Publicité
Santé

Réinfections à la COVID-19 : ce qu’elles révèlent sur l’immunité et sur la recherche d’un vaccin

15-10-2020

Pixabay

Plusieurs cas de réinfection à la COVID-19 ont fait les manchettes. Impossible pour l’instant d’en tirer des conclusions générales, avertissent les chercheurs.

Il est désormais scientifiquement prouvé qu’il est possible d’attraper la COVID-19 deux fois, à quelques semaines d’intervalle. Et il est même possible d’être davantage malade la deuxième fois. C’est ce qu’a démontré malgré lui un homme de 25 ans, dans le Nevada, qui a dû être hospitalisé pour détresse respiratoire associée à la COVID-19, seulement 48 jours après avoir contracté le virus une première fois (et avoir ressenti des symptômes grippaux moins graves).

Le cas, décrit dans The Lancet Infectious Diseases, vient s’ajouter à quatre autres cas de réinfection décrits à Hong Kong, en Belgique, en Équateur et aux Pays-Bas. Au total, une vingtaine de réinfections ont été suspectées dans le monde jusqu’ici, mais il est difficile de montrer qu’il s’agit bien de secondes infections et pas du même virus qui se réactive après quelques semaines de calme.

Comment savoir qu’il s’agit d’une réinfection?

En fait, il faut pouvoir prouver par analyses génétiques que la seconde infection est causée par une souche virale légèrement différente de la première pour s’assurer qu’il ne s’agit pas du même agent pathogène, expliquent les auteurs de la publication du Lancet. Or, rares sont les patients dont le virus a été entièrement séquencé la première fois.

Faut-il s’inquiéter de ces réinfections?

Pour l’instant, elles restent anecdotiques, et quand on considère les 38 millions de cas rapportés dans le monde, ces situations sont rarissimes. Plusieurs experts se sont d’ailleurs alarmés, sur Twitter, de l’importance accordée par les médias à ces cas isolés.

Une chose est sûre : les chercheurs vont se pencher sur ces cas pour essayer de comprendre si une fragilité immunitaire ou génétique est en cause. Autre hypothèse possible : ces réinfections pourraient être le fait de mutations importantes entre les différentes souches virales. Ainsi, les anticorps générés la première fois ne reconnaîtraient pas la seconde souche virale, trop différente de la première.

Or, bien que les mutations soient inévitables, elles ne signifient pas forcément que le virus devient méconnaissable. En réalité, les mutations observées entre les différentes souches virales impliquées dans ces réinfections n’affectent pas la protéine S, celle contre laquelle les anticorps neutralisants sont dirigés, selon cette analyse de Derek Lowe, blogueur de Science Translational Medicine. Il serait donc surprenant que la seconde souche passe sous le radar du système immunitaire en raison des mutations.

Une immunité à géométrie variable

Il n’empêche, l’existence de ces réinfections « soulève la question de la durée de l’immunité induite par l’infection naturelle à SARS-CoV-2. « Cette situation n’est pas unique : nous sommes tous exposés aux virus du rhume, dont font partie certains coronavirus. Bien que ces infections soient très répandues, il semble que toute immunité induite contre ces coronavirus soit de courte durée, puisque nous sommes régulièrement réinfectés. Cela remet en question la logique et l’éthique de certains pays qui tentent d’induire une « immunité collective » en permettant au SARS-CoV-2 de se propager sans entrave à l’ensemble de la population », avertit Erling Rud, spécialiste en virologie et professeur au département des sciences de la santé à l’Université Carleton. (Pour poursuivre la réflexion sur la pertinence du confinement, lisez notre article sur le sujet).

En fait, depuis le début de la pandémie, des chercheurs du monde entier suivent avec attention les marqueurs de la réponse immunitaire chez les personnes ayant contracté le virus. Ils dosent notamment les anticorps et évaluent leur persistance dans le temps.

Les résultats varient d’une étude à l’autre, mais il apparaît que le taux d’anticorps baisse au fil des semaines, ce qui est tout à fait normal. Selon les travaux, ceux-ci persistent au moins de 2 à 7 mois. Une étude menée à l’Université de Toronto et publiée récemment dans Science Immunology montre une persistance d’au moins 3 mois dans le sang et la salive. « Notre étude montre que les anticorps de type IgG dirigés contre la protéine S du virus sont relativement durables », a commenté Jennifer Gommerman, professeure d’immunologie à l’Université de Toronto et auteure de l’étude, dans un communiqué.

Il faut savoir que les anticorps ne sont pas les seuls éléments responsables de la mémoire immunitaire : d’autres cellules, comme les lymphocytes T, peuvent prendre le relais à moyen terme. La baisse du taux d’anticorps ne signifie donc pas l’absence de protection. « Les lymphocytes B, qui sont les cellules qui fabriquent les anticorps, ainsi que les lymphocytes T font partie de ce qu’on appelle l’immunité adaptative. Elles ont pour caractéristiques d’engendrer une réponse mémoire qui confère une immunité à long terme », explique Mathew Divij, chercheur en immunologie à l’Université de Pennsylvanie.

Impossible de généraliser

En matière d’immunologie, il est donc impossible de dresser des constats qui s’appliquent à tous. D’ailleurs, la COVID-19 suscite des réactions immunitaires extrêmement différentes d’une personne à l’autre : en résulte tout un spectre de gravité, allant des cas asymptomatiques aux cas mortels.

Cette hétérogénéité laisse les chercheurs perplexes. Dans une étude publiée dans Science, Mathew Dijiv et ses collègues de l’Université de Pennsylvanie ont analysé la réponse immunitaire de 125 patients hospitalisés et l’ont comparée à celle de patients peu symptomatiques et de témoins. Ils ont montré l’existence de trois types de réponses immunitaires bien distincts, activant des cellules immunitaires de différente nature, et corrélées à la gravité des symptômes.

« Nous pensons qu’il y a aussi une hétérogénéité dans la force et la durabilité de la réponse à plus long terme, souligne Mathew Divij. La qualité de la réponse générée pendant la phase aiguë de l’infection est une composante majeure de la réponse à long terme. Nous étudions actuellement ces questions afin de voir si certains profils immunitaires sont associés à une réponse plus durable après l’infection. ».

Plusieurs études de ce type sont en cours, dont une à l’Université d’Ottawa qui vise à recruter 500 personnes ayant eu la maladie et 500 personnes à risque de la contracter (professionnels de la santé, enseignants, etc), et à suivre leur réponse immunitaire dès la survenue de l’infection.

Bref, il faudra encore de la patience pour savoir si les personnes ayant contracté l’infection sont protégées ou non.

Est-ce que cela signifie que le vaccin sera inefficace?

Aucunement. L’immunité induite par la vaccination et celle induite par l’infection naturelle ne sont pas forcément similaires.

« En général, avec n’importe quel vaccin, on recherche l’induction d’anticorps neutralisants. Cependant, la maturation de la réponse immunitaire et le développement d’anticorps à forte capacité de liaison (NDLR, des anticorps qui se lient solidement à leur cible) et d’anticorps neutralisants se développent au bout d’un certain temps.  De nombreux facteurs semblent affecter cette maturation, comme la dose de vaccin et l’âge des patients, explique Erling Rud.  Avec la COVID-19, les études précliniques de plusieurs candidats-vaccins ont montré qu’une protection peut être induite contre une seconde infection chez les singes. Il faudra attendre les résultats des nombreux essais cliniques de phase 3 en cours pour savoir combien de temps cette protection durera et quelles sont les réponses immunitaires spécifiques protectrices chez l’humain. La Food and Drug Administration a fixé comme objectif minimum une efficacité de 50 % pour permettre l’homologation du vaccin.  Nous attendons avec impatience les premiers résultats pour voir à quel point ces vaccins seront efficaces ! »

 

Publicité

À lire aussi

Santé

Quelles séquelles pour les patients guéris de la COVID-19?

Il faudra réaliser des études pour déterminer si le virus aura eu des impacts à long temp sur le corps humain, et bien au-delà du système pulmonaire.
Annie Labrecque 24-04-2020
Santé

Quels symptômes pour la COVID-19?

Au fur et à mesure que la pandémie se répand, des médecins et des chercheurs rapportent une grande variété de symptômes chez des personnes ayant contracté la COVID-19.
EN PARTENARIAT AVEC LE CENTRE DE RECHERCHES POUR LE DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL
Santé

RDC: l’épidémie d’Ebola est hors de contrôle

Entre les violences des groupes armés et la méfiance de la population, l'épidémie d'Ébola qui sévit depuis des mois en République démocratique du Congo semble hors de contrôle. Comment regagner la confiance des populations touchées?
Marine Corniou 30-05-2019