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Sciences

L’énigme du réservoir d’Ebola : les moustiques à la rescousse

13-02-2019

Où se cache le virus Ebola entre les épidémies? Chauves-souris, singes, cochons : les hypothèses sont nombreuses mais les preuves manquent. Des chercheurs comptent sur les moustiques pour les aider à percer le mystère.

En matière de lutte contre la maladie à virus Ebola, la recherche n’aura jamais été si rapide qu’au cours de ces cinq dernières années. En réponse à l’épidémie majeure de 2014-2016, plusieurs traitements expérimentaux ont vu le jour, ainsi qu’un vaccin, le VSV-ZEBOV, utilisé à grande échelle en République Démocratique du Congo (RDC) qui subit actuellement sa dixième épidémie de fièvre Ebola.

Mais comment expliquer les récurrences d’épidémies dans ce pays, où le redoutable virus a été découvert en 1976? Pour Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de Recherche biomédicale de Kinshasa et co-découvreur du virus, la réponse est claire. « La grande énigme scientifique demeure le réservoir du virus: on ne le connaît toujours pas, pas plus que les vecteurs du virus. Les chauves-souris étaient pointées du doigt…mais jusqu’à présent, il n’y a pas de preuves virologiques claires », écrit-il dans un courriel à Québec Science.

Carte: OMS, mai 2018. Depuis août 2018, deux provinces de l’est sont fortement touchées.

« La première épidémie a eu lieu en 1976 à Yambuku et la deuxième, 19 ans après à Kikwit en 1995. Depuis lors, la fréquence des épidémies ne fait qu’augmenter en RDC. Sans doute parce que nous avons amélioré notre système de surveillance, et aussi peut-être à cause du recours accru à la viande de brousse comme source importante de protéines animales », poursuit-il.

On sait en effet que les singes, notamment les gorilles et les chimpanzés, et d’autres animaux sauvages comme des antilopes consommés par les populations locales peuvent être infectés par le virus, et que celui-ci « saute » sans problème d’une espèce à l’autre. Sauf que les singes meurent en grand nombre lorsqu’ils sont infectés : ils ne sont donc pas considérés comme le « réservoir » du virus. Les chercheurs tentent de trouver un ou des animaux qui pourraient être porteurs du virus sans pour autant présenter de symptômes majeurs, et assurer ainsi la survie du virus sur le long terme.

Le premier suspect? La chauve-souris, dont on sait qu’elle est un réservoir du virus de Marburg, un filovirus cousin d’Ebola. On a aussi trouvé des anticorps anti-ebola chez des chauves-souris appartenant à plusieurs espèces. Mais en dépit de milliers d’analyses, « personne n’a réussi à isoler directement le virus Ebola chez la chauve-souris », précise Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie du CHU de Québec-Université Laval et spécialiste du virus.

« La grosse question, c’est comment le virus se propage dans les animaux. Une fois qu’on le détecte chez les humains, on le suit sans problème. Mais on n’est pas capable de prédire pourquoi et comment le virus apparaît dans les populations humaines, résume Gary Kobinger. On a plusieurs projets pour y parvenir, notamment utiliser les insectes suceurs de sang, comme les moustiques, les tiques, les mouches tsé-tsé. »

Ces insectes, aussi dangereux et désagréables soient-ils, sont des alliés précieux. Ils ne peuvent a priori pas transmettre le virus Ebola aux humains, mais ils peuvent piquer de nombreux animaux et servir de témoins de ce qui se trame dans ces organismes.

« On les utilise comme des échantillonneurs : on les récolte dans plusieurs endroits en Afrique, et on détecte quels virus ils contiennent. En analysant l’ADN qu’ils transportent, on peut aussi savoir quels animaux ont été piqués, explique le microbiologiste. Les moustiques sont des sortes de sentinelles. »

Dans ses travaux préliminaires, le chercheur n’a pas encore trouvé le virus Ebola dans les insectes hématophages recueillis, mais il a détecté d’autres pathogènes chez des tiques, notamment. Et l’on sait que les tiques s’en prennent fréquemment aux chauves-souris. Une piste intéressante, assurément.

 

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