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Sciences

Longévité: les lois de la nature

23-10-2014

Pour étudier les mécanismes du vieillissement, les chercheurs utilisent les modèles « classiques » de laboratoire. À savoir des souris, des drosophiles, des vers et des levures. Mais ils s’intéressent aussi à des animaux plus atypiques.

On sait à peu près à quoi s’attendre: un bébé Homo sapiens né au Canada en 2012 vivra en moyenne 80 ans. Idem pour les rejetons des autres pays développés, où les maladies infectieuses et la malnutrition tuent peu. Mais qu’en est-il des autres espèces? Dans la nature, rares sont les animaux qui atteignent leur âge maximal potentiel. Souvent, la prédation, les accidents et les maladies les emportent bien avant la sénescence liée au poids des années. D’ailleurs, les estimations de longévité des différents animaux proviennent, le plus souvent, d’observations de spécimens en captivité.

Il en ressort une diversité phénoménale! Ainsi, une mouche domestique termine son cycle de vie en 17 jours, alors que certaines reines termites peuvent vivre 17 ans. Une souris, même bien nourrie et protégée, ne vivra pas plus de 5 ans, alors qu’une chauve-souris peut atteindre 20 ou 40 ans.

Le rythme du vieillissement non plus n’est pas constant. Un saumon va dégénérer et mourir en quelques jours après avoir frayé, alors qu’une tortue pourra vivre plusieurs décennies sans montrer le moindre signe de sénescence.

Et même au sein d’une famille comme les primates, par exemple, la vieillesse ne frappe pas de façon équitable. Chez les humains, les centenaires ne sont pas rares et le record est détenu par Jeanne Calment, une Française morte à plus de 122 ans. Nos proches parents, les chimpanzés, atteignent exceptionnellement l’âge vénérable de 60 ans, tandis que les ouistitis communs vivent en moyenne de 5 à 7 ans, avec un maximum enregistré de 16 ans en captivité.

Certes, les plus gros animaux tendent à vivre plus longtemps que les petits, pour des raisons partiellement mystérieuses. On pense, étant donné leur métabolisme plus lent et leur cœur battant moins vite, que leurs cellules se dégradent plus lentement que celles des petites bêtes. Mais là encore, les exceptions sont courantes: si l’énorme baleine boréale, dont le métabolisme est très lent, détient le record de longévité des mammifères – elle vit facilement plus de 150 ans –, de petites palourdes d’eau froide, elles, vont atteindre les 300 ou 400 ans!

Et elles ne sont pas les seules vieillardes au sein du règne animal. En voici quelques autres.

Les tortues géantes

La légende raconte qu’Harriet a été capturée aux Galápagos par Charles Darwin, lors de son fameux voyage de 1835 à bord du Beagle. Si les analyses génétiques ont indiqué qu’elle provenait en fait d’une île sur laquelle Darwin n’a jamais mis le pied, l’âge attribué à cette tortue géante, lui, s’est révélé exact. En 2006, la bête de 150 kilos s’est éteinte à 176 ans dans un zoo australien, après avoir passé quelques années en Grande-Bretagne au début de sa vie.

La même année, au zoo de Calcultta, en Inde, la tortue géante Adwaita fermait elle aussi les yeux, à un âge estimé à 255 ans, ce qui fait d’elle l’une des plus vielle représentante des vertébrés connue. Le titre est désormais détenu par Jonathan, une tortue géante des Seychelles, qui coule des jours paisibles sur l’île de Ste-Hélène. Probablement capturé en 1882, alors qu’il était déjà adulte, ce mâle costaud aurait aujourd’hui 182 ans. A une décennie près, il aurait pu côtoyer Napoléon, en exil sur l’île…

La baleine boréale de 211 ans

Pouvant mesurer 20 mètres de long pour une centaine de tonnes, la baleine boréale (Balaena mysticetus) évolue dans les eaux arctiques et sub-arctiques. Il y a une quinzaine d’années, des autochtones d’Alaska ont découvert plusieurs pointes de harpons en ivoire, centenaires, fichées dans la graisse d’une baleine boréale fraichement chassée. Alertés, des biologistes de l’Université d’Alaska ont décidé d’évaluer l’âge de cinq baleines pêchées (en mesurant le taux d’acide aspartique présent dans le globe oculaire des animaux). Verdict? La plus jeune avait 91 ans, et la plus vieille…211 ans! La méthode de mesure donnant lieu à une marge d’erreur de 16%, il est certain que le spécimen avait, au moment de sa mort, entre 177 ans et 245 ans.

Le requin du Groenland

Image:WaterFrame/Alamy Stock Photo

400 ans: c’est l’âge que pourraient atteindre certains requins du Groenland, selon une étude parue dans Science. En mesurant le taux de carbone 14 « emprisonné » année après année, depuis leur vie foetale, dans les yeux de 28 requins du Groenland pêchés entre 2010 et 2013, une équipe de l’université de Copenhague a pu déterminer que le plus gros spécimen (5m de long) avait entre 272 et 512 ans. Voilà qui en fait le doyen des vertébrés, détrônant la baleine boréale citée plus haut.

La palourde Ming

Photo: © Hans Hillewaert

En 2006, des chercheurs britanniques ont prélevé, lors d’une expédition en Islande, une palourde (Arctica islandica) dont l’âge a été estimé à 507 ans. C’est en comptant le nombre de cernes présents sur sa coquille et en confirmant leur résultat par une mesure au carbone 14 que les biologistes ont pu déduire l’âge dudit mollusque. Malheureusement, les chercheurs l’ont accidentellement congelé – et tué – sur le bateau. La bête a été nommée « Ming », à titre posthume, du nom de la dynastie chinoise en place lors de sa naissance, en 1499. Sa forte résistance au stress oxydatif et sa capacité à éliminer les protéines anormales pourraient expliquer en partie la surprenante durée de vie de cet animal et de ses congénères.

Et les végétaux ?

Photo: J Brew

4 846 ans : c’est l’âge de Mathusalem, un pin Bristlecone (Pinus longaeva, dont un spécimen est en photo ici), situé dans les White Mountains de Californie et longtemps considéré comme l’arbre le plus vieux de la planète. Il a été détrôné en 2008 par un épicéa suédois, le vieux Tjikko, âgé de 9550 ans à en croire le nombre de ses anneaux de croissance.

Sans nul doute, les végétaux résistent mieux aux années que les animaux. En fait, les cellules des arbres ne se dégradent pas avec le temps. S’ils s’affaiblissent en vieillissant, c’est surtout parce qu’ils ont une croissance continue. À force de grandir, ils finissent par être trop lourd pour leur structure, ou trop immenses pour que la sève puisse irriguer correctement le feuillage. De plus, plus ils vivent longtemps, plus ils sont exposés aux virus, aux intempéries, aux champignons et autres parasites.

Malgré tout, certains parviennent à déjouer les pièges du temps. Car les végétaux possèdent tous des cellules non différenciées, qui constituent des tissus appelés méristèmes que l’on trouve notamment dans les bourgeons. C’est grâce à cela que l’on peut « bouturer » une plante, et c’est aussi ce qui permet à certains arbres de se cloner presque indéfiniment.

En Utah, une colonie de peupliers faux-trembles (Populus tremuloides) se reproduirait ainsi, à partir d’un seul individu, depuis 80 000 ans, selon des analyses génétiques et une estimation du taux de croissance. Troncs et système racinaire compris, l’ensemble pèse aujourd’hui 6600 tonnes !

Et les moins chanceux?

Les éphémères, aussi appelés mannes, portent bien leur nom : ils font partie des insectes dont la vie adulte est la plus brève. Chez l’espèce Dolonia americana, la femelle vit moins de cinq minutes, durant lesquelles elle doit trouver un partenaire, s’accoupler et pondre! Tout un défi… La plupart des autres espèces d’éphémères, elles, ont la « chance » de bénéficier de quelques heures ou de quelques jours de plus pour accomplir leur mission.

Si de nombreux insectes ont une vie adulte réduite, leur existence à l’état larvaire est généralement plus longue. Certains coléoptères xylophages peuvent ainsi passer 30 à 40 ans dans un arbre ou un meuble, à l’état de larve, avant de muer en adulte.

 

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