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03 avril 2025
Temps de lecture : 1 minute

L’internet est queer

Illustration: portrait en noir et blanc de Gabrielle Anctil.

Longtemps considéré comme un refuge pour les personnes LGBTQ+, le monde de la tech deviendra-t-il un lieu d’exclusion?

Brillant mathématicien, Alan Turing est connu pour avoir décrypté le code de la machine Enigma, utilisée par l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale pour chiffrer ses communications. Il a aussi élaboré en 1950 le « test de Turing », utilisé encore aujourd’hui pour tester les capacités de l’intelligence artificielle.

Alan Turing était aussi gai. Dans la société anglaise d’après-guerre, son orientation sexuelle illégale le fait condamner. Plutôt que d’aller en prison, il choisit la castration hormonale. Sa carrière est brisée ; il s’enlève la vie en 1954, deux ans après sa condamnation.

Bien sûr, l’homosexualité n’est plus réprimée par la loi – du moins, pas dans notre pays. Malgré tout, les droits des personnes LGBTQ+ sont menacés de diverses manières. Un simple regard au sud de la frontière, où les plus grands noms du monde de la tech étaient aux premières loges lors de la plus récente intronisation présidentielle, permet de deviner que les prochaines années s’annoncent difficiles pour les personnes queers.

Qu’en est-il chez nous ? C’est la question que s’est posée l’organisme canadien QueerTech, qui a mené la première étude concernant les expériences des personnes LGBTQ+ dans le secteur. Parue en 2024, celle-ci révèle que, parmi les personnes interrogées ayant subi du harcèlement au travail, 35 % estiment que la cause était leur orientation sexuelle et 55 %, leur genre. De fait, moins de 40 % des participants et participantes ont l’impression que le personnel LGBTQ+ est traité avec respect.

Pourtant, le milieu de la tech semble offrir un environnement sécuritaire aux personnes queers. Selon la firme de sondages Gallup, près de 7 % des gens travaillant dans le secteur de la tech aux États-Unis s’identifient à la communauté LGBTQ+, contre 4 % pour la population générale. Est-ce que la proximité entre la Silicon Valley et l’un des hauts lieux de la culture queer – San Francisco – a permis d’instaurer un climat d’inclusion dans le secteur ?

Les personnes queers ont aussi beaucoup à apporter au monde de la tech, croit Leanne Pittsford, la fondatrice de l’organisation Lesbians Who Tech : « Sortir des sentiers battus est quelque chose que les personnes issues de communautés qui n’ont ni pouvoir ni privilèges doivent faire en permanence pour survivre », déclarait-elle au média LGBTQ Nation. En résulteraient selon elle des personnes habituées à innover.

Le changement de cap aux États-Unis a de quoi nous alarmer. Certaines des technologies que nous utilisons tous les jours sont possédées par des gens qui s’associent ouvertement à des idéaux extrémistes. La chasse aux personnes trans, par exemple, devrait nous révolter toutes et tous. Car au-delà de l’apport de ces personnes aux outils de demain, l’atteinte aux droits fondamentaux de la personne devrait nous faire agir.

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