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Santé

Retour sur le développement de trois vaccins marquants dans l’histoire

16-10-2020

Peinture représentant Edward Jenner en train de vacciner un jeune garçon. Wikimedia Commons/Ernest Board

Les vaccins ont grandement amélioré l’espérance de vie en nous protégeant contre de redoutables microbes. En attendant l’arrivée du vaccin contre la COVID-19, replongeons un instant dans les développements des vaccins ayant marqué l’histoire.

La variole est une maladie infectieuse du passé: l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’a déclarée éradiquée en 1980. Mais il ne faut pas oublier qu’elle a fait des ravages pendant des millénaires, en particulier chez les enfants.

Très contagieuse, elle causait notamment une fièvre et l’apparition de pustules et tuait environ 30% des malades. Ceux qui survivaient étaient souvent défigurés par d’importantes cicatrices.

Au 17e siècle, en Asie et en Afrique, on retrouve une pratique ressemblant à l’ancêtre de la vaccination: la variolisation. On se servait du «pus» des lésions d’une personne faiblement malade pour infecter une personne en santé. «L’idée était qu’on pouvait ainsi développer une immunité en étant soumis à la maladie de façon limitée», souligne Laurence Monnais, professeure titulaire en d’histoire à l’Université de Montréal. La procédure n’était pas sans danger: on estime qu’environ 1 à 2% des personnes se prêtant à cet exercice en mouraient.

Cette pratique de variolisation s’est étendue en Europe et en Amériques. Elle a eu un effet significatif sur le déclin de la mortalité associée à la variole. Signe que ce procédé freinait la maladie, «la variolation de villages entiers a entraîné une diminution de la mortalité due à la variole», remarque Peter Razzell, chercheur en démographie historique de l’université d’Essex, qui le soulignait dans son livre The Conquest of Smallpox publié en 1977.

La vaccine pour combattre la variole

En 1757, en Angleterre, des milliers de jeunes sont traités ainsi de façon à prévenir la maladie. Parmi eux, un jeune garçon de 8 ans du nom d’Edward Jenner, qui deviendra médecin des années plus tard.

À la fin du 18e siècle, le docteur Jenner entend parler de fermières qui semblaient immunisées contre la variole. Celles-ci avaient contracté la variole de la vache (appelée vaccine), une maladie similaire à la variole humaine, mais qui est beaucoup moins grave.

Pour vérifier l’hypothèse que les malades de la vaccine étaient ensuite protégées contre la variole, Edward Jenner a inoculé le contenu des lésions d’une femme laitière atteinte de la vaccine à un enfant. Après quelques jours à présenter de légers symptômes, le garçon se portait bien. Le Dr Jenner a ensuite procédé à la technique de variolisation classique, donc avec des lésions d’un malade de la variole. Résultat? L’enfant n’a développé aucun symptôme. Le médecin appelle cette nouvelle technique: la vaccination. «À cette époque, on ne connaît pas la bactériologie et on ne sait pas comment fonctionne l’immunologie», ajoute Laurence Monnais, pour bien mettre l’accent sur cette découverte historique.

Il aura fallu un long moment avant que la technique ne se démocratise. Comme le soulignait un article de Québec Science sur les grandes épidémies, la variole a marqué l’année 1885 au Canada. Le virus est arrivé à Montréal par train: son hôte était un passager en provenance de Chicago.

Celui-ci se rend à l’hôpital pour être soigné. C’est le début d’une flambée mortelle qui a fait plus de 5 864 morts et 13 000 défigurés, surtout des Canadiens français. Même si le vaccin contre la variole est disponible, beaucoup de gens le remettent en question et ne voudront pas se faire vacciner. Ce mouvement ira jusqu’à des émeutes dans les rues de la ville.

La polio du siècle dernier

Un garçon suédois qui se fait vacciner contre la polio en 1957. Image: Ingemar Berling/Pressens Bild

La maladie de poliomyélite, souvent appelée polio, existe depuis longtemps: on a trouvé des hiéroglyphes datant de 2 000 ans av. J.-C. qui montrent des personnes ayant les jambes et les bras atrophiés. Le virus de la polio s’attaque au système nerveux et aux neurones moteurs, provoquant jusqu’à la paralysie. Les muscles impliqués dans la respiration sont particulièrement touchés.

Pour éviter la mort des patients incapables de se servir de leurs muscles pour respirer, des professeurs de l’Université Harvard ont même inventé des poumons d’acier, en 1927. L’appareil consistait en une sorte de tunnel métallique dans lequel le patient prenait place; seule sa tête demeurait à l’extérieur. Des pompes mécaniques faisaient varier la pression à l’intérieur du caisson pour aider à la respiration.

C’est vers la fin des années 1920 que des épidémies de poliomyélite atteignent le Canada. Le Québec connaît une flambée en 1931 et 1932. Le virus se propage par les contacts avec une personne infectée ou par des aliments contaminés. Comme pour la variole, la maladie attaque plus durement les jeunes enfants. On estime qu’entre 1949 et 1954, plus de 10 000 Canadiens sont devenus paralysés en raison de cette maladie.

Des scientifiques américains et canadiens s’affairent à mieux comprendre le virus pour créer un vaccin. Le Connaught Medical Research Laboratories, en Ontario, réussit à cultiver le virus en laboratoire. Cet exploit permettra ensuite à l’équipe du virologue américain Jonas Salk de fabriquer un vaccin. Le 12 avril 1955, on annonce en grande pompe que le vaccin, dont l’efficacité varie entre 60 à 90%, fonctionne et sera mis en marché dans les deux pays. Le laboratoire ontarien collaborera à nouveau avec des chercheurs américains en 1962 pour produire un vaccin oral contre la polio.

De nos jours, la poliomyélite existe encore, mais à moins grande échelle. Elle subsiste dans les pays en développement. D’après les données provenant de l’OMS, il y a eu 12 éclosions de polio en 2019 dans des pays comme le Mozambique, l’Indonésie, l’Iran, le Myanmar et le Soudan.

La tuberculose meurtrière

Contrairement aux deux autres maladies citées plus haut, qui sont provoquées par des virus, la tuberculose est causée par une bactérie. Autre différence: elle est encore un grave problème dans notre ère moderne. Selon l’OMS, 1,5 million de personnes en sont mortes en 2018.

Cette maladie qui affecte les poumons existe elle aussi depuis des millénaires. Elle aurait d’abord atteint seulement les animaux avant d’évoluer vers une espèce transmissible à l’humain.

Une publicité pour inciter les gens à aller se faire vacciner contre la tuberculose. Image: Wikimedia Commons.

Au début du 20e siècle, deux scientifiques français tentent d’élaborer un vaccin contre la tuberculose. Il s’agit du médecin Albert Calmette et du vétérinaire Camille Guérin. Ces chercheurs effectuent leurs travaux sur une souche bactérienne de la tuberculose trouvée chez les bovins. Ils cultivent la bactérie dans de la bile de bœuf et des pommes de terre. Cependant, pour maintenir la population bactérienne vivante, ils doivent, après une vingtaine de jours, transférer ces bactéries dans un nouveau milieu.

Les chercheurs se sont révélés être très patients: ils ont répété cette manœuvre pendant 13 ans. Mais ce fut payant: les bactéries ont perdu leur virulence. Les chercheurs ont effectué des tests sur des animaux pour confirmer que leurs bactéries, devenues inoffensives, stimulaient bien le système immunitaire des bovins sans les rendre malades. C’est ainsi qu’est né le vaccin BCG (ou vaccin bilié de Calmette et Guérin), en 1912.

Le médecin québécois Armand Frappier a travaillé avec ces deux chercheurs français lors de ses études dans les années 1930. Il revient au Québec avec, dans ses valises, des bactéries atténuées pour produire un vaccin ici même, dans un laboratoire de l’Université de Montréal. Ses travaux ont contribué à démontrer l’efficacité de ce vaccin contre la tuberculose, une maladie lui ayant fait perdre sa mère et d’autres membres de sa famille. Alors que la microbiologie est un domaine en pleine effervescence dans la province, Armand Frappier fondera ensuite l’Institut de microbiologie et d’hygiène de Montréal en 1938. On le renommera ensuite l’Institut Armand-Frappier en 1975 en son honneur.

Au cours du dernier siècle, d’autres vaccins importants ont été mis au point. On peut notamment penser à ceux contre la grippe et la rougeole. En ce moment même, des milliers de scientifiques s’affairent à concevoir des vaccins contre la COVID-19. Sans aucun doute, ceux-ci passeront aussi à l’histoire.

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