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Santé

Le « syndrome post-COVID » : quelles sont les séquelles de la maladie?

13-07-2020

Photo: Shane – Unsplash

Chez certains patients, les symptômes aigus de la COVID-19 font place à un malaise persistant, où épuisement et douleurs font partie du quotidien. Que sait-on de ces symptômes à long terme?

À quel moment est-on guéri de la COVID-19? Pour beaucoup, la maladie prend fin après deux à trois semaines de symptômes. Pour d’autres, le calvaire se termine à la sortie des soins intensifs, où ils ont dû entrer d’urgence. Mais on observe aussi de plus en plus de cas de personnes qui n’ont toujours pas recouvré leur santé initiale, même des mois après avoir attrapé la maladie.

Au menu : épuisement à l’effort, fatigue persistante, douleurs musculaires, tachycardie et même incapacité de se concentrer, des symptômes qui ne sont pas forcément corrélés à la gravité de la phase aiguë.

Certes, il est normal de ressentir un épuisement après une lourde hospitalisation, ou suite aux symptômes de la phase aiguë de la maladie. D’autres virus sont aussi connus pour entraîner un épuisement transitoire.

Mais la persistance de ces symptômes pendant des semaines, voire leur apparition différée, demeure inexpliquée.

Le tout pourrait paraître anecdotique mais, en cette ère des réseaux sociaux, les personnes touchées ont commencé à se retrouver grâce à différents mots-clic (comme #aprèsJ20) ou groupes Facebook. Face à ces preuves indirectes, le terme « syndrome post-COVID » commence à émerger. Le 22 juin dernier, l’OMS mentionnait même le  phénomène lors d’une conférence de presse.

En Europe, des suivis par certains épidémiologistes ou différentes applications cellulaires ont montré qu’entre 5 et 10% des patients touchés par le virus SARS-CoV-2 ressentent ces symptômes « long terme ».

Dans une lettre publiée par la revue JAMA, des chercheurs italiens ont suivi une centaine de patients, parmi lesquels plusieurs continuaient de ressentir de la fatigue (53%) ainsi que des douleurs articulaires (27,3%) ou thoraciques (21,7%), le tout plus de 60 jours après les premiers symptômes de la maladie.

Le phénomène a aussi été remarqué en Amérique du Nord. « J’ai vu certains de nos travailleurs souffrir d’un épuisement persistant dont ils ne semblent pas récupérer, même au bout de trois à quatre semaines », explique la pédiatre et épidémiologiste au CHU Ste-Justine Caroline Quach.

« Ce qui est particulier, c’est qu’on ne voit pas ça chez tout le monde, poursuit-elle. Certains travailleurs qui ont été gravement malades ne présentent pas cet épuisement alors que d’autres qui ont eu peu de symptômes ne s’en sont toujours pas remis ».

Même l’épidémiologiste responsable de la réponse américaine à la COVID-19, Anthony Fauci, a reconnu le problème, affirmant que les symptômes s’apparentaient à ceux de deux autres maladies méconnues : la fibromyalgie, et l’encéphalomyélite myalgique (EM), aussi connue sous le nom de syndrome de la fatigue chronique.

Un virus à la source de la fatigue chronique

Bien peu de choses sont connues sur ces deux maladies. Leur origine, longtemps considérée comme psychologique, reste incertaine malgré des décennies de recherche, et même si des centaines de milliers de Canadiens disent en être affectés.

Pour les chercheurs travaillant sur ces maladies, les observations récentes chez les survivants de la COVID-19 n’ont rien de surprenant. « Beaucoup des symptômes ressentis par les patients atteints d’EM sont les mêmes que ceux qu’on voit apparaître chez certaines personnes touchées par la COVID-19 », explique Alain Moreau, directeur du Réseau canadien de recherche concertée interdisciplinaire sur l’encéphalomyélite myalgique.

« Une bonne partie des personnes touchées vont s’en remettre dans les 3 à 6 premiers mois, mais lorsqu’on dépasse ces durées, il est possible que ces personnes soient en train de transiter vers cette maladie. On sait que pour plusieurs patients, l’EM apparaît suite à une infection virale, mais personne ne sait encore comment un virus peut déclencher la maladie », dit-il.

Ce qui intrigue le chercheur, c’est que ce n’est pas la première fois qu’un coronavirus serait responsable de tels symptômes. Le phénomène a déjà été remarqué en 2003 lors de l’épidémie de SRAS. La ville de Toronto avait alors été sévèrement touchée par le virus, et bien que l’épidémie ait été contenue, certains travailleurs de la santé ne s’en sont jamais vraiment remis.

« Je m’attendais à voir ces symptômes apparaître avec la pandémie actuelle », confie Harvey Moldofsky, professeur émérite à l’université de Toronto qui, en 2011, a publié une étude relatant le cas de 22 infirmières souffrant d’épuisement plus de 20 mois après avoir contracté le SRAS.

« Ces personnes, surtout des femmes, étaient incapables de retrouver leur énergie, leur sommeil n’était aucunement réparateur et au final, plusieurs ont dû arrêter de travailler. Nous ne pouvions pas expliquer ce mal, mais une de nos hypothèses était qu’il était directement causé par le virus. D’autres études avaient montré à l’époque que des fragments viraux pouvaient être retrouvés dans le système nerveux central. Nous n’avons toutefois pas réussi à identifier un mécanisme expliquant cet effet et n’avons pas obtenu de subventions pour continuer nos travaux. Ce qui était certain c’est que ce virus avait des effets qui dépassaient largement les poumons, et qu’il fallait une approche multidisciplinaire pour la comprendre ».

Dix-sept ans plus tard, le « nouveau » coronavirus semble entraîner les mêmes effets, mais contrairement au SRAS, le nombre de personnes touchées par cet épuisement post-viral pourrait être beaucoup plus grand.

« Bien que l’on souhaite que le moins de personnes possible soient touchées par ces symptômes, il s’agit là d’une occasion pour enfin comprendre comment peut être déclenchée l’encéphalomyélite myalgique », explique Alain Moreau.

Le chercheur élabore présentement une étude qui permettra de suivre des patients atteints de la COVID-19 et comparer quels éléments physiologiques, génétiques, ou immunitaires distinguent les personnes qui montrent un épuisement de celles qui n’en montrent pas.

« Cela nous permettrait de valider si certains biomarqueurs sur lesquels on travaille depuis 3 ans sont bel et bien des indicateurs d’EM, mais aussi de voir quel mécanisme déclenche cette maladie, si certaines interactions épigénétiques sont en causes, et même comprendre s’il est possible d’inverser le phénomène. »

Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

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