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25 juin 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Le coût humain du désengagement humanitaire international

Illustration: portrait en noir et blanc de Marine Corniou.

En cessant brutalement de financer l’aide humanitaire internationale, les États-Unis ont contribué directement à la flambée des cas d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Et ce n’est que le début d’une longue série de désastres humains.

En matière de maladies infectieuses, l’inaction coûte cher. Lorsqu’on baisse les bras sur les campagnes vaccinales, on voit réémerger des maladies presque disparues. Quand on abuse des anti­biotiques, on favorise les bactéries résistantes. Et quand on supprime les équipes d’urgence et les centres de dépistage… on se retrouve avec des flambées épidémiques difficiles à enrayer.

Pour les spécialistes de santé publique, il n’y a aucun doute : l’explosion du virus Ebola en mai dernier, en République démocratique du Congo (RDC), est directement liée au désengagement des États-Unis dans la région.

Dès son entrée en poste en 2025, Donald Trump a suspendu, puis fermé l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui existait depuis 64 ans et soutenait des réseaux de surveillance des maladies. Dans la foulée, les États-Unis se sont retirés de l’Organisation mondiale de la santé. Ils en étaient le plus gros contributeur, assurant 15 % du budget de l’organisme, qui coordonne la riposte contre les épidémies.

En RDC, ces décisions se sont traduites entre autres par le manque de fonds pour l’analyse des échantillons médicaux, par la pénurie de matériel de protection, par l’absence de spécialistes habituellement dépêchés sur place… avec pour résultat une détection bien trop tardive des cas. La RDC a l’un des systèmes de santé les plus précaires du monde ; il se classait deuxième parmi les pays les plus soutenus par l’USAID. Or, l’aide américaine y a été divisée par 66 en quelques mois.

Les conséquences de ce retrait brutal s’étendent bien au-delà de la RDC et des questions sanitaires. Au total, 83 % des programmes de l’USAID ont été abolis (les 17 % restants ont été transférés au département d’État américain). Concrètement, 10 000 projets dans plus de 100 pays ont pris fin, souvent du jour au lendemain. Ils visaient à prévenir et traiter le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose, ainsi qu’à lutter contre la malnutrition, à promouvoir la santé sexuelle et reproductive, mais aussi à soulager les victimes des catastrophes naturelles et à prévenir les conflits. D’ailleurs, une étude parue dans Science constate déjà une augmentation de la violence dans les régions les plus délaissées, victimes d’un appauvrissement immédiat.

Les conséquences sur la santé ne se font pas attendre non plus. Selon le journal The Lancet, la dissolution de l’USAID pourrait entraîner 14 millions de décès évitables d’ici 2030, dont celui de 4 millions d’enfants, principalement en raison du rebond du paludisme, du VIH/sida et de la dégradation des systèmes de santé. Fin 2025, on estimait déjà que 400 000 enfants avaient payé de leur vie les frais de cette décision populiste (la population américaine surestime considérablement l’aide étrangère, l’évaluant à 25 % du budget fédéral, alors qu’elle en représentait moins de 1 %).

Les États-Unis ne sont pas les seuls responsables de cette immense crise. En 2025, 26 pays donateurs ont diminué leur budget alloué à la coopération inter­nationale, et ce, en dépit des besoins croissants. « À eux seuls, les cinq plus grands bailleurs du Comité d’aide au développement de l’OCDE sont responsables de 96 % de cette diminution : les États-Unis (-57 %), l’Allemagne (-17 %), la France (-11 %), le Royaume-Uni (-11 %) et le Japon (-6 %) », révèlent des données de l’OCDE publiées en avril dernier. C’est la première fois en presque 30 ans que ces donneurs retirent leurs billes en même temps (le Canada, 7e sur la liste, a aussi réduit ses fonds).

Mais les coupes américaines sont celles qui font le plus mal, car notre voisin du Sud assurait à lui seul 42 % de l’aide mondiale, avec un budget de 42,8 milliards de dollars en 2024 (contre 900 milliards alloués à la défense, à titre comparatif…). Ces coupes ont eu un effet d’entraînement, l’heure étant davantage au réarmement qu’à la solidarité. En 2025, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 2,9 %.

Il y a urgence à repenser le financement de l’aide au développement pour éviter cette dépendance excessive envers les 20 pays qui fournissent 97 % des fonds. Le milieu planche sur la question depuis des années, d’autant que le financement annuel atteint à peine la moitié des besoins établis par les Nations unies. Plusieurs pistes sont explorées, dont l’augmentation de la participation des entreprises privées et l’accroissement du nombre de pays contributeurs. Ce qui demanderait aux nations occidentales d’accepter de partager la gouvernance politique avec d’autres pays, selon Pierre Micheletti, un médecin français spécialiste de la question.

En attendant, rappelons-nous ceci : loin d’être un acte de charité envers les 200 millions de personnes qui en bénéficient, la solidarité internationale contribue à la prévention de toutes les crises. Et les guerres et les virus ne se gêneront pas pour nous le prouver.

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