Virus de la grippe. Image: Adrian – Pixabay
La saison de la grippe a commencé en force. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, font face à une épidémie record pour cette période de l’année. Les cas sont attribués en majeure partie à une nouvelle souche de grippe, H3N2, qui a muté plusieurs fois au cours de l’été.
Le décès de trois enfants en Ontario ces dernières semaines rappelle une dure réalité: la grippe saisonnière tue. Chaque année, au Canada, elle emporte environ 3500 personnes, surtout des personnes âgées (mais les enfants font aussi partie des groupes vulnérables).
La vaccination permet de limiter les cas graves. Ainsi, durant la saison grippale 2025 dans l’hémisphère Sud, le vaccin a réduit de 50% les hospitalisations, selon une analyse des CDC américains.
La vaccination n’est jamais efficace à 100%. Les bonnes années, on estime que l’efficacité vaccinale oscille entre 30 % et 60 %, ce qui signifie que le vaccin prévient la maladie dans moins de la moitié des cas, en moyenne. Ceci dit, il permet de réduire la prévalence des cas graves et des hospitalisations, ce qui est majeur.
Pourquoi l’efficacité des vaccins varie-t-elle?
Pour comprendre, il faut savoir qu’il existe plusieurs virus de la grippe. Ceux qui causent des épidémies saisonnières chez l’humain sont les virus de type A et B. Et parmi ceux de type A, ce sont les sous-types H1N1 et H3N2 qui circulent le plus.
Ces sous-types sont déterminés par la nature des protéines présentes à leur surface (il existe 18 sortes d’hémagglutinine, ou H, et 11 sortes de neuraminidase ou N). Cerise sur le gâteau, ces virus mutent constamment. D’une année à l’autre, et même entre le début et la fin d’une saison, ils se métamorphosent. Il faut donc, chaque année, produire un nouveau vaccin qui intègre les changements génétiques des différents virus en circulation.
Chaque année, en février, l’Organisation mondiale de la santé devine (et c’est vraiment une devinette), à partir des virus grippaux qui circulent dans l’hémisphère Sud, quelles seront les souches qui causeront l’épidémie l’hiver suivant dans l’hémisphère Nord.
Cette année, la souche H3N2 « sous-clade K », qui circule beaucoup, est légèrement différente de la souche vaccinale H3N2 qui compose le vaccin antigrippal. La souche a accumulé sept mutations au cours de l’été. « Cela signifie que le virus pourrait avoir assez changé pour échapper à l’immunité acquise lors d’infections ou de vaccinations antérieures », a précisé Antonia Ho, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Glasgow, à l’organisation Gavi, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation. On peut donc s’attendre à une efficacité réduite du vaccin.
Les premières données britanniques sont toutefois plutôt rassurantes. Elles estiment l’efficacité du vaccin à environ 75% chez les enfants de moins de 18 ans, et environ 35% chez les adultes.
La souche H3N2 sous-clade K provoque-t-elle des formes plus graves de grippe ?
Selon Gavi, le H3N2 « a tendance à provoquer des formes plus sévères, notamment chez les personnes âgées ». De plus, le fait que la saison ait commencé tôt signifie que de nombreuses personnes vulnérables n’ont pas encore reçu leur vaccin, note l’organisation. Au Royaume-Uni, où l’épidémie est particulièrement intense, il semble que les enfants de moins de 14 ans soient le groupe chez qui la maladie circule le plus.
Pour éviter toute contamination, les personnes présentant des symptômes – fièvre, courbatures, toux – devraient s’isoler ou porter un masque.
Un vaccin dans des œufs de poule
Le processus de fabrication du vaccin antigrippal est bien rodé. C’est, à quelques détails près, celui qui était déjà utilisé il y a plus de 70 ans. L’ingrédient clé ? Les œufs de poule en quantité industrielle, qui servent d’incubateurs à virus.
On les inocule avec les souches des virus grippaux choisies qui, selon l’OMS, circuleront probablement le plus (et qui ont été au préalable hybridées avec d’autres souches pour faciliter la production). Au chaud dans le blanc d’œuf, les virus se multiplient pendant quelques jours. On les extrait ensuite de leur cocon et on les détruit à coups de détergents chimiques. À cette étape, on a donc des millions de fragments de protéines virales inoffensives qui constitueront le principe actif du vaccin. La fabrication aura demandé de six à huit mois.