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Sciences

Découverte inattendue de deux lacs salés sous la glace de l’Arctique canadien

20-04-2018

Anja Rutishauser, étudiante au doctorat à l’université d’Alberta et première auteure de l’étude, souhaitait initialement explorer les roches situées sous la calotte glaciaire de l'archipel Arctique canadien. Pour « voir » au travers de la glace, son équipe a utilisé des mesures de radars de la NASA et de l’Institut de géophysique de l’université du Texas.

Et là, surprise! Les chercheurs se sont aperçus qu’à certains endroits, le signal du radar était réfléchi, signe que de l’eau se trouvait sous la glace. Ils ont ainsi découverts deux lacs, de 5 et 8 km carrés respectivement, situés sous une couche de glace de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur. Leurs travaux sont publiés dans Science Advances.

Ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lacs sous-glaciaires. En fait, les premiers ont été repérés en Antarctique il y a près de 50 ans. On en connait aujourd’hui 400 sur ce continent, du plus petit (moins d’un kilomètre carré) au plus grand, le lac Vostok qui mesure environ 250 km de long (ci-contre, vue satellite du lac Vostok par imagerie radar, NASA). Des lacs sous-glaciaires ont aussi été observés au Groenland en 2012.

Mais c’est la première fois que de telles étendues d’eau salée sont découvertes dans l’Arctique canadien, où la température sous la glace n’excède pas les -10,5 °C. Comment l'eau peut-elle rester liquide à de telles températures? Les premiers résultats indiquent que ces lacs seraient 4 à 5 fois plus salés que la mer, ce qui abaisse la température de congélation et permet à l'eau de rester liquide. Cette hypersalinité, qui s’explique par la composition en évaporites du sol, qui sont des dépôts riches en sel, se retrouve aussi dans de nombreux lacs sous-glaciaires en Antarctique.

Isolés de toute source d’eau, ces lacs canadiens ne communiquent pas avec l’océan et pourraient donc abriter des écosystèmes uniques. Car malgré les conditions extrêmes de froid et de noirceur, on sait que des microorganismes se développent dans plusieurs lacs en Antarctique, comme dans le lac Vostok, sous 4 km de glace. La prochaine mission des scientifiques albertains consistera donc à déterminer si les lacs canadiens abritent eux aussi la vie. De par leurs conditions extrêmes, ces plans d’eau sous-glaciaires sont des analogues potentiels de la vie microbienne extraterrestre. De l’eau liquide sous de la glace a par exemple été observée sur Europe, un des satellites de Jupiter.

Crédit: Anja Rutishauser

 

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