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Sciences

Trois-Rivières: un site pour étudier la décomposition des corps

30-04-2018

La mort n’aura plus de secret pour une équipe de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), alors qu’un laboratoire unique au Canada y verra le jour: un site extérieur pour étudier la décomposition du corps humain, a appris Québec Science.

À l’heure actuelle, il existe seulement six laboratoires de thanatologie médico-légale du genre aux États-Unis et en Australie. Grâce à ces sites, les chercheurs suivent la dégradation cadavérique au fil du temps. Celui de l’UQTR permettra, pour la première fois, de soumettre des dépouilles à des conditions climatiques nordiques.

Pourtant, le cycle des saisons et les écarts de température influencent grandement la vitesse de putréfaction. « Nous voulons apporter notre pierre aux recherches qui se font déjà à d’autres latitudes », indique Gilles Bronchti, directeur du département d’anatomie et instigateur du projet avec le professeur Frank Crispino, directeur du laboratoire de recherche en criminalistique de l’UQTR.

Sur ce site sécurisé de recherche en thanatologie (SSRT), les chercheurs observeront de près tous les changements biologiques qui surviennent après la mort à l’aide de capteurs placés sur et autour des cadavres : le processus de décomposition, les échanges de microorganismes entre le corps et le sol ainsi que l’influence des insectes et de la faune. « Nous souhaitons que notre site pilote soit le premier d’une série de sites qui se développeront partout au Canada », espère Gilles Bronchti.

Pour les appuyer dans leurs démarches, ils accueilleront, dès cet été, la chercheuse australienne Shari Louise Forbes, experte en thanatologie médico-légale. Elle deviendra titulaire de la Chaire de recherche du 150e du Canada en thanatologie forensique dotée d’un budget de 2,45 millions $ sur sept ans. Le projet a également reçu une subvention du nouveau programme AUDACE des Fonds de recherche du Québec (FRQ).

Enfin, dix autres chercheurs se joindront au projet pour former une équipe interdisciplinaire qui étudiera la mort sous toutes ses coutures, y compris ses aspects historiques, éthiques, philosophiques, sociaux et artistiques.
 

Les observations issues du SSRT seront des plus utiles dans le domaine de la criminalistique alors qu’elles faciliteront la détermination de l’intervalle post-mortem, c’est-à-dire la période entre le décès et la découverte d’un corps.

Les chercheurs sont conscients que de telles recherches s’avèrent éminemment sensibles, particulièrement à Trois-Rivières où l’histoire de Cédrika Provencher, cette fillette disparue en 2007 et dont les restes avaient été découverts en décembre 2015, a marqué les esprits. « Les gens de la région ont été très touchés par cet évènement. Nous avons donc été étonnés de l’enthousiasme local suscité par notre projet », constate Gilles Bronchti.

Les cadavres proviendront de personnes ayant consenti au programme de don de corps à la science de l’UQTR et qui auront préalablement donné leur accord spécifiquement pour ce type de recherche. Les premières expérimentations devraient se dérouler à l’été 2019.

Photo: Des chercheurs sur le site de recherche en thanatologie de la West Carolina University

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