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Sciences

Baleines noires: des décès qui inquiètent les biologistes

03-07-2019

Photo: NOAA Photo Library/Wikimedia Commons

Six baleines noires de l’Atlantique Nord sont décédées dernièrement. Une situation préoccupante pour cette espèce en voie de disparition.

En entrevue téléphonique, Moira Brown, chercheuse au Canadian Whale Institute, au Nouveau-Brunswick, espère que d’autres baleines ne s’ajouteront pas à ce malheureux décompte. « Le 4 juin, lorsque la première baleine morte a été signalée, notre cœur s’est brisé », confie-t-elle. Les biologistes souhaitent que le scénario de 2017 ne se répète pas. C’était la pire année pour la population de baleines noires de l’Atlantique Nord où l’on a dénombré 12 baleines tuées dans le golfe du Saint-Laurent, «le plus grand nombre depuis l’époque où elles étaient chassées il y a de cela 100 ans», rappelle la scientifique. «C’est une véritable tragédie pour cette espèce en voie de disparition de perdre de nouveau autant de baleines», ajoute-t-elle.

La population de baleines noires ne compte désormais que 405 individus, en tenant compte des 6 décès survenus récemment. Ce grand mammifère, qui peut vivre jusqu’à 75 ans, fréquente les eaux de l’Atlantique Nord où il se nourrit de plancton. Lorsque l’hiver revient, il migre vers la Floride.

Pour protéger la baleine noire, des mesures ont été mises en place, dont la réduction de la vitesse, par Transport Canada et Pêches et Océans Canada. Les navires de plus de 20 mètres doivent voguer à vitesse réduite de 10 nœuds (environ 18 km/h) dans certaines portions du golfe du Saint-Laurent.

Mais cela semble insuffisant. Selon Moira Brown, il faut étendre la limitation de vitesse à une plus grande région. «Cela couvrira les zones où les baleines se regroupent pour se nourrir, mais aussi là où elles migrent. Si l’on veut protéger ces baleines, il faut en faire plus.»

Jusqu’à présent quatre nécropsies ont été effectuées : la cause du décès de la première n’a pu être établie tandis que les trois autres sont attribuables à des collisions avec des navires.

Transport maritime et changements climatiques

Les scientifiques du Canadian Whale Institue, qui étudient la baleine noire de l’Atlantique Nord depuis 1980, ont observé, vers les années 2010, que celle-ci était moins présente dans la baie de Fundy et que lorsqu’elle y était, elle y séjournait pendant de plus courtes périodes de temps.

«Le déplacement de la distribution de cette espèce de la baie de Fundy et du sud de la Nouvelle-Écosse vers le golfe du Saint-Laurent serait probablement causé par les changements climatiques, qui a pour effet de réduire la quantité de plancton», explique la chercheuse. Pour se nourrir, les baleines se déplacent alors dans un secteur du golfe du Saint-Laurent où elles risquent davantage d’entrer en collision avec les navires ou de rester enchevêtré dans les cordages de pêche.

Plusieurs organismes canadiens et américains, dont le NOAA Fisheries, travaillent ensemble pour protéger la baleine noire. C’est ainsi que les chercheurs peuvent surveiller plus attentivement le déplacement des mammifères par avion et bateau. «L’équipe qui a survolé les eaux a découvert un regroupement de 35 baleines noires entre les îles de la Madeleine et la péninsule acadienne», explique Mme Brown. Si l’on sait le trajet emprunté par les navires, ceux utilisés par les baleines restent encore un mystère pour les chercheurs.

> Pour obtenir des observations en direct des baleines noires de l’Atlantique Nord: Whalemap

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