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Santé

Les effets de la pandémie chez la femme enceinte

10-06-2020

Photo: Daniel Reche/Pixabay

Le stress vécu par les femmes enceintes en lien avec la pandémie risque de laisser des marques chez les bébés à naître. Mais pas de panique: il existe des façons d’en contrer les effets.

Suzanne King, professeur de psychiatrie à l’Université McGill et chercheuse à l’Institut Douglas, connaît bien les conséquences des événements stressants chez les femmes enceintes. Elle s’est penchée sur leurs effets pendant la crise du verglas en 1998. Cette étude nommée Projet Verglas, unique en son genre, s’est étalée sur une vingtaine d’années. La chercheuse a constaté que l’on pouvait observer des impacts sur ces enfants jusqu’à 19 ans plus tard. Elle a également étudié des cohortes de futures mères qui ont vécu les inondations en Australie en 2011 ou le feu de forêt à Fort McMurray, en Alberta, en 2016, pour cerner les conséquences sur le développement de l’enfant: risques d’obésité accrus, plus faible quotient intellectuel pour certains, développement moteur retardé pour d’autres, etc.

«C’est pendant la crise du verglas que j’ai observé des changements plus prononcés au niveau du fœtus, signale Mme King. Si l’on a constaté des impacts importants pendant la crise du verglas, on en trouvera aussi pendant la pandémie. Lors de la crise du verglas, j’examinais la durée des pannes d’électricité et la plus longue a été de 45 jours. Mais là, ce qu’on vit en ce moment, ça dure depuis 3 mois.»

Lorsqu’un tel événement survient pendant la grossesse, y a-t-il des périodes plus critiques que d’autres pour le développement du fœtus? Selon Suzanne King, il n’y a pas de «bon» moment. Son équipe a remarqué notamment plus de troubles autistiques quand cela se produit pendant le premier trimestre. «À travers différentes études, on a vu que lorsqu’un désastre arrive au milieu de la grossesse, la femme peut avoir une grossesse moins longue et un bébé plus petit. Au troisième trimestre, c’est le développement moteur qui est affecté.»

Suzanne King indique toutefois que même si la pandémie pourrait avoir un impact sur le développement de l’enfant, beaucoup d’autres choses pèsent dans la balance, dont la loterie génétique tirée des parents et l’alimentation de la mère. Ainsi, «une fois que ce bébé sera né et qu’il sera devenu un adolescent et ensuite un jeune adulte, il sera difficile de distinguer cette personne façonnée par la crise des autres».

Question de perception

Il y a par ailleurs des façons de se protéger du stress. Ainsi, au-delà de la durée de l’événement, d’autres éléments peuvent influencer le stress vécu chez la mère comme le degré de perturbation (à quel point la vie a-t-elle changé à cause du désastre? Ma santé ou celle de mes proches est-elle menacée?), ainsi que la façon de percevoir le désastre. Les futures mères qui sont en mesure d’aborder la situation d’un point de vue plus positif que négatif (par exemple, c’est le moment de ralentir le rythme et se reposer au maximum) s’en tirent beaucoup mieux.

«Lors de la crise du verglas, nous avons observé que les pensées positives des femmes aidaient dans le développement physiologique du fœtus. C’était l’occasion pour elles d’être chez des amis ou la famille, de partager des histoires et de jouer à des jeux. Cela améliorait la santé mentale de la mère et du même coup, le développement du fœtus».

Mais la chercheuse le concède, dans la situation actuelle, il est plus difficile de restreindre les agents stressants. «On peut essayer de garder des pensées positives, de limiter les changements dans le quotidien et d’écouter moins de nouvelles. On a observé qu’il y a moins d’effets sur le bébé lorsque la mère a un bon soutien social», indique Suzanne King.

La pratique du peau à peau, appliquée dès les débuts de la naissance, a aussi des effets bénéfiques pour le développement physiologique du bébé, le tout combiné avec un environnement stimulant.

Voir d’autres conseils dans la vidéo ci-dessous:

Illustration: Cornelia Li

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Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

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