Publicité
Santé

Les seins s’auto-détruisent après l’allaitement

04-10-2016

Toutes les femmes qui ont été enceintes l’ont constaté: durant la grossesse et après, si elles allaitent, le volume de leurs seins augmente de façon notable.

À la fin de l’allaitement, en revanche, la poitrine retrouve sa taille initiale. Où « part » le surplus de tissu mammaire? Que devient-il? C’est ce qu’ont élucidé des chercheurs britanniques, en mettant en évidence le rôle d’un gène appelé Rac1 dans le cycle de développement de la glande mammaire. Ce gène est utile à la fois pour la lactation et pour le retour à la normale, expliquent-ils dans un article publié en septembre 2016 dans Developmental Cell.

Pendant la grossesse, des cellules épithéliales spécialisées se multiplient dans le sein pour former des alvéoles, à l’intérieur desquelles sera produit le lait. Lorsque la production de lait n’est plus nécessaire, ces mêmes cellules activent le gène Rac1, un peu comme si elles allumaient un interrupteur. La protéine qui est alors produite, Rac1, transforme les cellules en des sortes de « Pacman »: elles avalent leurs voisines déjà mourantes et les détruisent, pour nettoyer la zone en quelques jours seulement…

Durant cette phase appelée « involution », il faut savoir que la glande mammaire doit se débarrasser d’environ 90% de ses tissus (en poids). Il s’agit donc d’un nettoyage massif de « cadavres cellulaires » qui, s’ils n’étaient pas éliminés efficacement, pourraient provoquer une inflammation persistante. Les cellules mammaires piratent en quelque sorte les cellules immunitaires, dont c’est normalement le rôle d’éliminer les cellules mortes. Mais en raison de l’ampleur du travail à accomplir, elles préfèrent mettre elles-mêmes la main à la pâte!

C’est en « éteignant » ce gène chez des souris que les chercheurs sont arrivés à ces conclusions. “Sans Rac1, les cellules mortes et le lait restant envahissent les canaux mammaires, ce qui provoque leur gonflement et une inflammation chronique. Ces canaux bouchés n’arrivent pas à se régénérer, et ne peuvent plus produire de lait lors d’une grossesse subséquente », a expliqué dans un communiqué l’auteur principal, Dr Akhtar de l’université de Sheffield.

Il précise d’ailleurs que, selon les estimations, nous perdons l’équivalent de notre poids corporel en cellules mortes chaque année. “Cependant, nous en savons très peu sur la façon dont le corps s’en débarrasse. Si les cellules immunitaires (phagocytes) étaient les seules à se charger de ce travail, nos organismes seraient constamment en état d’inflammation (NDLR, ces molécules déclenchent des cascades moléculaires inflammatoires lorsqu’elles s’activent). Il est donc probable que ce type « d’engloutissement » épithélial existe dans de nombreux autres organes, car ces cellules sont les briques de construction de notre organisme ».

Photo: Anton Nossik

Publicité

À lire aussi

Santé

Des virus à l’abri dans les testicules

Les virus tels que VIH, Ebola et Zika profitent d’une faille dans le système immunitaire: ils s’abritent dans les testicules.
Annie Labrecque 05-12-2018
Santé

Voyage au crépuscule de la mort

Alors que l’on croyait les défunts dénués de toute forme de vie, voilà que de curieux mécanismes biologiques se mettent en branle plusieurs heures après l’ultime souffle. La mort serait-elle vraiment le dernier acte ?
Laurie Noreau 29-03-2018
Santé

Dossier spécial: La mort sous le microscope

Phénomène redouté, la mort reste mal comprise par la science. Est-elle vraiment la fin de toute activité biologique?
Québec Science 29-03-2018