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Santé

Confinement obligé par la COVID-19, comment gérer les conflits?

02-04-2020

Photo: Ryan McGuire/Pixabay

Plusieurs lecteurs nous ont écrit qu’ils sont en conflit avec leurs conjoints, leurs adolescents ou leurs parents sur les comportements à adopter face à la pandémie. Comment trouver un terrain d’entente?

Promiscuité, exacerbation des problèmes préexistants et augmentation de l’anxiété : voilà le cocktail toxique qui met nos nerfs à dure épreuve et fait éclore des conflits dans les couples et les familles. La recherche a clairement démontré que ces trois facteurs, même pris individuellement, augmentent les risques de dispute et de séparation, et leur combinaison est particulièrement lourde à supporter. En Chine, le nombre de divorces aurait déjà grimpé en flèche après le confinement.

La promiscuité est en soi un facteur de conflit, même lorsque tout va bien et lorsqu’elle réunit des gens qui s’aiment. L’argent est, chez les riches comme chez les pauvres, une des principales sources de mésentente dans les couples, et celle qui provoque le plus de conflits pernicieux et difficiles à résoudre. L’explosion du chômage et la dégringolade de la Bourse augmentent évidemment les incertitudes financières et les tensions.

Contrairement à la peur que l’on manifeste face à une menace définie et bien réelle, l’anxiété est une réponse à une menace vague ou inconnue telle que celle que l’on vit avec la COVID-19. « L’anxiété a ceci de particulier qu’elle s’exprime de manières très différentes d’une personne à une autre », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’UQAM. Les manifestations de l’anxiété sont bien connues : on sait que certaines personnes vont se réfugier dans le déni, minimisant l’ampleur de la crise ou les risques, d’autres dans la colère, d’autres encore vont devenir fébriles en se lançant dans quantité de projets, d’autres encore vont s’inquiéter excessivement de risques pourtant jugés très minces par les spécialistes. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de réagir, mais les différences de réaction d’une personne à l’autre peuvent créer des tensions.

Dans ce contexte, comment éviter les disputes quand un jeune veut continuer de voir ses amis ou son amoureux, mais que ses parents ne veulent pas en entendre parler? Comment s’entendre sur le fonctionnement au quotidien quand l’un fait un métier à risque pendant que l’autre fait l’épicerie pour ses parents âgés? Pour minimiser les conflits, les psychologues préconisent des stratégies basées sur ce que l’on connaît des relations interpersonnelles en temps de crise.

« Il faut d’abord essayer de garder à l’esprit que la réaction de l’autre à ce qui se passe est aussi teintée par son anxiété. Faire preuve d’empathie aide à diminuer les tensions », explique Geneviève Beaulieu-Pelletier. Elle conseille ensuite de regarder ensemble les faits rapportés par des sources d’informations crédibles, pour ouvrir un espace de discussion sur des bases communes. « Enfin, chacun doit aussi essayer de nommer précisément ses angoisses pour être capable d’expliquer, à soi-même et à l’autre, ce qui l’inquiète vraiment, ce qui va aider à trouver un terrain d’entente », ajoute-t-elle. L’idée est de sortir de la spirale infernale du « et si telle ou telle chose se passait… » en se demandant plutôt « qu’est-ce qui me fait vraiment peur là-dedans ». Mettre son angoisse en mots suffit à la faire baisser.

La crise actuelle est particulièrement difficile pour les adolescents, insistent les psychologues, qui préconisent de miser sur la responsabilisation. « À cet âge, comme on l’a vu récemment avec les manifestations pour le climat, les jeunes ont une grande capacité à se mobiliser. Il faut les aider à comprendre qu’en restant chacun chez soi, loin de ses amis ou de son amoureux pour une période qui ne durera qu’un temps, ils agissent en personnes responsables qui aident à dénouer la crise », dit Geneviève Beaulieu-Pelletier. Le message à passer : vous êtes ensemble, chacun chez vous, même si c’est ennuyeux et difficile, mais ce faisant, vous agissez. La chercheuse a aussi produit, avec un de ses collègues, un guide pour aider les parents à expliquer la COVID-19 aux enfants en tenant compte de ses impacts psychologiques.

Plus les semaines passent, plus malheureusement la détresse va augmenter, et plus il sera difficile de modifier les comportements familiaux. « C’est le moment, maintenant, de dire nos besoins aux autres, de revoir nos priorités ensemble, et de se construire de nouveaux repères», indique Geneviève Beaulieu-Pelletier. Se bâtir une nouvelle routine familiale va beaucoup aider à affronter les temps difficiles, mais ce n’est pas le moment d’appliquer des consignes strictes, au-delà de celles imposées par les autorités de santé publique, car tout le monde a besoin de flexibilité.

Idéalement, chacun doit pouvoir compter sur un espace qui lui appartient et sur du temps qu’il peut passer seul. Puis ajouter à la nouvelle routine certaines des activités dont on sait qu’elles contribuent à diminuer l’anxiété: faire de l’exercice, être en contact avec la nature, faire de la relaxation, garder un temps pour les activités qu’on aime et qu’on peut toujours faire… En règle générale, agir fait baisser les tensions.

« Et puis, surtout, n’hésitez jamais à aller chercher de l’aide, car il y a de multiples ressources, même à distance », insiste Geneviève Beaulieu-Pelletier. L’Ordre des psychologues du Québec peut vous orienter, tout comme votre CLSC. Les lignes Tel-Aide (pour tous), Tel-Jeunes, Ligne-Parents, Tel-Écoute, Tel-Ainés, SOS Violence conjugale sont aussi là pour nous. Même si plusieurs de ces services sont débordés, cela vaut toujours la peine de s’essayer, car leur capacité d’intervention pourrait être accrue grâce aux aides gouvernementales et privées.

Pour aller plus loin et comprendre les enjeux de santé mentale posés par la COVID-19, on peut aussi explorer les documents réunis par l’Ordre des psychologues du Québec et l’Association canadienne pour la santé mentale.

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec.

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