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Sciences

La beauté des fruits pourris

14-11-2019

Musées de botanique et d’histoire naturelle de l’Université Harvard. Photos de Jennifer Berglund © 2019 President and Fellows of Harvard College.

Une collection de fruits en décomposition fabriqués entièrement en verre refait surface au Musée d’histoire naturelle de Harvard.

Couverts de tavelures et de moisissures, les fruits pourris conservés derrière des vitres de plexiglas, au Musée d’histoire naturelle de l’Université Harvard, suscitent non pas le dégoût mais la fascination. « Les visiteurs les regardent et se disent : “Ah oui, j’ai vu ça sur mon prunier à la maison !” Et les modèles sont si réalistes que les gens pensent que ce sont des vrais », raconte Donald Pfister, conservateur au Farlow Library and Herbarium of Cryptogamic Botany à Harvard et spécialiste des champignons.

En effet, ce sont des répliques de fruits en décomposition qui ont été commandées il y a près de 100 ans par George Goodale, premier directeur du musée de botanique de l’université américaine. Il voulait les utiliser comme outils d’apprentissage à l’intention des étudiants, mais aussi pour informer le public des maladies qui peuvent frapper les plantations d’arbres fruitiers. Gardés sous clé depuis plus de 20 ans, ces fruits à nul autre pareils revoient la lumière du jour le temps d’une exposition temporaire. On peut y voir une vingtaine de modèles qui illustrent des symptômes de maladies courantes des plantes agricoles et l’effet des moisissures.

Ils sont l’œuvre de l’artisan verrier Rudolf Blaschka qui, avec son père Léopold, est connu pour ses représentations plus vraies que nature d’invertébrés marins et de fleurs (de ces dernières, il a tiré 4 300 modèles de près de 800 espèces !). Inspiré par les vergers à proximité de son atelier en Allemagne, il a confectionné ses fruits flétris entre 1924 et 1932. Il avait recours à une technique particulière : il façonnait le verre grâce à une structure en fil de fer. « Si vous regardez le fruit, vous avez l’impression que c’est du verre soufflé, mais la plupart d’entre eux sont pleins et assez lourds », souligne Donald Pfister, aussi professeur de botanique à l’Université Harvard. Pour bien imiter la surface des fruits avariés, Rudolf Blaschka broyait du verre de différentes teintes et l’appliquait au pinceau. Il chauffait ensuite l’ensemble pour refondre la poudre colorée.

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Les résultats de ce travail minutieux servent encore aujourd’hui à l’enseignement. Donald Pfister les présente à ses étudiants afin qu’ils observent l’effet des champignons sur les fruits.

Parmi les nombreux fruits exposés, les visiteurs affectionnent particulièrement les fraises moisies. « C’est si réaliste que les gens peuvent associer directement le rendu à ce qui se produit lorsqu’ils gardent leurs fraises un peu trop longtemps », plaisante le biologiste.

Donald Pfister a lui aussi son modèle préféré : la cloque du pêcher, une maladie fongique qui provoque le plissement et le froissement des feuilles de l’arbre. « C’est très beau parce qu’on voit des feuilles saines et atteintes sur la même branche. Et chaque feuille est différente. Quand je pense à tout le travail derrière la fabrication de ce modèle, je suis impressionné ! »

La pêche momifiée par le champignon Monilinia fructigena fascine également le biologiste. En présence du parasite, le fruit se ratatine sur l’arbre et développe une résistance à la décomposition microbienne. Le champignon se protège de cette façon et survit jusqu’à la saison suivante. « Les fruits infectés sont appelés “momies”, indique Donald Pfister. L’analogie est très intéressante, car les momies d’Égypte ont été traitées et enveloppées pour prévenir la putréfaction. Nous retrouvons la même chose dans la nature. »

En mars 2020, la précieuse collection retournera en sécurité dans son entrepôt. D’ici là, si vous êtes de passage sur le campus de l’Université Harvard, courez admirer ce curieux verger, qui met en scène la fragilité des cultures.

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