Photo: photography33 @ depositphotos.com
Régime sans gluten, végétalien, paléo, cru, cétogène… comment démêler le vrai du faux dans le domaine alimentaire ? Heureusement, les nutritionnistes sont là pour t’aider ! Un chausson avec ça ?
Grâce à leurs connaissances et leur capacité d’analyse, ces personnes professionnelles de la santé savent interpréter avec justesse les tendances culinaires tout comme les études scientifiques. Parfois appelés diététistes, elles guident leurs clients vers de saines habitudes alimentaires lors de consultations dans des entreprises privées, dans des cliniques ou dans des hôpitaux. Elles peuvent aussi travailler en gestion de services alimentaires, en communication ou en recherche et développement.
Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es… avec les nutritionnistes, cette expression prend tout son sens. Bon appétit !
Elyanne Robert : nutritionniste
Elyanne est sur le marché du travail depuis 2016. Pendant presque 10 ans, elle a travaillé à son compte et pour différentes entreprises, de la clinique de physiothérapie à la salle d’entraînement, en passant par un blogue santé et une épicerie. Depuis 2025, elle travaille chez les Producteurs laitiers du Canada, où elle produit des outils éducatifs pour les jeunes.
Articles parus dans Québec Science en lien avec la profession de nutritionniste :
Des traces de produits laitiers dans des aliments véganes 16 novembre 2023
Nutrition: pourquoi les études ne semblent pas s’entendre? 20 février 2020
Quels sont les symptômes d’une intolérance au gluten? 17 mai 2018
Attention aux légumes? 16 novembre 2017
Trop de calories pour nos bouts-d’choux? 7 août 2014
Entrevue
Entrevue avec Elyanne
En quoi consiste ton travail ?
D’abord, je dois expliquer à mes clients et clientes le rôle d’une saine alimentation, et ce qu’est une saine alimentation ! Il y a tout un travail d’éducation. Il faut être bonne communicatrice pour expliquer quoi faire et comment le faire.
Ensuite, je dois identifier les mauvaises habitudes alimentaires, puis prioriser et planifier les changements à adopter selon les caractéristiques et les objectifs de chaque individu. Le but est de redécouper ces objectifs en plus petits objectifs à court terme, et de chercher des solutions ensemble. Je n’impose jamais rien ! La personne doit avoir envie d’apporter le changement. Ce n’est pas une relation d’autorité, mais une relation d’entraide ! La dimension psychologique de la nutrition est très importante, l’alimentation ne touche pas juste l’assiette, elle touche aussi les émotions !
Qui peut avoir recours à ton expertise ?
Tout le monde ! Quand on travaille dans le privé, la clientèle est très large : femmes enceintes, adolescents, personnes âgées, malades, athlètes, etc.
La plupart consultent dans le but de perdre du poids, mais j’essaie de changer leur façon de penser pour que leur but soit plutôt d’être en santé. Minceur n’est pas synonyme de santé !
Qu’est-ce qui t’a d’abord intéressée à ce domaine ?
J’avais dans l’idée de travailler dans le domaine de la santé, et j’ai toujours aimé cuisiner.
Quelles qualités te servent le plus dans ton travail ?
La rigueur ! C’est définitivement une qualité essentielle à cause de tous les mythes et croyances qui entourent l’alimentation. Je dois investiguer et expliquer aux gens ce qu’il en est réellement pour qu’ils puissent prendre des décisions éclairées. La nutrition est un domaine qui évolue énormément et dans lequel beaucoup de recherche se fait. Je ne peux pas tout connaître, mais je reste à l’affût et je prends le temps de m’informer. Les nutritionnistes suivent un code de déontologie, ils ne peuvent pas dire n’importe quoi : l’éthique professionnelle exige que nous nous basions sur les faits.
Y a-t-il des défis ou des difficultés associés à ton travail ?
Il faut parfois se battre pour faire reconnaître notre expertise. Comme tout le monde mange, tout le monde a l’impression d’être en quelque sorte un expert… alors pourquoi payer une nutritionniste ? De plus, peu de compagnies d’assurances remboursent nos services.
Un autre côté que j’aime moins concerne les conditions de travail. En consultation privée, les horaires ne sont pas nécessairement réguliers, et il m’arrive de travailler de soir.
Les clients vivent eux aussi des défis : l’offre alimentaire n’est pas toujours bonne, et c’est dur de trouver la force de résister quand on est toujours exposé à la malbouffe.
Accomplis-tu parfois des tâches qui sortent de l’ordinaire ?
Créer des recettes et participer à des séances photo culinaires ! On mange tellement par les yeux… on a davantage envie de cuisiner et de manger lorsque les repas sont bien présentés. Il m’arrive aussi de donner des ateliers spéciaux où mes clients et moi visitons des épiceries.
Où trouves-tu ton inspiration ?
J’expérimente beaucoup en cuisine en fonction de ce que je veux obtenir au final en termes de nutriments. Si je propose à quelqu’un d’augmenter le contenu en fibres dans ses repas, je pars de là. Parfois c’est un flop total !
Comment ta profession influence-t-elle ta propre alimentation ?
J’ai envie de tester les conseils que je donne aux gens. Si je dis à quelqu’un qu’il peut trouver le temps de cuisiner, je dois être capable d’en faire autant ! Aussi, faire mes propres tests culinaires me donne des idées à transmettre à ma clientèle.
Si on fouillait dans ton réfrigérateur, qu’est-ce qu’on y trouverait ?
Beaucoup de légumes. Une saine alimentation passe par là, on n’y échappe pas ! J’ai aussi beaucoup d’aromates comme des herbes et des épices pour assaisonner. Il faut que ça goûte bon !
Quel est ton aliment préféré ?
Le chocolat ! Je serais incapable de vivre sans chocolat. Manger santé ne veut pas dire que 100% des aliments sont « santé » !
À ton avis, y a-t-il des aliments à proscrire totalement ?
Non, aucun ! Le but est de trouver un équilibre. J’aime bien le principe du «80-20» : 80% de l’alimentation est composée d’aliments sains (mais appréciés !), et 20% d’aliments qui nous font plus plaisir. Le truc est de manger de plus petites quantités et de les savourer !
Que penses-tu des modes alimentaires et des régimes miracles ?
Les modes sont passagères. Pour avoir un impact, un changement dans les habitudes alimentaires doit perdurer dans le temps. De plus, quand on finit par abandonner ces régimes à la mode, souvent compliqués et restrictifs, le sentiment d’échec est dur psychologiquement.
Quel est ton plus bel accomplissement ?
Réussir à donner envie de bien manger ! Il y a un aspect psychologique à la nutrition, et manger peut devenir anxiogène. Quand je suis capable de modeler la façon de penser pour transformer cette anxiété en bien-être, je trouve ça fantastique !
Journée type
Une journée dans la vie d’Elyanne
Une heure avant l’arrivée de son premier client, Elyanne est déjà sur place pour préparer les rencontres qui se succèderont toute la journée. En pratique privée, les séances durent environ une heure et demie lorsqu’il s’agit d’une première consultation, ou 30 à 60 minutes dans le cas d’un suivi. Avec sa clientèle, elle discute des objectifs visés, de la progression et des difficultés rencontrées. Elle étudie avec la personne le journal alimentaire où tous les repas sont notés afin de documenter l’intégration de saines habitudes alimentaires. Plusieurs outils et astuces sont utilisés : documents, fiches, aide-mémoires, recettes, etc. Chaque approche est personnalisée ! À la fin de la journée, Elyanne met de l’ordre dans ses notes, histoire d’être prête pour le lendemain.
Études
Le parcours universitaire d’Elyanne
D’abord diplômée du programme de technique en diététique du cégep de Limoilou, Elyanne trouvait que sa marge de manœuvre était limitée en tant que simple technicienne. Elle est donc retournée au cégep pour compléter ses cours de science et ensuite s’inscrire au baccalauréat en nutrition à l’Université Laval. Sur le marché du travail depuis 2016, Elyanne a rapidement fait sa place dans le domaine.
Au cégep :
La technique de diététique est offerte dans les établissements suivants : Cégep de Chicoutimi, Cégep de Rimouski, Cégep de Saint-Hyacinthe, Cégep de Trois-Rivières, Cégep Limoilou à Québec, Collège de Maisonneuve à Montréal, Collège Montmorency à Laval.
À l’université :
Le baccalauréat en nutrition (ou autre appellation équivalente) est offert à l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université McGill.
Et après :
La nutrition est définitivement un sujet auquel le grand public et les gouvernements s’intéressent de plus en plus. Pas de doutes qu’un domaine qui préoccupe autant sera en demande au cours des prochaines années ! Plusieurs opportunités de carrières s’offrent aux diplômés en nutrition: consultation, enseignement, gestion de services alimentaires, inspection, contrôle de qualité, communication, recherche et développement, etc.