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Santé

COVID-19 : quatre vaccins prometteurs prêts pour la phase 3

24-07-2020

Pixabay

Plusieurs équipes ont annoncé des avancées importantes dans le développement de vaccins contre la COVID-19. Quatre candidats sortent du lot pour l’instant.

La recherche pour mettre au point un vaccin contre le SARS-CoV-2 se fait à un rythme effréné. Comme prévu, les premiers résultats des phases 1 et 2 d’essais cliniques déboulent ces jours-ci. Pour rappel, ces phases consistent à tester différentes doses d’un candidat-vaccin sur un petit nombre de volontaires, afin de s’assurer de l’innocuité du produit et vérifier s’il provoque ou non une réponse immunitaire. L’efficacité, elle, est évaluée en phase 3.

La première étape consiste donc à voir si les vaccins engendrent une grande quantité d’anticorps dits neutralisants, qui sont capables d’intercepter le virus et de l’empêcher de pénétrer dans les cellules.

Au total, rappelons qu’environ 150 vaccins sont en développement et que plus d’une vingtaine sont entrés en essais cliniques. Les quatre vaccins qui se démarquent ici font partie des premiers à avoir été testés. Rien ne dit que ce sont eux qui franchiront la ligne d’arrivée, ou qu’ils seront les plus efficaces.

En effet, ces résultats préliminaires ne garantissent rien : l’efficacité de ces vaccins sera testée dans les semaines qui viennent sur des cohortes beaucoup plus importantes (des milliers de personnes). Par ailleurs, soulignons qu’il n’y aura pas un seul « gagnant », mais probablement plusieurs vaccins différents qui seront mis au point en parallèle.

Les quatre vaccins ci-dessous ont bel et bien engendré une réponse immunitaire, proche de celle observée chez les personnes ayant guéri de la COVID-19 (voire meilleure). Ils semblent avoir un bon profil d’innocuité, même si des effets secondaires ont été observés assez fréquemment avec les plus fortes doses.

En général, il a fallu au moins deux doses pour générer une réponse immunitaire chez l’ensemble des participants. « Je pense que deux doses seront nécessaires pour la plupart de ces vaccins pour atteindre une quantité adéquate d’anticorps neutralisants », souligne Peter Hotez, spécialiste des vaccins au Baylor College of Medicine à Houston, dans un article de Nature.

Deux des vaccins en tête sont des vecteurs viraux, les deux autres sont des vaccins ARN. Pour mieux comprendre les différentes stratégies, consultez notre article sur le sujet.

  • Vecteurs viraux : il s’agit de virus atténués et génétiquement manipulés pour exprimer les protéines ciblées, en l’occurrence la protéine S (le « pic ») du coronavirus. Ces vecteurs vivants ont l’avantage d’être peu coûteux à produire : ils amènent le gène directement dans les cellules de la personne vaccinée. La protéine virale ainsi produite est ensuite « exposée » à la surface des cellules infectées pour que le système immunitaire la repère et induise une réponse protectrice.
  • Vaccins ARN : on injecte l’ARN codant pour la protéine S sans utiliser de vecteur viral (on l’encapsule dans des lipides le plus souvent). C’est l’organisme de la personne vaccinée qui produit lui-même la protéine générant une réponse immunitaire.

ChAdOx1/AZD1222 – Université d’Oxford, Royaume-Uni

Développé par Sarah Gilbert, à l’Université d’Oxford, en collaboration avec la compagnie pharmaceutique AstraZeneca, ce vaccin nommé AZD1222 (auparavant appelé ChAdOx1) est un vecteur viral, plus précisément un adénovirus de chimpanzé. Il est inoffensif pour les humains et il est génétiquement modifié pour exprimer la protéine S du coronavirus.

Le vaccin avait montré de bons résultats chez des macaques au mois de mai, induisant une réponse immunitaire humorale (c’est-à-dire des anticorps) et cellulaire (activation des lymphocytes T) efficace pour protéger les animaux.

Les résultats qui viennent d’être publiés dans le Lancet portent sur environ 1 000 personnes au Royaume-Uni. Après deux doses, tous les participants avaient développé des anticorps.

Aucun effet secondaire grave n’a été observé, mais plusieurs participants ont rapporté des douleurs au point d’injection, une fatigue, des douleurs musculaires, ou de la fièvre.

Le vaccin est entré en phase 2/3, et sera évalué auprès de 10 000 personnes au Royaume-Uni, au Brésil et en Afrique du Sud. AstraZeneca est prête à mettre les bouchées doubles: l’entreprise a déjà conclu un partenariat avec le Serum Institute, en Inde, le plus gros fabricant de vaccins au monde.

CanSino – Tianjin, Chine

Ce vaccin utilise aussi un vecteur viral, un adénovirus humain (un virus commun qui cause le rhume), modifié pour produire la protéine S du SARS-CoV-2. Il a été mis au point au Beijing Institute of Biotechnology et par CanSino Biologics, et la Chine a déjà autorisé son utilisation chez des militaires.

Les résultats des premiers tests sur 500 personnes ont été eux aussi publiés dans le Lancet, évaluant 2 doses. Là non plus, aucun effet secondaire grave n’a été noté.

En revanche, comme le vecteur utilisé est un virus circulant naturellement dans la population humaine, plusieurs experts s’inquiètent de l’existence d’anticorps dirigés contre ce vecteur chez les personnes ayant déjà été contracté ce type de rhume.

En neutralisant le vecteur et en l’empêchant de mener à bien sa mission, ces anticorps risquent aussi d’entraver la réponse immunitaire contre la protéine S. D’ailleurs, chez les participants ayant des anticorps contre l’adénovirus, le taux d’anticorps anti-SARS-CoV-2 généré par le vaccin était 2 à 3 fois plus bas que chez les autres. Ce problème ne se pose pas avec le vaccin d’Oxford, puisque le vecteur utilisé est un virus qui ne circule que chez les chimpanzés.

Moderna – Cambridge, États-Unis

C’est le plus rapide dans cette course vaccinale. Entré en essai clinique le premier, dès le mois de mars, ce vaccin ARN est prometteur. Les résultats de la phase 1, menée auprès de 45 personnes (2 injections, 3 doses différentes testées) viennent d’être publiés. La phase 2 est en cours sur 600 participants.

Le vaccin mRNA-1273 a entraîné la production d’anticorps en quantité supérieure à ce qui est observé chez les patients convalescents, rapporte une étude publiée dans le New England Journal of Medicine.

L’entreprise a annoncé qu’elle débuterait la phase 3 avec 30 000 personnes aux États-Unis dès la fin du mois de juillet. Les essais dureront deux ans, mais des résultats préliminaires devraient être connus avant cette échéance.

BioNTech – Mainz, Allemagne

Ici encore, il s’agit d’un vaccin ARN inséré dans une capsule de lipides. Nommé BNT162b1, il est développé par le groupe BioNTech et par Pfizer.

Lors de la phase 1/2, détaillée dans une prépublication, les anticorps neutralisants générés par le vaccin étaient de 1,8 à 2,8 fois plus abondants que chez les patients convalescents. Les résultats sont donc prometteurs même s’ils ne concernent que 5 groupes de 12 patients chacun (différentes doses, une ou deux injections). Les effets secondaires observés (fatigue, douleurs musculaires, fièvre) étaient plus fréquents pour les doses les plus fortes.

Pfizer et BioNTech ont annoncé un accord avec le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis consistant en la livraison de 300 millions de doses du vaccin BNT162 en 2021.

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