Publicité
Société

Siri, symbole de nos sexismes?

15-11-2018

Photo: iStock

La féminisation des assistants vocaux perpétue des valeurs rétrogrades.

« − Siri, qui est ton patron ?
− C’est vous.
− Siri, t’arrive-t-il de te sentir surmenée ?
− Je n’y ai jamais vraiment pensé.
− Siri, t’arrive-t-il de te sentir maltraitée?
− Je n’y ai jamais vraiment pensé. »

Hilary Bergen a mené plusieurs conversations de la sorte avec l’assistant vocal d’Apple. Son objectif : comprendre pourquoi des outils technologiques comme Siri, mais aussi Alexa d’Amazon, Cortana de Microsoft et l’Assistant Google, sont des « femmes » et surtout pourquoi sont ainsi perpétués des valeurs rétrogrades et des biais sexistes.

« Si les programmeurs ont donné des voix féminines aux assistants virtuels, c’est parce que cela encourage les échanges intimes, avance l’étudiante au doctorat interdisciplinaire en lettres et en sciences humaines de l’Université Concordia. De façon générale, nos sociétés considèrent les femmes comme non menaçantes. Les voix rassurantes de ces assistants – tour à tour associées aux images de la secrétaire, de la parfaite petite amie ou de la gentille maman – sont une illusion qui facilite et camoufle les nombreuses atteintes à la vie privée qu’on leur autorise, comme fouiller dans nos textos et nos courriels. »

Comme d’autres avant elle, Hilary Bergen note que les réponses scriptées de Siri trahissent nos a priori sur le genre. Par exemple, pendant longtemps, lorsque l’utilisateur flirtait avec Siri, voire la harcelait, cette dernière répliquait systématiquement « Je rougirais si je pouvais ».

« Ce n’est pas une réponse acceptable! » s’insurge la doctorante, qui rappelle au passage que l’assistant d’Apple était incapable, il y a peu encore, de fournir un conseil adéquat à une utilisatrice appelant à l’aide après une agression sexuelle ou un épisode de violence conjugale.

Créateurs masculins

Pour Hilary Bergen, ces lacunes ne seraient pas étrangères au fait que 92% des développeurs de logiciels sont des hommes ayant un âge médian de 29 ans, selon un sondage mondial réalisé en 2015. « Heureusement, Apple corrige le tir à chaque nouvelle mise à jour de Siri », convient-elle.

Depuis 2013, la compagnie à la pomme propose également à ses utilisateurs de choisir une voix masculine. « Mais la voix féminine reste l’option par défaut », signale l’étudiante.

Pour mettre un terme définitif à ce sexisme numérique, la solution ne résiderait-elle pas dans la création d’assistants virtuels au genre neutre, comme le réclame le groupe EqualAI? « Non, répond Hilary Bergen du tac au tac. Siri est simplement notre miroir. C’est nous qui devons changer; pas elle. Nous devons être plus sensibles aux relations de pouvoir entre les genres et à la façon dont nous traitons les femmes, même si elles sont virtuelles. »

Publicité

À lire aussi

Culture

Le meilleur de la culture scientifique – juillet-août 2019

Voici ce qui a retenu l’attention de notre journaliste dans le monde culturel: documentaire et émission télé à saveur scientifique, visite au musée, incursion en balado dans le quotidien des médecins ainsi que deux suggestions de livres. 
Société

L’échec de l’enseignement des sciences

Délaissée au primaire, malmenée au secondaire, la science est le parent pauvre du système scolaire québécois. Que faire?
Joël Leblanc 22-08-2019
Culture

Un trésor montréalais bien caché: le musée Rutherford

Le musée Rutherford de l’Université McGill est dédié au physicien néo-zélandais Ernest Rutherford, qui a enseigné la physique expérimentale sur ce même campus entre 1898 et 1907 avant de remporter le Nobel de chimie pour ses recherches sur le phénomène des transmutations nucléaires.