclosions de Nipah ont déjà été signalées par le passé au Bangladesh, en Inde, en Malaisie, aux Philippines et à Singapour. Depuis 1998, on compte plus de 600 cas. Dernièrement, la surveillance s’est récemment accrue en Asie : au début de l’année, une éclosion en Inde a causé la mort de deux personnes et forcé la mise en quarantaine de près de 200 personnes ayant été en contact avec les malades.

Le virus Nipah, qui appartient à la famille des Paramyxoviridae, a été identifié pour la première fois en 1998, en Malaisie. Il est naturellement présent dans la population de chauves-souris frugivores du genre Pteropus.

Les premiers symptômes sont similaires à d’autres maladies respiratoires comme la grippe, ce qui complique le diagnostic, et apparaissent au bout d’une période de 4 jours à 2 semaines (temps d’incubation). Ils peuvent ensuite évoluer vers une forte fièvre et une encéphalite (perte de conscience, convulsions, coma…) Certaines personnes peuvent aussi présenter une pneumonie et des difficultés respiratoires sévères.

Arinjay Banerjee est chercheur au Vaccine and Infectious Disease Organization de l’Université de la Saskatchewan. Il s’intéresse aux virus transmis entre animaux et humains (virus zoonotiques), ce qui est le cas du Nipah. Ayant grandi au Bengale-Occidental, une région de l’Inde touchée à plusieurs reprises par des éclosions du virus Nipah, le chercheur suit ces épidémies avec une attention particulière.

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Québec Science Ce virus a pour réservoir des chauves-souris frugivores. Comment se transmet-il à l’humain?
Arinjay Banerjee Le virus peut se transmettre par contact direct avec une chauve-souris infectée ou avec un animal ayant été infecté par une chauve-souris [porc, chien, cheval sont notamment des hôtes intermédiaires].

Le virus se dissémine aussi entre humains par un contact rapproché avec une personne malade. La maladie provoquée par le virus est fortement létale : de 50 à 75% des personnes infectées en meurent. Nous ignorons pourquoi le taux de mortalité est si élevé. Il est possible que ce soit à cause de l’absence d’immunité dans la population, qui n’a jamais eu de contact avec ce virus auparavant.

Enfin, l’humain peut devenir malade en buvant la sève de palmier dattier non pasteurisée. Par exemple, au Bangladesh et au Bengale-Occidental où l’on consomme cette boisson, les chauves-souris infectées la contaminent en s’abreuvant dans les pots de collecte.

QS Le virus Nipah pourrait-il surgir parmi la population de chauves-souris au Canada?
AB C’est une situation très peu probable selon les données actuelles. Les chauves-souris qui sont porteuses du virus appartiennent à des espèces vivant principalement en Asie, en Australie et en Afrique. Celles-ci ne sont pas présentes sur notre continent. Pour rappel, il existe plus de 1 500 espèces de chauves-souris, qui sont très différentes les unes des autres.

Le nom du virus a été choisi en référence au village Sungai Nipah, en Malaisie, où il a été identifié.

Dans les régions touchées par des éclosions, comme en Inde et au Bangladesh, des politiques de santé publique efficaces ont été mises en place, notamment avec le traçage des contacts. Lorsqu’un cas est identifié, toutes les personnes ayant été en contact sont ensuite testées.

QS Existe-t-il un traitement ou un vaccin contre le virus Nipah?
AB Il n’y a ni vaccin ni traitement disponible pour le moment. Mais certains vaccins sont à l’étape des essais cliniques, dont celui conduit par l’Université Oxford, au Royaume-Uni.

L’essai de phase II a commencé en décembre 2025 au Bangladesh, une région où le virus cause des épidémies. Un autre essai de phase I, réalisé par l’Université de Tokyo, est également en cours en Belgique.

QS Les chauves-souris porteuses du virus ne sont pas malades. Pourquoi?
AB Elles ne deviennent pas malades contrairement aux humains qui peuvent l’être gravement. En étudiant l’immunologie des chauves-souris, nous pensons qu’elles possèdent une tolérance accrue aux infections virales. Leur système immunitaire a co-évolué avec ces virus pendant des millions d’années. Il faut dire que les chauves-souris existent depuis au moins 50 millions d’années alors que les humains [les Homo sapiens] n’existent que depuis 250 000 à 300 000 ans. Nous sommes donc une espèce très récente comparativement aux chauves-souris qui ont eu le temps de s’adapter.

Mon laboratoire essaie donc de comprendre comment les chauves-souris tolèrent ces infections afin de concevoir de nouvelles thérapies pour les humains. Par exemple, une thérapie par immunoglobulines [des anticorps qui agissent contre l’infection] pourrait être envisageable dans une dizaine d’années.

QS Ce virus pourrait-il être à l’origine d’une prochaine pandémie?
AB Plus le virus se réplique et circule, plus il a la possibilité de muter [et d’avoir un potentiel plus contagieux]. Cependant, historiquement, le virus est très stable génétiquement. Et jusqu’à présent, les épidémies sont restées localisées, ce qui a probablement limité les mutations.

Le virus Nipah ne se transmet pas non plus efficacement entre humains. Il faut un contact étroit avec une personne infectée. Cela limite pour l’instant son potentiel pandémique. Il ne se propage pas aussi facilement que d’autres virus comme le coronavirus, par exemple.

La surveillance et le suivi doivent continuer de se faire, mais il n’y a pas lieu de paniquer comme pour la COVID-19.

L’Organisation mondiale de la santé a listé le virus Nipah comme étant un pathogène prioritaire pour la recherche et le développement de nouveaux traitements.

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