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Santé

Désinfecter son masque à la vapeur?

Image: Vera Davidova/Unsplash

Q : «Un ami m’a fait parvenir un document qui dit qu’on peut désinfecter des masques en les laissant 15 secondes au-dessus de l’eau bouillante, puis en les repassant au fer chaud. Ma conjointe travaille en pharmacie et, chaque jour à son retour de travail, elle doit laver ses masques, alors j’aimerais vraiment savoir si cette technique est bonne», demande André Nadeau.

R : C’est assurément LA question que nous avons reçue le plus souvent au cours de la dernière semaine. Avec les nouvelles recommandations de la Santé publique (qui suggère de porter un couvre-visage) et les règles de confinement qui s’assouplissent graduellement, beaucoup de gens se demandent sans doute comment profiter du retour des beaux jours tout en maintenant les risques de contagion au minimum. Il faut aussi dire que plusieurs vidéos circulent abondamment sur les réseaux sociaux ces temps-ci,et suggèrent eux aussi de suspendre les masques au-dessus d’une marmite d’eau bouillante — certains parlent de 5 minutes, d’autres de 15, mais le principe est toujours le même.

Alors est-ce que ça peut marcher ? En principe oui, jusqu’à un certain point, mais ça dépend de la température atteinte, ce qui est difficile à mesurer et à contrôler dans un tissu suspendu au-dessus d’une casserole, et du temps passé au-dessus de la vapeur (15 secondes risquent de ne pas suffire). L’Organisation mondiale de la santé estime que la quantité de coronavirus actif est réduite par un facteur 10 000 au bout de 15 minutes passées à 56°C. Par ailleurs, une étude française en prépublication (donc à considérer avec prudence parce que ses résultats n’ont pas été revus et validés par d’autres scientifiques) a trouvé que 1 heure passée à 56°C réduisait la charge virale par un facteur de 100 000, mais qu’il fallait atteindre 92°C pendant 15 minutes pour anéantir complètement la COVID-19 quand il y en a beaucoup. Alors on peut imaginer qu’en suspendant des masques au-dessus d’une marmite bien chaude pendant assez longtemps, on va tuer une bonne partie des virus.

Cependant, tout cela laisse entière une question fondamentale : «Pourquoi est-ce qu’on se compliquerait la vie en faisant ça ?», se demande Geneviève Marchand, chercheuse en microbiologie à l’Institut de recherche en santé et sécurité au travail, qui a justement mené des expériences sur la désinfection des masques récemment.

L’idée d’utiliser la vapeur vient du fait que les «vrais» masques médicaux à usage unique, comme les désormais célèbres N95, sont faits de fibres particulières et assemblées de manière à produire une électricité statique qui améliore l’effet filtrant du masque. Cela retient très efficacement les virus, mais, d’un autre côté, cela donne un matériau qui est fragile et qui ne résiste pas bien au lavage ou aux processus habituels de désinfection.

Or justement, les masques ou les «couvre-visage» que l’on fait avec des tissus d’usage courant (coton, polyester, etc.), n’ont pas le pouvoir filtrant des masques médicaux, mais ils n’en ont pas non plus la fragilité. Alors il ne sert à rien de les suspendre au-dessus de l’eau chaude : «Il est beaucoup plus simple de juste les mettre à la laveuse, à l’eau tiède ou chaude, et de les faire sécher dans la sécheuse, pourvu qu’il n’y a pas de contre-indication pour le tissu, dit Mme Marchand. Ce qui a été démontré à l’heure actuelle, c’est que ça fonctionne bien.»

Et ceux qui possèdent de véritables masques médicaux et qui voudraient les réutiliser ? Peuvent-ils les désinfecter de cette manière ? «Ces masques-là ne sont pas réutilisables et doivent aller à la poubelle une fois enlevés, tranche Mme Marchand. Les gens qui sont présentement en train de regarder la possibilité de réutiliser les N95 sont des spécialistes de la décontamination qui ont les moyens de suivre tout le processus pour s’assurer non seulement que la désinfection a été efficace, mais aussi que le matériau va conserver ses propriétés. Et ce n’est vraiment pas facile à faire. À notre labo, on a regardé les résultats de plusieurs de ces processus-là (…) et le matériau ne garde pas toujours son efficacité. Dans les autoclaves [ndlr : sorte de boîtier étanche où l’on injecte de la vapeur], les masques perdent leurs propriétés. (…)

«Mais il faut aussi savoir, poursuit Mme Marchand, qu’il y a des dizaines de modèles différents de N95, qui ne sont pas tous faits dans les mêmes médias filtrants. Alors même si on trouve une méthode qui marche bien sur un modèle, on ne peut pas l’appliquer à l’ensemble de ces masques. C’est vraiment du cas par cas.»

Bref, à moins d’avoir une connaissance technique très fine des masques médicaux et d’être absurdement bien équipé à la maison, mieux vaut ne pas désinfecter ses N95 au-dessus d’une casserole — ni de quelque autre manière que ce soit…

Depuis le début du confinement, notre escouade réunissant des journalistes scientifiques de la Coopérative nationale de l’information indépendante, de Québec Science et du Centre Déclic a répondu à plus de 100 questions au sujet de la COVID-19. Vous êtes très nombreux à nous avoir fait confiance pour vous aider à y voir plus clair dans le déluge d’informations et d’études publiées depuis le début de la crise, et nous vous en remercions.

D’où vient le virus ? Comment attaque-t-il ? Comment faire son épicerie ? Quels symptômes surveiller ? Comment interpréter les statistiques ? Les tests sont-ils fiables ? Que de bonnes questions ! Vous trouverez ici la liste complète de nos réponses.

Bien qu’il reste encore de grandes questions en suspens — A-t-on bien fait de confiner tout le monde ? L’approche suédoise était-elle la meilleure ? — et beaucoup d’études à mener pour y répondre, ces derniers temps, nous avons vu votre intérêt baisser. Nous recevons moins de questions, souvent sur des thèmes que nous avons déjà abordés, ou des questions très pointues concernant très peu de gens. Une certaine fatigue s’est aussi installée de notre côté, après cet exercice exigeant. On a tous besoin de se changer les idées et d’aller jouer dehors !

Nous mettons donc fin, pour l’instant, à notre rubrique « Vos questions sur la COVID-19 ». Mais nos trois organisations vont continuer, chacune à leur manière, de vous informer à ce sujet, et de travailler ensemble pour vous servir au mieux. Vous avez des suggestions à nous faire? Écrivez-nous!

Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec et du Facebook Journalism Project.

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